Cet homme est devenu une des personnalités les plus médiatiques de Marseille. Il est aussi et sans aucun doute un des représentants le plus écouté du rap en France.... pour vous, la biographie du rappeur :
Philippe Fragione alias Akhénaton est né le 17 septembre 1968 dans le XIIIème arrondissement de Marseille. Issus d'une famille d'immigrés italiens originaires de Naples, le jeune Philippe et son frère Fabien vivent dans la banlieue phocéenne avec leur mère, employée de l'EDF.
Philippe ne s'intéresse pas vraiment à l'école alors qu'il semble réellement curieux, désireux d'apprendre. A l'âge de 8 ans, on lui achète une encyclopédie qu'il lira du début à la fin. Il se passionne pour les dinosaures puis pour l'Egypte ancienne. Il trouve là, ce qui sera plus tard son pseudonyme, Akhénaton (autre nom du pharaon Aménophis IV...!).
Jusqu'à ses seize ans, Philippe, appelé aussi Chill partage son temps libre entre les copains, le football et ses lectures. Après un séjour dans la famille de son père, installée à New York, Philippe découvre le Rap. De ce jour, sa vision de la vie change totalement. Il vit alors avec son père, fonctionnaire à la Sécurité sociale et lui annonce alors qu'il n'a que 17 ans, son désir de faire du Rap. Il poursuivra tout de même ses études mais abandonnera lors de sa première année de DEUG en biologie !
Ses rencontres avec Shurik'n, Kheops et Imothep vont lui permettre de monter un groupe. En 89, sous le nom d'IAM, ils sortent une cassette auto-produite. En 91, sort le premier album du groupe, titré "... De la planète Mars".
Incontestablement leader d'IAM, Akhenaton devient rapidement de par son charisme, sa facilité de parole, son sens aigu de la critique, mais aussi sa sincérité et sa franchise, un interlocuteur de choix pour les médias. Il sait défendre les couleurs du Rap, mais aussi celles de Marseille. Il intervient dans les débats politiques et sociaux, donnant ainsi son avis sur des sujets très divers.
Très intéressé par les religions, c'est vers l'Islam que Chill se tourne. Il se convertit en 93 un peu avant son mariage avec Aïcha, une jeune Marocaine, devenant ainsi Abdel Hakim...!
Avec le succès national du célébre titre d'IAM "Je danse le Mia"(sorti en 1993), les Marseillais sont devenus des figures incontournables du Rap Français. Alors que le groupe après une longue tournée, met un frein à ses activités, Akhenaton en profite pour livrer son premier album solo en octobre 95, enregistré en partie à Naples, ville d'où une partie de sa famille est originaire qui est titré "Métèque et Mat". Cet album est une ouvre très personnelle où l'on retrouve la faconde du rappeur. Il y évoque la mafia ("La Cosca"), la rébellion face au système établi ("Je rêve d'éclater un type des Assedic"), etc... . Sur le titre "Lettres Aux Hirondelles", il se permet même de sampler "Saïd et Mohamed" de Francis Cabrel. Par ailleurs, "Une femme seule" est inspirée de la vie de sa mère. Ce coup d'essai se transforme rapidement en coup de maître avec 300.000 exemplaires écoulés. Avant de passer à autre chose.
Ce travail personnel n'a pas enlevé son envie de poursuivre l'aventure d'IAM, car la notion de collectif est essentielle pour Akhénaton : il s'investit alors dans la production, monte un label "Côté Obscur" et une maison d'édition, "La Cosca". Il continue bien évidemment ses activités au sein d'IAM !!!
Le 19 juin 2002, Akhénaton réapparaît en solo sur la scène musicale avec un single "AKH" annonciateur d'un album qui sortira en octobre 2002, "Sol Invictus" ("soleil invincible"). Contrairement à son premier opus concocté seul dans son coin, le rappeur fait appel pour ce disque, à Shurik'n, aux Chiens de Paille ou à Dadoo du KDD. Plutôt nostalgique, voir désabusé, "Sol invictus" est résolument tourné vers le passé, que ce soient par les thèmes évoqués ou par le son très "années 80" que l'on entend presque tout du long des 18 morceaux. Cet opus se vendra à plus de 175.000 exemplaires.
Quelques mois plus tard, en novembre 2002, Akhénaton sort un "Black album" constitué de morceaux composés lors de l'enregistrement de l'album précédent mais non retenus et de titres destinés à des B.O.F. Au même moment, un DVD "Live au Docks des Suds", la vidéo de l'unique concert qu'il a donné en Avril de la même année à Marseille est mise sur le marché.
Depuis 2001, Akhénaton s'est remis à travailler par intermittence sur le nouvel album tant attendu d'IAM. C'est ainsi qu'après des enregistrements entre New York, Paris et Marseille, "Revoir un printemps" sort en septembre 2003. Le travail du leader du groupe reprend donc au sein du collectif....!
Mais Akhénaton nous a aussi montré son talent d'acteur et son amour pour le cinéma en écrivant avec Khéops la bande originale d'un des plus gros cartons de l'année cinématographique française en 98, "Taxi" de Gérard Pires dont le producteur n'est autre que Luc Besson. En février 99, ils reçoivent d'ailleurs la Victoire de la Musique pour la meilleure bande originale de l'année.
Mais ce qui reste le grand projet d'Akhenaton en cette fin d'années 90 est sans aucun doute le film qu'il cosigne avec son acolyte Kamel Saleh, "Comme un aimant" qui est un long métrage de fiction dont l'action se déroule dans un quartier de Marseille. Akhenaton écrit la bande originale avec Bruno Coulais, auteur entre autres de la B.O du film "Microcosmos". On trouve aussi des pointures soul internationales comme Cunnie Williams ou Isaac Hayes. Un jeune Marseillais, Bouga, chante "Belsunce break down" et le single fait vite partie des sommets des charts français.
Bref, Akhénaton est un véritable pilier dans le Rap çais-fran avec ses qualités de rappeurs, en collectif ou en solo et ses qualités d'acteurs également...!
Entre La Pierre et La Plume :
INTRO
Comment ne pas s'éprendre de ces lames
Forgés dans la revanche et le bain salé de ces larmes
Du haut de ces montagnes, vois-tu leur sombre dessein
Et la menace enfantée dans leur cour, accomplir son destin
Si tu avais vu nos guerriers, magnifiques et fiers
Partir pour des rêves dans des éclats de feu et de fer
Tu n'aurais su quoi dire, la cause était perdue
Mais jusqu'à l'aube nos plumes ont dansé sur la cire
Il n'y a plus rien à attendre sinon des moissons perfides
Et je suis là, à l'aplomb de leurs mensonges, à dompter mon vertige
Seule la rime garde sa force, sa tête droite
Grâce à la flamme qui s'consume en nos torses
Maintes campagnes remportées au fils de l'épée
D'autres avec le sourire, sans rage, ni cris, ni écume
Ce sont les plus belles victoires et on vient te conter
La légende des poésies du crépuscule, entre la pierre et la plume
Shurik'N
Entre la pierre et la plume, le clan s'précise quand l'brouillard s'dissipe
Six disciples armés de mots donc moitié homme moitié cible
Ils font nos lois, appliquent les leurs
Le cul entre soie et platine, c'est les miens qu'on décime
Pris entre chômage et vie facile
Sabre sur 220V, monture syncopée, mic entre les dents
Choix évident entre laisse et révolte, un chemin dépourvu de roses
Plein de caméras mais le sourire des nôtres après le combat
Recharge nos proses
AKH
Armures étincelantes, nos vies insolentes
Sont relatées en ces pages où nos stylos jettent l'encre
Tristes poésies avec ces vers comme fer de lance
Combien de lampes pour éclairer nos voies ?
Nos centuries louvoient hors des sentiers battus
Entre joie intense, peine, enluminures et ratures
Ainsi la vie est faite, douceur et amertume
La mienne se résume à l'espace pris entre la pierre et la plume
Shurik'N
Entre la pierre et la plume naissent ces germes issus de nos cursus
Nos écrits feront de nos petits frères des graines de Maximus
La rage hors du fourreau, peu importe ce qu'ils feront tant que nos rimes danseront
Y'aura des trous dans les cloisons
Souvent pris entre le marteau et l'enclume
Les torches dans les c½urs se consument
Lentement oublié comme une clope sur un mur
Un seul remède contre l'usure, la guérilla
Plume au clerc, regraver les chroniques de la France d'en bas
AKH
Entre la pierre et la plume, les rêves sont rendus possibles
Une vie d'homme libre et non pas de larbin docile
Ou d'un chassé croisé quotidien dans les coursives
Zigzag entre les regards des flics et ceux des grossistes
On s'bat pour le mieux quand c'est le chaos qui s'profile
Les plumes s'éguisent à force de voir tous ceux qui profitent
Dictature de l'émotion, nous, pions sur le croquis
Nous sommes la multitude, mais notre apathie les motive
Shurik'N
Entre la pierre et la plume assouvir nos passions
Sans chercher à faire la une pour l'honneur du blason
Pour vous, des routes y'en a qu'une
Taille dans les buissons où se cachent peur, doute, haine et suspicion
Chaque vers déposé entre calme et surtension
Claire comme la rosée, le message vole via le sillon
Une grappe au départ à présent admire nos légions
La stratégie est décidée, on charge style du bison
AKH
Entre la pierre et la plume, il n'y a que des plans concis
Fallait bien qu'un jour on sorte des terres où on nous confine
Ils nous pensent bêtes mais on sait tout de leurs consignes
Au premier faux pas c'est direct en CAP qu'on signe
J'ai ramassé leur arme, mes frères en étaient ravis
Ma plume a dansé au son austère de mes nerfs à vif
A partir de là c'est brasse coulée dans les rapides
Et fiesta d'malade à chaque centimètre qu'on grappille
Shurik'N
Entre la pierre et la plume, j'ai planté mes quartiers, récolté une forteresse
J'y ai mis mes idées issues de ceux que le pouvoir n'aime pas trop visiter
Dès qu'la parole passe par là, on se jette sans hésiter
Pas questions qu'nos voix par les caras soient parasitées
Entre l'or et la cocaïne, ils veulent nous voir écrouler
Suivre leur schéma de star : grosses voitures, gros nénés
Ici on dort pas, ils nous blousent pas avec leur télé
Rap strict, dynamite, pure guerre de tranchées féroces pour les nôtres
On cause pas de gorge tranchée entre faim et crise de foie
Y'a pas de réponses à donner
Passe nous l'encre et dis nous juste où on doit la pointer
AKH
Entre la pierre et la plume, nos troupes arrivent massives
La tyrannie oppresse le plus souvent les gentils passifs
Nos escarmouches relèvent malheureusement du pari à risque
Mais en 20 ans ici, on s'paie un putain de charivari
Méritant car oui, ces caravanes sont parties à vide
D'MRS la base aka « Mère patrie aride »
Plume sur silex et tout à coup la magie agit
La vie suit son cours bien attifée en machine à gifles
En route pour les .... Et les ... dans leur assise
Fonde une famille aussi mythique que les frères Gracie
Derniers samouraïs de l'école impériale asiatique
Lutte pour ses idées quand la masse demeure statique...
interview akhenaton :
Soldat de fortune” vient de sortir, tu peux nous rappeler comment tout à commencé ? Ca fait un peu album de crew au final avec 10 invités.
A la base, je suis parti sur un street album. Le fait d'être indépendant, ça ne met aucune pression d'obligation ou d'être en arrêt sur des titres. D'ailleurs, il y a 12 titres que je n'ai pas mis sur l'album qui font partie d'une même histoire. Sinon, je suis un peu comme un chien de groupe, le fait de partager je trouve ça mieux. C'est une question d'habitude et de philosophie peut-être... Je fais des albums comme tu envoies un truc en l'air et il tombe où il tombe. L'album a été enregistré entre mars et octobre 2005. Il a été bouclé rapidement en fin de compte alors qu'en général, je prends beaucoup de temps. Celui là a été fait instinctivement. Les premiers morceaux ont été “Mots blessés”, “Bronx river” et “Do it, do it”.
C'est drôle que tu aies commencé par ces trois morceaux car ils ont des ambiances très marquées les uns des autres. “Soldat de fortune” choque par son absence de direction artistique.
Mon expérience du Hip Hop elle ne se limite pas à 97-98 et le Queensbridge. J'ai commencé à écouté du rap en 81, il y avait des groupes qui jouaient live, en 84 j'écoutais de l'électro, en 86 le sampling est arrivé. Je suis une somme de tout ça. Quand je décide de faire un album de manière décontractée, tu vas avoir des morceaux plus Soul ou plus électro. Ma direction artistique si je devais en avoir une, ça serait de ne pas en avoir. Si demain je devais prendre une boucle de Abdelhalim Afez c'est faisable. En 1989, on a été les premiers à sampler de la musique arabe avec IAM et ça a été perçu de manière hérétique à l'époque. Et depuis que Timbaland le fait, c'est génial !
Le rap ne doit pas se limiter. En ce moment, je lis un recueil de poésie arabe du 7ème siècle. Ils écrivaient des poésies et en dessous des publications tu avais les crédits : le poète, le musicien et le type de musique. Il y avait 9 grades de musique pour autant de type. Le rap n'a rien inventé et s'inscrit dans une linéarité de tradition orale. Que ce soit arabe, afriquain ou aisiatique, il y a toujours eu cette poésie métrique se déclinant en plusieurs registres.
Mais musicalement, c'est finalement très déroutant quand même !
“Soldat de fortune” ressemble plus à la tradition musicale de “Ombre est lumière” où les instrus mis bout à bout n'ont pas de cohérence. Ca va à l'opposé de la tradition moderne qui veut qu'il y ait une cohérence de producteurs. Quand tous les sons se ressemblent alors que ce sont des producteurs différents, ça me pose un problème. En France, je pense qu'il faut prendre des risques sur la prod. C'est notre point faible. On a vécu avec la MPC 2000 les grosses caisses claires samplées sur Prodigy et Havoc pendant 6 ans, il faut tourner la page ! Il y a une nouvelle génération de producteurs qui est plutôt bonne et qui ose des trucs. Je viens de rencontrer Skread, CHI ou les Soulchildren qui sont plus dans notre patrimoine “Primorien”. Dans le rap français, c'est très important l'atmosphère du son. Sur des atmosphères plus mélancoliques et plus poignantes, le texte prend du relief. Mais avec la culture de l'atmosphère, on a mis un peu en off la culture du rythme. Les Américains ont développé ce côté, ils peuvent faire des morceaux qui ne tournent que sur la rythmique maintenant.
Tu sais ça part dans tous les sens : j'écoute un son à la FNAC, j'entends un morceaux dans un supermarché, je retiens des lignes de percu... C'est éclectiques au possible. Maintenant, carrément, je fais rejouer mes samples de Soul comme pour “Alamo”, comme “Vu de la cage” où c'est un groupe franco-malgache qui joue.
A l'instar de producteur comme Nikkfurie ou Logilo, ça n'aurait pas été plus intéressant d'avoir une couleur de son à toi avec justement des touches musicales différentes ?
Dans ma perception du rap, ça ne me pose pas de problèmes dans le sens où ce sont des influences qui cohabitent en moi depuis des années. Pour “Ecole de samba” par exemple, j'étais en train de péter un gars à PES et j'ai sorti “Je-produis-un-jeu-différent” et on en a fait un morceau ! J'ai des inspirations à la con, après ça peut partir sur des lectures comme Cheikh Anta Diop, Laotsu.
La couleur de son par contre, je n'en ai jamais eu. Je ne suis pas un producteur qui... A ce sujet, il faut que je vous raconte. Sur “Revoir un printemps” par exemple, un tas de gens m'ont dit “- Chill tu as fait les sons, c'est bizarre que ce ne soit pas Imothep”. Ils ne sont pas rendu compte que sur “L'école du micro d'argent”, j'avais produit plus de la moitié des sons quand même !
Sauf que sur “L'école du micro d'argent”, les musiques étaient créditées Imothep/Akhenaton !
Et on a cru que j'avais apporté des disques et qu'Imothep avait fait le travail ! Non en fait, ça ne s'est pas passé comme ça. *rires* L'absence d'Imothep sur “Revoir un printemps” n'est vraiment pas de son fait. Il aurait préféré être là à mon avis. Pour en revenir à cette histoire de cohésion, le jour où tu vas écouter l'histoire des 12 morceaux qui s'enchaînent, tu verras qu'ils sont dans la même veine. “L'école...” c'est pareil en fait. Il a été fait à New-York et a été refait entièrement à Paris en un mois et demi. BOUM !!! Tous les morceaux accouchés dans la même veine. Des fois, il y a une part de hasard : ça peut faire des choses bien et des fois on se gauffre.
Mais tu as conscience de ce que les gens attendent de toi par rapport à “Métèque et Mat” et “L'école du micro d'argent” ?
En fait, je ne veux pas capitaliser sur ce que j'ai fait avant. Les virages brusques que l'on peut faire dans une carrière avec IAM, effectivement, on peut perdre des gens et puis on va les rattraper 6 ans plus tard et puis les reperdre à nouveau. D'un autre côté, ça assure une sorte de pérénité de ton et de liberté artistique sur la longueur. Techniquement je ne peux pas resortir des recettes déjà réchauffées. Sinon j'aurais décliné “L'école du micro d'argent” en platine, or, vermeille... Dernièrement, j'ai enregistré avec Sokrate (Tandem), “Au nom de tous les miens”. Tout le monde me dit “- Terrible Chill putain !” mais je leur réponds “- Vous êtes des nostalgiques de Queensbridge !” Le problème c'est que vous voulez que le rap évolue mais vous voulez nous entendre sur des standards où on a été très fort.
Tu dis sur “Alamo” : “Des MC comme Faf sont sous-estimés” et finalement on le retrouve sur “Comode le dégueulasse” qui ne le change pas de son registre humoristique...
En fait, je l'ai invité sur deux morceaux qui font partie de “L'histoire” qui devait faire partie de l'album et comme j'ai fini par les écarter, il ne se retrouve plus que sur “Comode...” Sans rentrer dans les détails, j'héberge un SDF du nom de Faf à la Cosca. *rires* Je l'héberge dans une pièce à côté de mon studio. Il ne fait pas parti de la structure, c'est juste un ami. Ca fait deux ans qu'il enregistre son album et il galère pour signer mais je te jure que tu l'écoutes le cul par terre, c'est vraiment très fort.
Qu'est-ce que tu penses de la surenchère de la violence dans le rap aujourd'hui ? Tu trouves pas que l'aura d'artistes comme IAM, Fabe ou Oxmo Puccino en patit beaucoup ?
Bien sûr, parce que faire le mal c'est bien ! Je sais pas si vous avez écouté le deuxième album de Sinik. Franchement, j'en étais content dans le sens où l'on sent une volonté d'aller vers quelque chose de plus positif. Le mal c'est une ligne droite, c'est trop facile de faire plus dangereux. Il faut être patient et ne pas plonger dans l'aigreur. Par exemple, quand je n'ai pas eu d'air play sur cet album pour ne que Skyrock, je ne me suis pas mis à dire dans les magazines “- Skyrock enc*lé de ta mère, on va te niquer ta race !” *rires*
Les maisons de disques elles ont aussi leur rôle. Si le rap qui vendait c'était celui avec une plume d'autruche dans le cul... Le problème des artistes qui jouent le créneau de la violence, c'est que ça génère des problèmes pour eux, sur scène... Les gens te renvoient ce que tu leur donnes. J'ai peur que ça re-regénère une nouvelle génération de concerts à problème et dimage du rap biaisée. On est à l'image de la société : tu as la possibilité d'écouter du rap descent, bien produit, violent, non violent, tu as le choix.
Mais c'est peut-être aux radios, aux webzines de mettre en exergue les bons artistes. Le plus ennuyeux pour vous par contre, c'est que les rappeurs habitent à trois stations de métro et si tu chroniques mal leurs albums ils font une descente chez toi. A un moment dans la presse, personne ne parlait mal de personne, sauf sur IAM parce qu'ils habitaient à 800 Km. J'ai eu une discution avec des journalistes qui ont eu l'honneteté de le reconnaitre. Tu peux trouver des trucs bien ou mauvais dans nos carrières solo ou de groupe, il faut juste être équitable.
Un détail qui nous a étonné sur ton album, lorsque Shurik'n est invité il est crédité feat IAM et quand c'est Freeman, il est indiqué feat Freeman. Il ne fait plus partir du groupe ?
Question administrative. Shurik'n est toujours en contrat avec Delabel et donc on a fait des morceaux de groupe pour ne pas avoir de soucis juridiques avec ça. La question qui revient souvent c'est la présence de Malek (Freeman) au sein d'IAM. Pour moi, il doit être entre “L'école...” et “Revoir un printemps”, c'est quelqu'un qui a une culture verbale complètement différente, qui est ancré dans la génération Fonky Family. Y a des fans intégristes qui ont dit pour “Revoir un printemps” : “- Trop présent Malek, vade retro” ! Du coup, il a tendance à se mettre en retrait par rapport à Jo et moi mais c'est pas une question de niveau, plus une question de musique. On en discute entre nous sans langue de bois.
Aaaaah, l'enregistrement de ce dernier album a été très très compliqué pour tout le monde. Ca a été la congrégation de la guigne sur six personnes ! A ça tu rajoutes notre relation qui devenait complexe avec la maison de disques, Red et Meth qui attendent pour le budget du clip et qui finalement partent en tournage pour How high... obligé de les faire en dessin animé ! Avec ces histoires de budget, je suis le plouc qui s'est grillé avec Chris Robinson et tous les réalisateurs de clips New-Yorkais !
A partir de “Stratégie d'un pion”, on a monté notre structure qui s'appelle Alamut et on a réalisé nous-même nos clips. J'ai écrit “Soldat de fortune”, on a fait “Black desperado” pour Oxmo Puccino et le prochain Hocus Pocus. Diam's nous avait demandé pour “La boulette” mais on était trop chargé, c'est dommage. On travaille à l'artisanale, au lance pierre comme pour “Troie”. On a loué un studio une journée, c'était tout dans la bricole.
Justement, tu sors sur ton label 361 Records cette fois, comment tu jauges ce retour à l'indépendance ?
Je te cache pas que ça m'a fait drôle de sortir sans marketing, j'avais plus l'habitude depuis 15 ans. Dans mon contrat en taux de royauté, j'ai le même qu'avec mon contrat avec Delabel. Si l'album fonctionne un temps soit peu au sein de la structure, c'est bien pour nous. Ca nous permettra d'accomplir d'autres projets. Par contre, j'avais des propositions de grosses maisons de disques, j'ai attendu pour voir... et j'ai finalement opté pour l'indépendance. Cet album c'est un peu de la dépollution pour moi : je reviens à des basics, c'est une liberté totale. Un jour j'ai envie de faire des trucs, je n'ai pas les budgets, j'essaie de trouver des idées pour faire autrement. Je suis complètement booké, même ma MPC a pris la poussière. Mais c'est bien, j'apprends toujours au bout de 20 ans de Hip Hop !
Avec cet album, je me replonge à Générations, FPP, on arrive à être en contact avec vous. C'est plus dur avec une maison de disques, on faisait 5 jours de promo sur Paris et on ne choisissait pas ce qu'on faisait. Je déteste mettre une échelle d'importance comme ça. Pour le prochain IAM, je ferai en sorte que vous ne soyez pas mis de côté.
Dans le DVD Au coeur d'IAM, vous partez à Bucarest rencontrer un orchestre. Tu aimerais monter sur scène avec des musiciens ?
On l'a fait sur la dernière tournée d'IAM. C'est un objectif d'avoir peut-être une petite formation mais il ne faut pas briser l'intégrité du rythme. Tout serait axé autour du batteur, il faudrait trouver un batteur qui arrive à jouer Hip Hop. C'est à dire que le batteur mette son égo de batteur de côté et arrête d'improviser des solos quand t'es en train de rapper derrière ! *rires* J'en ai envie depuis un moment, peut-être plus pour monter un spectacle théâtrale...
Tu dis sur “Soldat de fortune” : “Si tu penses en avoir pour ton blé, vas l'acheter”.
L'autre jour je parlais avec des gamins de ça justement. Le téléchargement c'est le trou du cul de ton budget, en haut tu as une paire de basket à 250¤. Maintenant, ça ne te fatigue pas de télécharger des sonneries MP3 fatiguées à 3¤ ? Non ! C'est une question d'éducation. Personnellement, j'utilise internet comme une borne d'écoute, j'en télécharge 50 et je vais acheter les 2-3 qui sont vraiment bon. C'est ça la vraie démarche à mon avis et je te parle pas de mon album là !
Autrement, on n'a pas enregistré le quart des morceaux que l'on a écrit, internet c'est bien pour les bootlegs. Ces morceaux que l'on a jamais sortis et/ou enregistrés, on les a fait en freestyle, en concert. Je pense notamment à “IAM a mis un therme à vos carrières musicales”, “Style de la mouette”, “Je suis un vrai”... mais il faut savoir jeter, des fois ça sert juste d'exercices de décrassage.
Concernant les artworks, de vos albums vous marchiez toujours avec Tous des K, là c'est plus le cas.
Ce qu'il faut savoir, ce sont les artistes qui le payent. On va être bête et méchant, je vais vous parler chiffre. Sur Revoir un printemps quand tu sors un Digipack, c'est 30% d'abattement sur les royautés d'un artiste. Un artiste touche entre 8 et 15% (selon le contrat) sur le prix de gros hors taxes d'un album (72 Frs), ça fait moins de 10 Frs. Pour peu que tu partes en campagne télé où l'abattement est de 50% pendant trois mois, t'es abbatu de 80%, je regardais les crédits de Sinik, il écrit “Fuck les abattements”, il a tout compris !
Et c'est pour ça que vous sortez des éditions limitées ?
En fait c'était faussement limité, il y en avait plein. La limite était... quelque part ! *rires* Disons que c'est limité aux FNAC et Virgin parce que les grandes surfaces ne veulent pas de boitiers Digipack, elles ne veulent que du crystal. Il y a les nouveaux boitiers comme celui de Booba qui sont vraiment très beaux, c'est un nouveau standard qui va s'étendre. Sur Soldat de fortune, on a mis une encre sélective, un booklet de 20 pages, tout ça se sont des efforts à notre charge.
Ce soucis d'image et de beau produit fini, c'est une révolution liée à la dématérialisation de la musique ?
Non, il y a toujours eu des artistes s'attachant à ces détails. Non, la vraie révolution dans la musique c'est le home studio. C'est ce qui a entraîné la mort de certains studios sur Paris et qui a permis aux labels indépendants d'exister.
Mais au détriment de la qualité... Sans parler du mix, la différence entre un son français et américain reste flagrante.
Ca c'est parce qu'ils ont des systèmes de bande et de fréquence d'échantillonage différents, il faut enregistrer là-bas. Ici, on travaille avec Protools et après on mixe sur une console SSL4000. Tu ne peux pas rivaliser, il y a une limite technique que tu ne peux pas dépasser. C'est comme au cinéma. On aura jamais l'image du cinéma américain dans le cinéma français parce qu'ils utilisent des bandes Fuji différentes.
A une époque, on voyait une scène marseillaise attentiste vis à vis d'IAM. On voit émerger des rappeurs comme Kalash l'Afro, Keny Arkana, vous en êtes où ?
Ou même El Matador tu vas en entendre parler. C'est un petit qui travaille d'ailleurs avec Original Bombattak. Il n'y a plus vraiment de frontières, nous-mêmes on travaille avec Tefa, Hematome. Chez nous, ils rappaient tous comme Le Rat Luciano. A Paris, ils rappaient tous comme Booba. Quand tu as quelqu'un de très fort, il imprime une image à toute une génération, c'est inévitable. Ca ne fait pas du bien mais après on a toujours du temps pour se dégager de ses influences.
A ce sujet, il y a une critique que l'on entendait sur Paris qui disait que sur L'école... vous étiez influencés Time Bomb. Tu l'as entendu aussi ?
Non. On était très proche avec les X-Men, j'ai d'ailleurs toujours de bons contacts avec Cassidy. C'est de l'inter-influence, peut-être même que Chien de Paille nous a influencé dans notre manière de travailler.
Il y a des mecs avec qui je suis en RDV depuis six albums. On discute avec des mecs pendant 10 ans et on ne fait jamais rien alors qu'un autre peut passer à Marseille, on discute et on fait un truc à la volée. C'est notre côté désorganisé que l'on essaye de diminuer.
Après une si longue carrière qu'est-ce que tu peux espérer encore ?
M'amuser, juste des objectifs d'amusement. La question qui me fait toujours rire c'est “- Tu comptes prendre ta retraite ?” Je suis pas un joueur de football, j'ai pas de problèmes de jambes ne vous inquiétez pas ! Si je vends 2, 3 disques, ça pourra passer pour une retraite mais je continuerai à faire des sons dans mon petit lab. Ca fait longtemps que je voudrais reprendre des standards arabes ou de la grande musique classique arabe et rapper dessus mais je serai encore déroutant pour des mecs comme Tetsuo ! Alors je te sortirai “L'école du micro de vermeil” avec des prods Queensbridgiennes en 2007. *rires*
Maintenant, je ne sais même pas ce que je vais faire... ah si, on a des échéances pour IAM. Je peux déjà vous dire qu'il n'y aura pas que des producteurs d'IAM pour des questions de délai. Je ne veux pas que l'on attende encore trois ans à se disperser, je veux un truc instinctif, risqué... BLAH ! En 3-4 mois comme L'école... entre juin/juillet et novembre. C'est un premier objectif, faire un bon album d'IAM.
Ensuite, je voudrais sortir “L'histoire”, ma dizaine de morceaux qui s'enchainent en caméra subjective. Je voudrais boucler les budgets pour faire les clips en une quarantaine de minutes. Historiquement, j'ai toujours fait des histoires comme “Le soldat” ou “Un brin de haine”. Je tiens vraiment à le sortir en audio ET vidéo. Et ça c'est très compliqué. Sinon, je le sortirai en CD EP en édition limitée...
Une vraie édition limitée cette fois !
Par la force des choses oui ! Autre exemple, on a eu des propositions pour sortir le street album volume 2 de La Cosca et on l'a volontairement limité à 10000 parce que l'on n'est pas un label de disques mais un label d'éditions. C'est surtout monter une tournée, mettre les artistes en avant. On a été chez EMI pendant 15 ans et ils ne nous ont jamais mis sur aucun plan. L'édition, s'il n'y a pas d'édition active c'est l'administration la plus chère du monde, elle te prend 50% de tes droits d'auteur. On essaye d'inventer une édition vraiment active, pas coffrage. C'est pour ça que l'on fait dans le familiale aussi. On a besoin de voir les gens plusieurs fois pour voir si humainement ça peut coller sinon il n'y a aucune justification pour que je prenne 50% juste pour déposer les papiers des mecs. C'est compliqué, surtout quand tu as en plus des artistes qui gagnent beaucoup et qui cohabitent avec d'autres qui gagnent peu.
Du coup, signer des artistes parisiens ou d'ailleurs, ça serait encore plus difficile ?
On signera le jour où l'on aura une antenne sur Paris. Il faudrait pour ça que l'on ait un gros succès d'album ou que malheureusement, l'on vende une partie de notre capitale à une grosse maison de disques. Il faut le faire quand tu es glorieux avec les lauriers sinon on te rachète “Tiens, minable !”. Une autre solution, ça serait de trouver des partenaires hors du domaine de la musique. Le plus difficile avec 361 Records, si on aligne 3 succès on tourne pendant 3 ans, 3 échecs et on ferme. Là, on dure depuis 7 ans. J'ai même hypothéqué ma maison dans cette société et des fois, j'ai senti les flammes proches des volets de mon salon ! *rires*
Bonus question : Quelques mots sur ce que tu aimes en rap américain en ce moment ?
J'aime les trucs un peu extrême en rap américain. Je m'attarde plus sur leur manière de rapper comme Saigon qui a fait “My favorite things” (une des meilleurs morceaux de ces 5 dernières années), Papoos ou Ness de la team Bad Boy. J'aime pas trop les rappeurs des états du Sud, en dessous de Philadelphie, j'ai du mal... Je regardais la prod de TI cet enculé de Scott Torsh, elle est fantastique ! J'étais dégouté, j'aurais aimé la faire !
Tu vois la TR-808 qu'il y a dans le morceau “One love”, ça me renvoie à cette époque de techno rap du label Profile qui sortait des rappeurs qui ne posaient que sur des boites à rythme. Des groupes comme Original Concept et c'est à cette époque qu'est sorti Mantronix, le père spirituel de Pharell. Pharell a accouché de la jambe gauche de Mantronix... mais c'est bien ! Il vaut mieux être le fils de Mantronix que celui d'un sombre producteur dégueulasse. Honnêtement, j'aurais rêvé d'être le fils spirituel de Hi-Tekk, Diamond D ou Pete Rock. Sinon des mecs comme Pharaoe Monch m'ont beaucoup influencé dans l'écriture comme dans l'écriture. J'adore quand il a rappé “I sold doublewood in the hood”.
Beaucoup se sont acharnés sur le dernier album d'IAM (Revoir un printemps), poussant bien vite le crew marseillais à la retraite, et occultant les qualités indéniables de ce disque. C'est avec un sentiment de revanche, sans doute, qu'Akhenaton, le leader du groupe (on se lance...) s'est attaché à la préparation de son troisième opus solitaire (sans compter le Black Album), et que contrairement à ses habitudes, il est arrivé sans tarder dans les bacs (trop, s'empressent d'ajouter les mauvaises langues). Pourtant, qu'on l'aime ou qu'on le deteste, difficile de ne pas s'intéresser à AKH, ni de s'impatienter d'écouter tout ce qui sort de sous son nom. "Trop normal pour avoir sa marionnette aux Guignols" (selon ses mots...), mais suffisamment talentueux, créatif et combattif pour occuper sans relâche le devant de la scène depuis quinze ans (...selon les miens), Chill et sa troupe déterrent la hâche de guerre et se font Soldat de fortune le temps d'une bataille, celle de la reconnaissance.
Produit par ses soins, ce nouvel opus du fer de lance d'IAM regorge de surprises. Fidèle à ses bonnes habitudes, il nous offre quelques fresques historiques de haute volée, comme l'excellent "Troie", qui nous plonge dans une vision antique finement imagée de notre époque, servie par un beat conquérant et guerrier sans faiblesse. Dans une veine comparable, celle de la référence historique judicieuse et imparable, notons la bombe "Alamo", ou l'acerbe "Comode - Le dégueulasse" (feat. Faf Larage et Veust), qui brille par son acidité deversée sur les rappeurs bas de gamme qui infestent les ondes et trustent les bacs (suivez leurs regards en coin). Certaines rimes du couplet de Veust ne manqueront pas de provoquer l'hilarité de certains d'entre nous ("Il a rien dans l'ventre / Même son ver solitaire veut s'barrer / Demande lui d'faire un gangsta freestyle si t'as envie d'te marrer").
Aux côtés de ces fresques majestueusement interprétées, AKH ne manque pas de saluer de nouveau ses origines napolitaines sur le nostalgique "Canzone di malavita", qui, comme il l'annonce, célèbre le plaisir d'être triste et la douce mélancolie du temps qui s'écoule. La simple amertume n'est pas de mise, et ce sont les blessures du quotidien qui reviennent à la surface lorsqu'AKH reçoit les Psy4 sur le très bon "Vu de la cage", qu'il sert lui-même d'une belle production. "Mots blessés", "Déjà les barbelés" (avec l'efficace Sako des non moins efficaces Chiens de Paille), ou encore "Du mauvais côté des rails" sont autant de perles noires dans un ensemble brut et réalisé avec le coeur (comme la pépite "Quand ils rentraient chez eux").
Pas décidé à se laisser aller dans les sentiments les plus sombres qui l'animent, Chill se fait plaisir (et à nous avec), en proposant des moments d'effort collectif bien sentis et à l'energie communicative. "Livedsladsktk (Live dans la discothèque)" étonne et plaît, de même que l'hallucinant "L'école de Samba" sur lequel Shurik'N se lâche complément et se décide à nous faire profiter de ses qualités de chanteur (!).
Puissant, complexe, relâché, riche, introspectif, engagé, osé, nostalgique, optimiste, nombreux sont les qualificatifs que nous pourrions coller à côté de ce Soldats de fortune. "One Luv" cotoie "Cosca Crew Part", Comode en prend pour son grade alors que "La fin de leur monde" (en digne successeur de "Demain c'est loin") renverra six pieds sous terre ceux qui ont parié trop vite sur la fin du mythe IAM. Doté d'une plume toujours aussi fine et auteur d'un propos sans cesse plus posé et pertinent, AKH revient réussir une percée conquérante et renverse sur son passage une grosse partie de ses opposants. Derrière le titre humble de Soldats de fortune se cache en réalité le Général des armées du rap français. Précis et courageux, épaulé par son ésquadron de luxe (Shurik'n et l'équipe de La Cosca sont très présents), Chill s'en va en guerre. Et ça fait du bien.
PS : si AKH passait un jour lire cette chronique, juste merci pour ces années de musique...
On ne présente plus Akhenaton. Des albums d'IAM à ses ecapades solo, des DVD de concerts aux best of, de son label à ses prises de paroles dans le débat public, notre homme est depuis plus de 15 ans sur le devant de la scène, n'en déplaise à ses nombreux détracteurs. Son discours, réfléchi et mature, souvent taxé de "démago" en a conquis autant qu'il en a écoeuré. Pourtant, avec une telle longévité dans le rap game (milieu éxigeant et déstructeur s'il en est...), force est de constater que Chill occupe toujours le haut du pavé. Après un Métèque et Mat acclamé par la critique, et un album classique d'IAM (L'Ecole du micro d'argent), Akhenaton revient aux affaires en solo en 2001 avec Sol Invictus, longtemps éspéré et franchement attendu. Premier contact avec ce disque, et premières impressions : un visuel sobre et plutôt mystérieux, bien en accord avec le personnage en somme ; des prods d'AKH en majorité, qui laisse quelques miettes à Akos et DJ Ralph, les producteurs maison de La Cosca. Tout ça promet.
L'album s'ouvre le magnifique "Paese", dédicasse de Philippe Fragione à ses origines napolitaines qui réchauffera tous les Italiens de coeur, avec quelques bribes d'un chauvinisme aiguisé et d'auto-dérision bien sentie ("Beaucoup d'gens nous détestent, ils voudraient être comme nous / Reconnaissons qu'dans l'monde y'en a peu classe comme nous les ritals / j'viens d'là où parler avec les mains c'est vital / Où on te recoud le bras à la place d'une jambe à l'hopital"). Excellent. L'intro qui suit permet à AKH de mettre quelques choses au point avec les idées reçues le concernant (sur un léger air de jazz), comme il le refera ensuite dans l'emporté "C'est ça mon frère", qui lui permet de recadrer ses derniers détracteurs. Comme un écho au très bon "Un brin de haine" (sur son premier solo), "Le fiston" (ft. Lyricist), évoque le décalage intergénérationnel entre un père et son fils qui lui échappe, le tout sur un beat musclé.
Akhenaton aime traiter les sujets assez personnels qui tiennent à coeur. Il le fait de manière éclatante sur l'oriental "Horizon Vertical", bel hommage à ses convictions et à la culture à laquelle il aspire. Dans une veine tout aussi intimiste, le superbe "Mes Soleils et Mes Lunes" (ft. Sako), sur l'amour qu'il porte à sa femme et à ses enfants, et l'importance qu'ils occupent dans sa vie ; ou encore l'excellente cloture de l'album, "Mon texte, le savon". Ce disque regorge de perles incontestables tel qu'Akhenaton sait les proposer. Au rayon des merveilles, citons encore "New York City Transit", dans lequel Chill rappelle de manière inspirée et émue la naissance du rap, à laquelle il assistait lors de son séjour prolongé à NYC.
Pour les titres un peu moins réussis, qui ne sont pas légion, notons quand même la transparence de certains titres tels que "Entrer dans la légende" ou "Quand ça se disperse", qui n'apporte pas grand chose au final. De même, les instrus éléctro de "Teknishun" (ft. Lino), "Une impression" (ft. Shurik'n) et "Gemmes" (ft. Bruizza), dénotent quelques peu dans l'ensemble. On a parfois l'impression qu'Akhenaton se plait bien mieux en solo, et qu'il quitte la sphère intime (voire intimiste) dès qu'i invite un autre artiste sur une track.
Loin de nous décevoir, cette nouvelle livraison personnelle d'AKH s'avère réussie, et ne manquera pas de satisfaire les fans (nouveaux comme anciens) de l'artiste. Dommage, néanmoins, que certains titres ne soient pas complétement indispensables, et qu'ils fassent retomber la tension à des moments clés de l'album. Un bel opus quand même, qu'il convient d'avoir écouter attentivement, et qui regorge de titres riches et profonds.
Métèque et Mat :
Cher Philippe,
De nombreuses années se sont écoulées avant que je ne me saisisse de ma plume la plus révérencieuse pour te faire part de ces quelques mots. Non pas que je ne puisse contenir ma trop humble inspiration, mais parce qu'il le fallait, enfin. Tu devais savoir à quel point nous te sommes reconnaissants de ce que tu as fait pour nous, plus jeunes ou moins vieux, qui nous sommes plongés dans la musique en suivant tes pas, balancés entre les récits épiques de ton groupe, ou la sincérité perçante de tes échappées intimistes. Je me souviens encore de mes balbutiements musicaux, pas encore vraiment décidé à choisir, amusé par « Le Mia », animé par « Le Feu ». Et puis, en même temps, ou presque, que tu as franchi le pas de la confession solitaire, tu as entraîné avec toi une vague de convaincus, qui le sont restés depuis ces jours dorés.
Peut-être est-ce parce que tu aimes Le Bon, la Brute et le Truand, sans doute parce que nous partageons des origines du sud de l'Italie, ou serait-ce simplement parce qu'elle est humaine et universelle, ta musique a bercé mon adolescence et me fait aujourd'hui connaître une forme de nostalgie, plus qu'aucune autre. Des sensations qui ne reviendront pas, mais qui se manifestent par réminiscences à chaque écoute, douze années plus tard. Les premières notes de « La Cosca » et sa narration ancrée dans une réalité historique et culturelle plus rude encore que Coppola lui-même n'a voulu le faire croire, sonnent comme les fondations d'un retour aux sources qui se poursuivra dans le temps avec « Paese » ou « Canzone di Malavita ». Une identité propre à nouveau déclinée avec une virtuosité comparable à la mesure de l'éloignement entre les racines et les branches de « L'Americano », qui scintille comme un phare dans la nuée des contradictions entre les cultures et leurs influences réciproques (avec parfois une dose de naïveté déchue au souvenir des représentations d'antan). Bien sur on rit quand tu dresses ton autoportrait caricaturé sur « Je suis peut-être », on rit autant qu'on acquiesce à chaque fin de strophe, « Putain qu'est-ce que [tu] tues sur le micro ». Pas pour la technicité de ton flow, pour être franc (bien que des tas d'autres n'aient jamais vraiment rattrapé le niveau), mais parce que ton écriture est profonde, fine, lucide et honnête. On rit aussi du sarcasme dont tu fais preuve en rappelant la mauvaise volonté de l'administration à tenir les promesses de l'Etat, en fustigeant un système paresseux avec « Eclater un type des Assedic ». On en redemande lorsque tu t'en prends à la médiocrité artistique de l'époque avec un « J'ai pas de face » devenu incontournable, quoi que la situation ait désormais empiré dans le domaine que tu visais alors... On ne sourit plus, enfin, mais on songe aux temps anciens à l'entame d' « Au fin fond d'une contrée », du troublant « Lettre aux hirondelles », ou lorsque tu dresses le constat meurtri de l'immigration et de ses affres à travers le storytelling adroit, « Un brin de haine ». Que dire, évidemment de ce tube qui a traversé les années, « Bad Boys de Marseille », qui nous ferait presque te souffler nos arrières pensées à l'égard de cette époque d'unité regrettée du rap marseillais...
Avec des morceaux comme « Le calme comme essence » ou « Dirigé vers l'est », tu nous donnes à te connaître. Je confesse volontiers que j'ai souvent réfléchi et que parfois je m'en suis voulu en méditant « Je ne suis pas à plaindre »... bien plus en tous cas que je n'ai dérapé en prenant « Le Shit Squad » au pied de la lettre, sache-le. C'est sans doute aussi pour cette raison que tu gardes une place de choix dans nos c½urs d'auditeurs privilégiés, nous qui avons vécu sans trop nous en rendre compte le plus beau passage de notre rap hexagonal. Tu partages avec certains de tes rivaux originels plus qu'une « Gueule de métèque » : une emprise sur ton art comparable à celle de « la Mafia sur l'Italie ».Si loin et si proche à la fois, le temps de « La Face B »... Je ne voudrais pas pour autant laisser croire que tout est fini, loin de là, et je t'adresse à nouveau toute mon admiration pour ta sincérité d'homme et ton talent d'artiste, souhaitant vivement que ces quelques pensées arrivent jusqu'à toi, et qu'elles te trouvent à la tâche pour d'autres pépites susceptibles de renforcer l'éclat de ta couronne déjà bien sertie. Une page est tournée, certes, mais le Grand Livre reste ouvert. A bientôt de t'entendre à nouveau,
Si pour certains un Black Album constitue une lumineuse porte de sortie vers la vraie fausse retraite, il s'agit pour d'autres d'écouler quelques titres sauvés des archives. Les fonds de tiroirs d'Akhenaton n'étant pas comparables à ceux du premier venu, cet opus fantôme (en promo, en tous cas) lancé dans la foulée de Sol Invictus représente une caverne que les fans ne regretteront pas d'avoir exploré. Compilant majoritairement des morceaux mis au rebus de son opus précédent (plus quelques extraits de bandes originales), le leader d'IAM livre ici bon nombre de pièces à même de venir s'ajouter à sa collection, sans pour autant échapper aux écueils habituels du projet élaboré sur le tas.
A l'instar de sa face visible, Sol Invictus, ce Black Album comporte les différentes dimensions d'une période charnière pour dans les aspirations de son auteur. Le temps d'une confession, d'abord, Akhenaton remet en question certains passages de sa carrière (et notamment l'épopée "Shit Squad") sur le troublant "Une journée chez le diable". Plus tout à fait en phase avec ce qu'il considère comme des aspérités dans son parcours, le Marseillais fait amende honorable de ses erreurs, et renoue avec le mysticisme qui lui a fait connaître ses plus belles heures (et nous avec). "L'esprit de nos cimeterres" et "A vouloir toucher Dieu" tombent alors à point nommé pour introduire l'opus avec finesse et distinction, alors que "Musique de la jungle", plus vigoureux, assure la pression de l'ensemble. Passé le tube "AKH", usé jusqu'à la corde par les rotations radios, Akhenaton balaie d'un revers de la main critiques et attaques personnelles avec le cinglant "J'voulais dire" (déjà présent sur la BO de Comme un aimant). Malheureusement, la fin de cet opus un peu fourre-tout s'étouffe alors que défilent les titres somme toute assez fade ou simplement en désaccord avec la couleur de l'½uvre. L'enchaînement "Bionic MC's", "Esprit Beatstreet" et "Ancient Scriptures" (qui prouve que Bruizza n'est pas franchement heureux dans ses collaborations avec Akhenaton) tombe comme un cheveu sur la soupe et rompt brutalement l'équilibre de la tracklist, qui peine ensuite à regagner en intérêt. Même le renfort de Shurik'n pour le justement nommé "Au minimum" ne suffit pas à rendre cette fin palpitante, alors que la version acoustique de "Mes soleils et mes lunes" (ft. Sako) s'avère bien moins puissante que l'original.
Bien lancé et reposant sur une ligne directrice solide pour la première partie de l'opus, ce Black Album perd progressivement en cohérence à mesure que les titres sélectionnés s'éloignent du rythme et de l'ambiance imprimés. Dès lors, ce qui apparaissait comme une continuité idéale pour Sol Invictus n'en devient qu'un complément de bonne qualité mais insuffisamment rigoureux dans la finition. L'essai demeure convaincant dans sa dimension représentative des travaux oubliés du membre d'IAM, et regorge de certaines pépites dont on ne peut que remercier Akhenaton de nous en avoir gratifiés
En plein essor artistique et unanimement salué pour ses derniers projets, le terrain était idéal pour qu'Akhenaton se permette de laisser la parole à son inspiration en cette période faste de sa carrière. Si la Soul était à l'honneur sur la bande originale de Comme un aimant, c'est ce sont cette fois les années 80 et la musique électro qui s'invite dans les compositions du membre d'IAM et dans celles de son pool de producteur, Al-Khemya. Inattendu, cet hommage d'Akhenaton à l'une de ses premières amours musicales s'adresse d'abord à un public averti, quoi qu'en laisse penser le sympathique tube "Une autre dimension" (ft. Freeman et K-Rhyme le Roi). Un public averti donc, mais surtout dans les intentions puisque la réalisation, elle, n'est pas toujours à la hauteur des oreilles les plus amatrices du genre. Souvent plat dans le rendu final ("Dreams", "Stomp ya feet", et une poignée d'autres), le travail des Sya Styles, Akos, et autres AKH s'apprécient trop souvent à un degré simple. Manquant souvent de profondeur, de variations et de surprises, les compositions en lasseront les moins enthousiastes du lot.
Partie d'une affinité particulière avec l'électro-Hip Hop plus que d'une réelle vocation de producteur dans le genre, cette compilation estampillée La Cosca ne manque toutefois pas de quelques moments forts intéressants, et qui ne font qu'accentuer les regrets par rapport à des morceaux visiblement bouclés trop souvent trop vite. Parmi les excellentes livraisons, la tracklist réserve aux b-boys des perles comme le "Wonder" de Sya Styles et son clavier contagieux accompagné d'un beat, progressif par moment, du meilleur effet ; de même que le rugueux et originel "Yes ya'll" sur lequel Akhenaton se fait vraisemblablement autant plaisir qu'à nous. Le DJ des Psy 4 et le boss de La Cosca s'en tirent d'ailleurs le mieux sur la durée, mettant le mieux à profit le champ du possible en matière d'électro. A noter également en ghost track le remix du "Belsunce Breakdown" (qui n'avait cependant pas attendu cette mouture pour sonner électro) de Bouga. Pas évident d'accès, parfois léger dans l'approche artistique, Electro Cypher reste un support de prestige pour danseurs et les nostalgiques du style représenté ici (si toutefois ils s'y reconnaissent réellement). Surtout un succès d'estime et un bel exercice de style. La rumeur colporte même qu'un deuxième volet serait en route.
En plus d'être un artiste au talent maintes fois éprouvé, Akhenaton a du succès dans ses affaires. C'est sans doute l'ampleur de la reconnaissance dont il bénéficie qui a permis au leader d'IAM de se lancer quelques années en arrière dans un projet de film co-écrit et co-réalisé avec son ami d'enfance Kamel Saleh (et mettant en scène quelques uns de ses proches). Entrée en matière dépaysante pour un Akhenaton version 2000, plus ouvert que jamais à la diversité des influences, et tout disposé à partager sa passion dévorante pour la Soul via la bande originale de son film. Ainsi, si la version grand écran de Comme un aimant a suscité plus de curiosité que de passion, sa transposition sur disque demeure comme l'une des pièces maîtresses de l'½uvre d'Akhenaton.
Epaulé par le musicien spécialiste du genre dans l'écriture de cette B.O., Akhenaton livre ici vingt compositions originales mêlant les époques et les genres. Acquis à la cause Soul depuis toujours, le Marseillais convie de grands noms de la Black Music à s'illustrer comme à leurs plus beaux jours. Souvent méconnus du grand public mais unanimement acclamés par les auditeurs avertis, les hôtes d'AKH et de Bruno Coulais se nomment Millie Jackson (avec le superbe « Prisoners of Love » en duo avec un Shurik'n inattendu, ainsi que l'aérien « One Day My Soul Opened Up »), Gerald Alston (pour le très balancé et irrésistible « Sugar »), Isaac Hayes (et sa voix de crooner faisant des ravages sur « Is it really home ? »), ou encore The Dells (« You promised me ») et Marlena Shaw (pour le très Gospel « What's your answer »). Tirant des artistes invités le meilleur d'eux mêmes, la doublette aux commandes de l'opus effectue un travail d'orfèvre pour faire revivre la Soul des 70's et donner aux interprètes l'occasion d'éclabousser les jeunes auditeurs de leur talent. Cunnie Williams, offre pour sa part une prestation impeccable pour le single « Life goes on ». Plus étonnante encore, la présence du groupe de polyphonie corse Affrescu et de son OVNI « A Filetta » complètement incorporé à l'ensemble. Le chanteur Napolitain Mario Castiglia (déjà présent sur le morceau « La Cosca » de Métèque et Mat) apporte pour sa part le soleil (« Sta Voglia E'te ») et les lamentations contemplatrices du Sud de l'Italie (sur l'intense « Ammore Annascunnuto »), comme pour établir le pont entre les racines d'Akhenaton et sa maturité d'homme et d'artiste. Enfin, et puisqu'il représente un volet non négligeable de l'ensemble, le rap s'invite également à ce festin auditif. Malheureusement, si le duo Chiens de Paille livre une nouvelle pièce de maître (« Comme un aimant »), tout comme le véhément « J'voulais dire » du commandant de bord, d'autres protagonistes tels qu'un Talib Kweli desservit par un beat en rupture avec l'esprit de la BO, ou Bruizza manquent ici une occasion de ne pas collaborer avec leurs homologues européens. Restent les Psy 4 de la Rime (malgré un refrain somme toute assez déplacé eut égard au contexte) et K-Rhyme le Roi qui ne faiblissent pas, alors que Bouga participe vocalement au tube « Belsunce Breakdown » (qui présente la particularité d'être le seul titre audible de la carrière du luron marseillais).
Envolée, profonde, teintée d'une Soul originelle, cette bande originale relève de la prouesse véritable. Réalisée par des fans avant tout, cette collection de perle (qui vaut surtout pour son large versant Soul, donc) semble tout droit sortie des combles des années 70 pour ressurgir sur un disque, mêlant les influences et les genres avec succès et virtuosité. Trop peu évoquée dans le parcours d'Akhenaton, la bande originale de Comme un aimant demeure comme l'un des grands moments de sa carrière. Une sortie qui lorgne bien plus loin que le strict cadre du rap, et même du Hip Hop. Celle d'un artiste décomplexé et en pleine possession de son talent
Philippe Fragione alias Akhénaton est né le 17 septembre 1968 dans le XIIIème arrondissement de Marseille. Issus d'une famille d'immigrés italiens originaires de Naples, le jeune Philippe et son frère Fabien vivent dans la banlieue phocéenne avec leur mère, employée de l'EDF.
Philippe ne s'intéresse pas vraiment à l'école alors qu'il semble réellement curieux, désireux d'apprendre. A l'âge de 8 ans, on lui achète une encyclopédie qu'il lira du début à la fin. Il se passionne pour les dinosaures puis pour l'Egypte ancienne. Il trouve là, ce qui sera plus tard son pseudonyme, Akhénaton (autre nom du pharaon Aménophis IV...!).
Jusqu'à ses seize ans, Philippe, appelé aussi Chill partage son temps libre entre les copains, le football et ses lectures. Après un séjour dans la famille de son père, installée à New York, Philippe découvre le Rap. De ce jour, sa vision de la vie change totalement. Il vit alors avec son père, fonctionnaire à la Sécurité sociale et lui annonce alors qu'il n'a que 17 ans, son désir de faire du Rap. Il poursuivra tout de même ses études mais abandonnera lors de sa première année de DEUG en biologie !
Ses rencontres avec Shurik'n, Kheops et Imothep vont lui permettre de monter un groupe. En 89, sous le nom d'IAM, ils sortent une cassette auto-produite. En 91, sort le premier album du groupe, titré "... De la planète Mars".
Incontestablement leader d'IAM, Akhenaton devient rapidement de par son charisme, sa facilité de parole, son sens aigu de la critique, mais aussi sa sincérité et sa franchise, un interlocuteur de choix pour les médias. Il sait défendre les couleurs du Rap, mais aussi celles de Marseille. Il intervient dans les débats politiques et sociaux, donnant ainsi son avis sur des sujets très divers.
Très intéressé par les religions, c'est vers l'Islam que Chill se tourne. Il se convertit en 93 un peu avant son mariage avec Aïcha, une jeune Marocaine, devenant ainsi Abdel Hakim...!
Avec le succès national du célébre titre d'IAM "Je danse le Mia"(sorti en 1993), les Marseillais sont devenus des figures incontournables du Rap Français. Alors que le groupe après une longue tournée, met un frein à ses activités, Akhenaton en profite pour livrer son premier album solo en octobre 95, enregistré en partie à Naples, ville d'où une partie de sa famille est originaire qui est titré "Métèque et Mat". Cet album est une ouvre très personnelle où l'on retrouve la faconde du rappeur. Il y évoque la mafia ("La Cosca"), la rébellion face au système établi ("Je rêve d'éclater un type des Assedic"), etc... . Sur le titre "Lettres Aux Hirondelles", il se permet même de sampler "Saïd et Mohamed" de Francis Cabrel. Par ailleurs, "Une femme seule" est inspirée de la vie de sa mère. Ce coup d'essai se transforme rapidement en coup de maître avec 300.000 exemplaires écoulés. Avant de passer à autre chose.
Ce travail personnel n'a pas enlevé son envie de poursuivre l'aventure d'IAM, car la notion de collectif est essentielle pour Akhénaton : il s'investit alors dans la production, monte un label "Côté Obscur" et une maison d'édition, "La Cosca". Il continue bien évidemment ses activités au sein d'IAM !!!
Le 19 juin 2002, Akhénaton réapparaît en solo sur la scène musicale avec un single "AKH" annonciateur d'un album qui sortira en octobre 2002, "Sol Invictus" ("soleil invincible"). Contrairement à son premier opus concocté seul dans son coin, le rappeur fait appel pour ce disque, à Shurik'n, aux Chiens de Paille ou à Dadoo du KDD. Plutôt nostalgique, voir désabusé, "Sol invictus" est résolument tourné vers le passé, que ce soient par les thèmes évoqués ou par le son très "années 80" que l'on entend presque tout du long des 18 morceaux. Cet opus se vendra à plus de 175.000 exemplaires.
Quelques mois plus tard, en novembre 2002, Akhénaton sort un "Black album" constitué de morceaux composés lors de l'enregistrement de l'album précédent mais non retenus et de titres destinés à des B.O.F. Au même moment, un DVD "Live au Docks des Suds", la vidéo de l'unique concert qu'il a donné en Avril de la même année à Marseille est mise sur le marché.
Depuis 2001, Akhénaton s'est remis à travailler par intermittence sur le nouvel album tant attendu d'IAM. C'est ainsi qu'après des enregistrements entre New York, Paris et Marseille, "Revoir un printemps" sort en septembre 2003. Le travail du leader du groupe reprend donc au sein du collectif....!
Mais Akhénaton nous a aussi montré son talent d'acteur et son amour pour le cinéma en écrivant avec Khéops la bande originale d'un des plus gros cartons de l'année cinématographique française en 98, "Taxi" de Gérard Pires dont le producteur n'est autre que Luc Besson. En février 99, ils reçoivent d'ailleurs la Victoire de la Musique pour la meilleure bande originale de l'année.
Mais ce qui reste le grand projet d'Akhenaton en cette fin d'années 90 est sans aucun doute le film qu'il cosigne avec son acolyte Kamel Saleh, "Comme un aimant" qui est un long métrage de fiction dont l'action se déroule dans un quartier de Marseille. Akhenaton écrit la bande originale avec Bruno Coulais, auteur entre autres de la B.O du film "Microcosmos". On trouve aussi des pointures soul internationales comme Cunnie Williams ou Isaac Hayes. Un jeune Marseillais, Bouga, chante "Belsunce break down" et le single fait vite partie des sommets des charts français.
Bref, Akhénaton est un véritable pilier dans le Rap çais-fran avec ses qualités de rappeurs, en collectif ou en solo et ses qualités d'acteurs également...!
Entre La Pierre et La Plume :
INTRO
Comment ne pas s'éprendre de ces lames
Forgés dans la revanche et le bain salé de ces larmes
Du haut de ces montagnes, vois-tu leur sombre dessein
Et la menace enfantée dans leur cour, accomplir son destin
Si tu avais vu nos guerriers, magnifiques et fiers
Partir pour des rêves dans des éclats de feu et de fer
Tu n'aurais su quoi dire, la cause était perdue
Mais jusqu'à l'aube nos plumes ont dansé sur la cire
Il n'y a plus rien à attendre sinon des moissons perfides
Et je suis là, à l'aplomb de leurs mensonges, à dompter mon vertige
Seule la rime garde sa force, sa tête droite
Grâce à la flamme qui s'consume en nos torses
Maintes campagnes remportées au fils de l'épée
D'autres avec le sourire, sans rage, ni cris, ni écume
Ce sont les plus belles victoires et on vient te conter
La légende des poésies du crépuscule, entre la pierre et la plume
Shurik'N
Entre la pierre et la plume, le clan s'précise quand l'brouillard s'dissipe
Six disciples armés de mots donc moitié homme moitié cible
Ils font nos lois, appliquent les leurs
Le cul entre soie et platine, c'est les miens qu'on décime
Pris entre chômage et vie facile
Sabre sur 220V, monture syncopée, mic entre les dents
Choix évident entre laisse et révolte, un chemin dépourvu de roses
Plein de caméras mais le sourire des nôtres après le combat
Recharge nos proses
AKH
Armures étincelantes, nos vies insolentes
Sont relatées en ces pages où nos stylos jettent l'encre
Tristes poésies avec ces vers comme fer de lance
Combien de lampes pour éclairer nos voies ?
Nos centuries louvoient hors des sentiers battus
Entre joie intense, peine, enluminures et ratures
Ainsi la vie est faite, douceur et amertume
La mienne se résume à l'espace pris entre la pierre et la plume
Shurik'N
Entre la pierre et la plume naissent ces germes issus de nos cursus
Nos écrits feront de nos petits frères des graines de Maximus
La rage hors du fourreau, peu importe ce qu'ils feront tant que nos rimes danseront
Y'aura des trous dans les cloisons
Souvent pris entre le marteau et l'enclume
Les torches dans les c½urs se consument
Lentement oublié comme une clope sur un mur
Un seul remède contre l'usure, la guérilla
Plume au clerc, regraver les chroniques de la France d'en bas
AKH
Entre la pierre et la plume, les rêves sont rendus possibles
Une vie d'homme libre et non pas de larbin docile
Ou d'un chassé croisé quotidien dans les coursives
Zigzag entre les regards des flics et ceux des grossistes
On s'bat pour le mieux quand c'est le chaos qui s'profile
Les plumes s'éguisent à force de voir tous ceux qui profitent
Dictature de l'émotion, nous, pions sur le croquis
Nous sommes la multitude, mais notre apathie les motive
Shurik'N
Entre la pierre et la plume assouvir nos passions
Sans chercher à faire la une pour l'honneur du blason
Pour vous, des routes y'en a qu'une
Taille dans les buissons où se cachent peur, doute, haine et suspicion
Chaque vers déposé entre calme et surtension
Claire comme la rosée, le message vole via le sillon
Une grappe au départ à présent admire nos légions
La stratégie est décidée, on charge style du bison
AKH
Entre la pierre et la plume, il n'y a que des plans concis
Fallait bien qu'un jour on sorte des terres où on nous confine
Ils nous pensent bêtes mais on sait tout de leurs consignes
Au premier faux pas c'est direct en CAP qu'on signe
J'ai ramassé leur arme, mes frères en étaient ravis
Ma plume a dansé au son austère de mes nerfs à vif
A partir de là c'est brasse coulée dans les rapides
Et fiesta d'malade à chaque centimètre qu'on grappille
Shurik'N
Entre la pierre et la plume, j'ai planté mes quartiers, récolté une forteresse
J'y ai mis mes idées issues de ceux que le pouvoir n'aime pas trop visiter
Dès qu'la parole passe par là, on se jette sans hésiter
Pas questions qu'nos voix par les caras soient parasitées
Entre l'or et la cocaïne, ils veulent nous voir écrouler
Suivre leur schéma de star : grosses voitures, gros nénés
Ici on dort pas, ils nous blousent pas avec leur télé
Rap strict, dynamite, pure guerre de tranchées féroces pour les nôtres
On cause pas de gorge tranchée entre faim et crise de foie
Y'a pas de réponses à donner
Passe nous l'encre et dis nous juste où on doit la pointer
AKH
Entre la pierre et la plume, nos troupes arrivent massives
La tyrannie oppresse le plus souvent les gentils passifs
Nos escarmouches relèvent malheureusement du pari à risque
Mais en 20 ans ici, on s'paie un putain de charivari
Méritant car oui, ces caravanes sont parties à vide
D'MRS la base aka « Mère patrie aride »
Plume sur silex et tout à coup la magie agit
La vie suit son cours bien attifée en machine à gifles
En route pour les .... Et les ... dans leur assise
Fonde une famille aussi mythique que les frères Gracie
Derniers samouraïs de l'école impériale asiatique
Lutte pour ses idées quand la masse demeure statique...
interview akhenaton :
Soldat de fortune” vient de sortir, tu peux nous rappeler comment tout à commencé ? Ca fait un peu album de crew au final avec 10 invités.
A la base, je suis parti sur un street album. Le fait d'être indépendant, ça ne met aucune pression d'obligation ou d'être en arrêt sur des titres. D'ailleurs, il y a 12 titres que je n'ai pas mis sur l'album qui font partie d'une même histoire. Sinon, je suis un peu comme un chien de groupe, le fait de partager je trouve ça mieux. C'est une question d'habitude et de philosophie peut-être... Je fais des albums comme tu envoies un truc en l'air et il tombe où il tombe. L'album a été enregistré entre mars et octobre 2005. Il a été bouclé rapidement en fin de compte alors qu'en général, je prends beaucoup de temps. Celui là a été fait instinctivement. Les premiers morceaux ont été “Mots blessés”, “Bronx river” et “Do it, do it”.
C'est drôle que tu aies commencé par ces trois morceaux car ils ont des ambiances très marquées les uns des autres. “Soldat de fortune” choque par son absence de direction artistique.
Mon expérience du Hip Hop elle ne se limite pas à 97-98 et le Queensbridge. J'ai commencé à écouté du rap en 81, il y avait des groupes qui jouaient live, en 84 j'écoutais de l'électro, en 86 le sampling est arrivé. Je suis une somme de tout ça. Quand je décide de faire un album de manière décontractée, tu vas avoir des morceaux plus Soul ou plus électro. Ma direction artistique si je devais en avoir une, ça serait de ne pas en avoir. Si demain je devais prendre une boucle de Abdelhalim Afez c'est faisable. En 1989, on a été les premiers à sampler de la musique arabe avec IAM et ça a été perçu de manière hérétique à l'époque. Et depuis que Timbaland le fait, c'est génial !
Le rap ne doit pas se limiter. En ce moment, je lis un recueil de poésie arabe du 7ème siècle. Ils écrivaient des poésies et en dessous des publications tu avais les crédits : le poète, le musicien et le type de musique. Il y avait 9 grades de musique pour autant de type. Le rap n'a rien inventé et s'inscrit dans une linéarité de tradition orale. Que ce soit arabe, afriquain ou aisiatique, il y a toujours eu cette poésie métrique se déclinant en plusieurs registres.
Mais musicalement, c'est finalement très déroutant quand même !
“Soldat de fortune” ressemble plus à la tradition musicale de “Ombre est lumière” où les instrus mis bout à bout n'ont pas de cohérence. Ca va à l'opposé de la tradition moderne qui veut qu'il y ait une cohérence de producteurs. Quand tous les sons se ressemblent alors que ce sont des producteurs différents, ça me pose un problème. En France, je pense qu'il faut prendre des risques sur la prod. C'est notre point faible. On a vécu avec la MPC 2000 les grosses caisses claires samplées sur Prodigy et Havoc pendant 6 ans, il faut tourner la page ! Il y a une nouvelle génération de producteurs qui est plutôt bonne et qui ose des trucs. Je viens de rencontrer Skread, CHI ou les Soulchildren qui sont plus dans notre patrimoine “Primorien”. Dans le rap français, c'est très important l'atmosphère du son. Sur des atmosphères plus mélancoliques et plus poignantes, le texte prend du relief. Mais avec la culture de l'atmosphère, on a mis un peu en off la culture du rythme. Les Américains ont développé ce côté, ils peuvent faire des morceaux qui ne tournent que sur la rythmique maintenant.
Tu sais ça part dans tous les sens : j'écoute un son à la FNAC, j'entends un morceaux dans un supermarché, je retiens des lignes de percu... C'est éclectiques au possible. Maintenant, carrément, je fais rejouer mes samples de Soul comme pour “Alamo”, comme “Vu de la cage” où c'est un groupe franco-malgache qui joue.
A l'instar de producteur comme Nikkfurie ou Logilo, ça n'aurait pas été plus intéressant d'avoir une couleur de son à toi avec justement des touches musicales différentes ?
Dans ma perception du rap, ça ne me pose pas de problèmes dans le sens où ce sont des influences qui cohabitent en moi depuis des années. Pour “Ecole de samba” par exemple, j'étais en train de péter un gars à PES et j'ai sorti “Je-produis-un-jeu-différent” et on en a fait un morceau ! J'ai des inspirations à la con, après ça peut partir sur des lectures comme Cheikh Anta Diop, Laotsu.
La couleur de son par contre, je n'en ai jamais eu. Je ne suis pas un producteur qui... A ce sujet, il faut que je vous raconte. Sur “Revoir un printemps” par exemple, un tas de gens m'ont dit “- Chill tu as fait les sons, c'est bizarre que ce ne soit pas Imothep”. Ils ne sont pas rendu compte que sur “L'école du micro d'argent”, j'avais produit plus de la moitié des sons quand même !
Sauf que sur “L'école du micro d'argent”, les musiques étaient créditées Imothep/Akhenaton !
Et on a cru que j'avais apporté des disques et qu'Imothep avait fait le travail ! Non en fait, ça ne s'est pas passé comme ça. *rires* L'absence d'Imothep sur “Revoir un printemps” n'est vraiment pas de son fait. Il aurait préféré être là à mon avis. Pour en revenir à cette histoire de cohésion, le jour où tu vas écouter l'histoire des 12 morceaux qui s'enchaînent, tu verras qu'ils sont dans la même veine. “L'école...” c'est pareil en fait. Il a été fait à New-York et a été refait entièrement à Paris en un mois et demi. BOUM !!! Tous les morceaux accouchés dans la même veine. Des fois, il y a une part de hasard : ça peut faire des choses bien et des fois on se gauffre.
Mais tu as conscience de ce que les gens attendent de toi par rapport à “Métèque et Mat” et “L'école du micro d'argent” ?
En fait, je ne veux pas capitaliser sur ce que j'ai fait avant. Les virages brusques que l'on peut faire dans une carrière avec IAM, effectivement, on peut perdre des gens et puis on va les rattraper 6 ans plus tard et puis les reperdre à nouveau. D'un autre côté, ça assure une sorte de pérénité de ton et de liberté artistique sur la longueur. Techniquement je ne peux pas resortir des recettes déjà réchauffées. Sinon j'aurais décliné “L'école du micro d'argent” en platine, or, vermeille... Dernièrement, j'ai enregistré avec Sokrate (Tandem), “Au nom de tous les miens”. Tout le monde me dit “- Terrible Chill putain !” mais je leur réponds “- Vous êtes des nostalgiques de Queensbridge !” Le problème c'est que vous voulez que le rap évolue mais vous voulez nous entendre sur des standards où on a été très fort.
Tu dis sur “Alamo” : “Des MC comme Faf sont sous-estimés” et finalement on le retrouve sur “Comode le dégueulasse” qui ne le change pas de son registre humoristique...
En fait, je l'ai invité sur deux morceaux qui font partie de “L'histoire” qui devait faire partie de l'album et comme j'ai fini par les écarter, il ne se retrouve plus que sur “Comode...” Sans rentrer dans les détails, j'héberge un SDF du nom de Faf à la Cosca. *rires* Je l'héberge dans une pièce à côté de mon studio. Il ne fait pas parti de la structure, c'est juste un ami. Ca fait deux ans qu'il enregistre son album et il galère pour signer mais je te jure que tu l'écoutes le cul par terre, c'est vraiment très fort.
Qu'est-ce que tu penses de la surenchère de la violence dans le rap aujourd'hui ? Tu trouves pas que l'aura d'artistes comme IAM, Fabe ou Oxmo Puccino en patit beaucoup ?
Bien sûr, parce que faire le mal c'est bien ! Je sais pas si vous avez écouté le deuxième album de Sinik. Franchement, j'en étais content dans le sens où l'on sent une volonté d'aller vers quelque chose de plus positif. Le mal c'est une ligne droite, c'est trop facile de faire plus dangereux. Il faut être patient et ne pas plonger dans l'aigreur. Par exemple, quand je n'ai pas eu d'air play sur cet album pour ne que Skyrock, je ne me suis pas mis à dire dans les magazines “- Skyrock enc*lé de ta mère, on va te niquer ta race !” *rires*
Les maisons de disques elles ont aussi leur rôle. Si le rap qui vendait c'était celui avec une plume d'autruche dans le cul... Le problème des artistes qui jouent le créneau de la violence, c'est que ça génère des problèmes pour eux, sur scène... Les gens te renvoient ce que tu leur donnes. J'ai peur que ça re-regénère une nouvelle génération de concerts à problème et dimage du rap biaisée. On est à l'image de la société : tu as la possibilité d'écouter du rap descent, bien produit, violent, non violent, tu as le choix.
Mais c'est peut-être aux radios, aux webzines de mettre en exergue les bons artistes. Le plus ennuyeux pour vous par contre, c'est que les rappeurs habitent à trois stations de métro et si tu chroniques mal leurs albums ils font une descente chez toi. A un moment dans la presse, personne ne parlait mal de personne, sauf sur IAM parce qu'ils habitaient à 800 Km. J'ai eu une discution avec des journalistes qui ont eu l'honneteté de le reconnaitre. Tu peux trouver des trucs bien ou mauvais dans nos carrières solo ou de groupe, il faut juste être équitable.
Un détail qui nous a étonné sur ton album, lorsque Shurik'n est invité il est crédité feat IAM et quand c'est Freeman, il est indiqué feat Freeman. Il ne fait plus partir du groupe ?
Question administrative. Shurik'n est toujours en contrat avec Delabel et donc on a fait des morceaux de groupe pour ne pas avoir de soucis juridiques avec ça. La question qui revient souvent c'est la présence de Malek (Freeman) au sein d'IAM. Pour moi, il doit être entre “L'école...” et “Revoir un printemps”, c'est quelqu'un qui a une culture verbale complètement différente, qui est ancré dans la génération Fonky Family. Y a des fans intégristes qui ont dit pour “Revoir un printemps” : “- Trop présent Malek, vade retro” ! Du coup, il a tendance à se mettre en retrait par rapport à Jo et moi mais c'est pas une question de niveau, plus une question de musique. On en discute entre nous sans langue de bois.
Aaaaah, l'enregistrement de ce dernier album a été très très compliqué pour tout le monde. Ca a été la congrégation de la guigne sur six personnes ! A ça tu rajoutes notre relation qui devenait complexe avec la maison de disques, Red et Meth qui attendent pour le budget du clip et qui finalement partent en tournage pour How high... obligé de les faire en dessin animé ! Avec ces histoires de budget, je suis le plouc qui s'est grillé avec Chris Robinson et tous les réalisateurs de clips New-Yorkais !
A partir de “Stratégie d'un pion”, on a monté notre structure qui s'appelle Alamut et on a réalisé nous-même nos clips. J'ai écrit “Soldat de fortune”, on a fait “Black desperado” pour Oxmo Puccino et le prochain Hocus Pocus. Diam's nous avait demandé pour “La boulette” mais on était trop chargé, c'est dommage. On travaille à l'artisanale, au lance pierre comme pour “Troie”. On a loué un studio une journée, c'était tout dans la bricole.
Justement, tu sors sur ton label 361 Records cette fois, comment tu jauges ce retour à l'indépendance ?
Je te cache pas que ça m'a fait drôle de sortir sans marketing, j'avais plus l'habitude depuis 15 ans. Dans mon contrat en taux de royauté, j'ai le même qu'avec mon contrat avec Delabel. Si l'album fonctionne un temps soit peu au sein de la structure, c'est bien pour nous. Ca nous permettra d'accomplir d'autres projets. Par contre, j'avais des propositions de grosses maisons de disques, j'ai attendu pour voir... et j'ai finalement opté pour l'indépendance. Cet album c'est un peu de la dépollution pour moi : je reviens à des basics, c'est une liberté totale. Un jour j'ai envie de faire des trucs, je n'ai pas les budgets, j'essaie de trouver des idées pour faire autrement. Je suis complètement booké, même ma MPC a pris la poussière. Mais c'est bien, j'apprends toujours au bout de 20 ans de Hip Hop !
Avec cet album, je me replonge à Générations, FPP, on arrive à être en contact avec vous. C'est plus dur avec une maison de disques, on faisait 5 jours de promo sur Paris et on ne choisissait pas ce qu'on faisait. Je déteste mettre une échelle d'importance comme ça. Pour le prochain IAM, je ferai en sorte que vous ne soyez pas mis de côté.
Dans le DVD Au coeur d'IAM, vous partez à Bucarest rencontrer un orchestre. Tu aimerais monter sur scène avec des musiciens ?
On l'a fait sur la dernière tournée d'IAM. C'est un objectif d'avoir peut-être une petite formation mais il ne faut pas briser l'intégrité du rythme. Tout serait axé autour du batteur, il faudrait trouver un batteur qui arrive à jouer Hip Hop. C'est à dire que le batteur mette son égo de batteur de côté et arrête d'improviser des solos quand t'es en train de rapper derrière ! *rires* J'en ai envie depuis un moment, peut-être plus pour monter un spectacle théâtrale...
Tu dis sur “Soldat de fortune” : “Si tu penses en avoir pour ton blé, vas l'acheter”.
L'autre jour je parlais avec des gamins de ça justement. Le téléchargement c'est le trou du cul de ton budget, en haut tu as une paire de basket à 250¤. Maintenant, ça ne te fatigue pas de télécharger des sonneries MP3 fatiguées à 3¤ ? Non ! C'est une question d'éducation. Personnellement, j'utilise internet comme une borne d'écoute, j'en télécharge 50 et je vais acheter les 2-3 qui sont vraiment bon. C'est ça la vraie démarche à mon avis et je te parle pas de mon album là !
Autrement, on n'a pas enregistré le quart des morceaux que l'on a écrit, internet c'est bien pour les bootlegs. Ces morceaux que l'on a jamais sortis et/ou enregistrés, on les a fait en freestyle, en concert. Je pense notamment à “IAM a mis un therme à vos carrières musicales”, “Style de la mouette”, “Je suis un vrai”... mais il faut savoir jeter, des fois ça sert juste d'exercices de décrassage.
Concernant les artworks, de vos albums vous marchiez toujours avec Tous des K, là c'est plus le cas.
Ce qu'il faut savoir, ce sont les artistes qui le payent. On va être bête et méchant, je vais vous parler chiffre. Sur Revoir un printemps quand tu sors un Digipack, c'est 30% d'abattement sur les royautés d'un artiste. Un artiste touche entre 8 et 15% (selon le contrat) sur le prix de gros hors taxes d'un album (72 Frs), ça fait moins de 10 Frs. Pour peu que tu partes en campagne télé où l'abattement est de 50% pendant trois mois, t'es abbatu de 80%, je regardais les crédits de Sinik, il écrit “Fuck les abattements”, il a tout compris !
Et c'est pour ça que vous sortez des éditions limitées ?
En fait c'était faussement limité, il y en avait plein. La limite était... quelque part ! *rires* Disons que c'est limité aux FNAC et Virgin parce que les grandes surfaces ne veulent pas de boitiers Digipack, elles ne veulent que du crystal. Il y a les nouveaux boitiers comme celui de Booba qui sont vraiment très beaux, c'est un nouveau standard qui va s'étendre. Sur Soldat de fortune, on a mis une encre sélective, un booklet de 20 pages, tout ça se sont des efforts à notre charge.
Ce soucis d'image et de beau produit fini, c'est une révolution liée à la dématérialisation de la musique ?
Non, il y a toujours eu des artistes s'attachant à ces détails. Non, la vraie révolution dans la musique c'est le home studio. C'est ce qui a entraîné la mort de certains studios sur Paris et qui a permis aux labels indépendants d'exister.
Mais au détriment de la qualité... Sans parler du mix, la différence entre un son français et américain reste flagrante.
Ca c'est parce qu'ils ont des systèmes de bande et de fréquence d'échantillonage différents, il faut enregistrer là-bas. Ici, on travaille avec Protools et après on mixe sur une console SSL4000. Tu ne peux pas rivaliser, il y a une limite technique que tu ne peux pas dépasser. C'est comme au cinéma. On aura jamais l'image du cinéma américain dans le cinéma français parce qu'ils utilisent des bandes Fuji différentes.
A une époque, on voyait une scène marseillaise attentiste vis à vis d'IAM. On voit émerger des rappeurs comme Kalash l'Afro, Keny Arkana, vous en êtes où ?
Ou même El Matador tu vas en entendre parler. C'est un petit qui travaille d'ailleurs avec Original Bombattak. Il n'y a plus vraiment de frontières, nous-mêmes on travaille avec Tefa, Hematome. Chez nous, ils rappaient tous comme Le Rat Luciano. A Paris, ils rappaient tous comme Booba. Quand tu as quelqu'un de très fort, il imprime une image à toute une génération, c'est inévitable. Ca ne fait pas du bien mais après on a toujours du temps pour se dégager de ses influences.
A ce sujet, il y a une critique que l'on entendait sur Paris qui disait que sur L'école... vous étiez influencés Time Bomb. Tu l'as entendu aussi ?
Non. On était très proche avec les X-Men, j'ai d'ailleurs toujours de bons contacts avec Cassidy. C'est de l'inter-influence, peut-être même que Chien de Paille nous a influencé dans notre manière de travailler.
Il y a des mecs avec qui je suis en RDV depuis six albums. On discute avec des mecs pendant 10 ans et on ne fait jamais rien alors qu'un autre peut passer à Marseille, on discute et on fait un truc à la volée. C'est notre côté désorganisé que l'on essaye de diminuer.
Après une si longue carrière qu'est-ce que tu peux espérer encore ?
M'amuser, juste des objectifs d'amusement. La question qui me fait toujours rire c'est “- Tu comptes prendre ta retraite ?” Je suis pas un joueur de football, j'ai pas de problèmes de jambes ne vous inquiétez pas ! Si je vends 2, 3 disques, ça pourra passer pour une retraite mais je continuerai à faire des sons dans mon petit lab. Ca fait longtemps que je voudrais reprendre des standards arabes ou de la grande musique classique arabe et rapper dessus mais je serai encore déroutant pour des mecs comme Tetsuo ! Alors je te sortirai “L'école du micro de vermeil” avec des prods Queensbridgiennes en 2007. *rires*
Maintenant, je ne sais même pas ce que je vais faire... ah si, on a des échéances pour IAM. Je peux déjà vous dire qu'il n'y aura pas que des producteurs d'IAM pour des questions de délai. Je ne veux pas que l'on attende encore trois ans à se disperser, je veux un truc instinctif, risqué... BLAH ! En 3-4 mois comme L'école... entre juin/juillet et novembre. C'est un premier objectif, faire un bon album d'IAM.
Ensuite, je voudrais sortir “L'histoire”, ma dizaine de morceaux qui s'enchainent en caméra subjective. Je voudrais boucler les budgets pour faire les clips en une quarantaine de minutes. Historiquement, j'ai toujours fait des histoires comme “Le soldat” ou “Un brin de haine”. Je tiens vraiment à le sortir en audio ET vidéo. Et ça c'est très compliqué. Sinon, je le sortirai en CD EP en édition limitée...
Une vraie édition limitée cette fois !
Par la force des choses oui ! Autre exemple, on a eu des propositions pour sortir le street album volume 2 de La Cosca et on l'a volontairement limité à 10000 parce que l'on n'est pas un label de disques mais un label d'éditions. C'est surtout monter une tournée, mettre les artistes en avant. On a été chez EMI pendant 15 ans et ils ne nous ont jamais mis sur aucun plan. L'édition, s'il n'y a pas d'édition active c'est l'administration la plus chère du monde, elle te prend 50% de tes droits d'auteur. On essaye d'inventer une édition vraiment active, pas coffrage. C'est pour ça que l'on fait dans le familiale aussi. On a besoin de voir les gens plusieurs fois pour voir si humainement ça peut coller sinon il n'y a aucune justification pour que je prenne 50% juste pour déposer les papiers des mecs. C'est compliqué, surtout quand tu as en plus des artistes qui gagnent beaucoup et qui cohabitent avec d'autres qui gagnent peu.
Du coup, signer des artistes parisiens ou d'ailleurs, ça serait encore plus difficile ?
On signera le jour où l'on aura une antenne sur Paris. Il faudrait pour ça que l'on ait un gros succès d'album ou que malheureusement, l'on vende une partie de notre capitale à une grosse maison de disques. Il faut le faire quand tu es glorieux avec les lauriers sinon on te rachète “Tiens, minable !”. Une autre solution, ça serait de trouver des partenaires hors du domaine de la musique. Le plus difficile avec 361 Records, si on aligne 3 succès on tourne pendant 3 ans, 3 échecs et on ferme. Là, on dure depuis 7 ans. J'ai même hypothéqué ma maison dans cette société et des fois, j'ai senti les flammes proches des volets de mon salon ! *rires*
Bonus question : Quelques mots sur ce que tu aimes en rap américain en ce moment ?
J'aime les trucs un peu extrême en rap américain. Je m'attarde plus sur leur manière de rapper comme Saigon qui a fait “My favorite things” (une des meilleurs morceaux de ces 5 dernières années), Papoos ou Ness de la team Bad Boy. J'aime pas trop les rappeurs des états du Sud, en dessous de Philadelphie, j'ai du mal... Je regardais la prod de TI cet enculé de Scott Torsh, elle est fantastique ! J'étais dégouté, j'aurais aimé la faire !
Tu vois la TR-808 qu'il y a dans le morceau “One love”, ça me renvoie à cette époque de techno rap du label Profile qui sortait des rappeurs qui ne posaient que sur des boites à rythme. Des groupes comme Original Concept et c'est à cette époque qu'est sorti Mantronix, le père spirituel de Pharell. Pharell a accouché de la jambe gauche de Mantronix... mais c'est bien ! Il vaut mieux être le fils de Mantronix que celui d'un sombre producteur dégueulasse. Honnêtement, j'aurais rêvé d'être le fils spirituel de Hi-Tekk, Diamond D ou Pete Rock. Sinon des mecs comme Pharaoe Monch m'ont beaucoup influencé dans l'écriture comme dans l'écriture. J'adore quand il a rappé “I sold doublewood in the hood”.
album Soldats de fortune :
Beaucoup se sont acharnés sur le dernier album d'IAM (Revoir un printemps), poussant bien vite le crew marseillais à la retraite, et occultant les qualités indéniables de ce disque. C'est avec un sentiment de revanche, sans doute, qu'Akhenaton, le leader du groupe (on se lance...) s'est attaché à la préparation de son troisième opus solitaire (sans compter le Black Album), et que contrairement à ses habitudes, il est arrivé sans tarder dans les bacs (trop, s'empressent d'ajouter les mauvaises langues). Pourtant, qu'on l'aime ou qu'on le deteste, difficile de ne pas s'intéresser à AKH, ni de s'impatienter d'écouter tout ce qui sort de sous son nom. "Trop normal pour avoir sa marionnette aux Guignols" (selon ses mots...), mais suffisamment talentueux, créatif et combattif pour occuper sans relâche le devant de la scène depuis quinze ans (...selon les miens), Chill et sa troupe déterrent la hâche de guerre et se font Soldat de fortune le temps d'une bataille, celle de la reconnaissance.
Produit par ses soins, ce nouvel opus du fer de lance d'IAM regorge de surprises. Fidèle à ses bonnes habitudes, il nous offre quelques fresques historiques de haute volée, comme l'excellent "Troie", qui nous plonge dans une vision antique finement imagée de notre époque, servie par un beat conquérant et guerrier sans faiblesse. Dans une veine comparable, celle de la référence historique judicieuse et imparable, notons la bombe "Alamo", ou l'acerbe "Comode - Le dégueulasse" (feat. Faf Larage et Veust), qui brille par son acidité deversée sur les rappeurs bas de gamme qui infestent les ondes et trustent les bacs (suivez leurs regards en coin). Certaines rimes du couplet de Veust ne manqueront pas de provoquer l'hilarité de certains d'entre nous ("Il a rien dans l'ventre / Même son ver solitaire veut s'barrer / Demande lui d'faire un gangsta freestyle si t'as envie d'te marrer").
Aux côtés de ces fresques majestueusement interprétées, AKH ne manque pas de saluer de nouveau ses origines napolitaines sur le nostalgique "Canzone di malavita", qui, comme il l'annonce, célèbre le plaisir d'être triste et la douce mélancolie du temps qui s'écoule. La simple amertume n'est pas de mise, et ce sont les blessures du quotidien qui reviennent à la surface lorsqu'AKH reçoit les Psy4 sur le très bon "Vu de la cage", qu'il sert lui-même d'une belle production. "Mots blessés", "Déjà les barbelés" (avec l'efficace Sako des non moins efficaces Chiens de Paille), ou encore "Du mauvais côté des rails" sont autant de perles noires dans un ensemble brut et réalisé avec le coeur (comme la pépite "Quand ils rentraient chez eux").
Pas décidé à se laisser aller dans les sentiments les plus sombres qui l'animent, Chill se fait plaisir (et à nous avec), en proposant des moments d'effort collectif bien sentis et à l'energie communicative. "Livedsladsktk (Live dans la discothèque)" étonne et plaît, de même que l'hallucinant "L'école de Samba" sur lequel Shurik'N se lâche complément et se décide à nous faire profiter de ses qualités de chanteur (!).
Puissant, complexe, relâché, riche, introspectif, engagé, osé, nostalgique, optimiste, nombreux sont les qualificatifs que nous pourrions coller à côté de ce Soldats de fortune. "One Luv" cotoie "Cosca Crew Part", Comode en prend pour son grade alors que "La fin de leur monde" (en digne successeur de "Demain c'est loin") renverra six pieds sous terre ceux qui ont parié trop vite sur la fin du mythe IAM. Doté d'une plume toujours aussi fine et auteur d'un propos sans cesse plus posé et pertinent, AKH revient réussir une percée conquérante et renverse sur son passage une grosse partie de ses opposants. Derrière le titre humble de Soldats de fortune se cache en réalité le Général des armées du rap français. Précis et courageux, épaulé par son ésquadron de luxe (Shurik'n et l'équipe de La Cosca sont très présents), Chill s'en va en guerre. Et ça fait du bien.
PS : si AKH passait un jour lire cette chronique, juste merci pour ces années de musique...
album Sol Invictus :
On ne présente plus Akhenaton. Des albums d'IAM à ses ecapades solo, des DVD de concerts aux best of, de son label à ses prises de paroles dans le débat public, notre homme est depuis plus de 15 ans sur le devant de la scène, n'en déplaise à ses nombreux détracteurs. Son discours, réfléchi et mature, souvent taxé de "démago" en a conquis autant qu'il en a écoeuré. Pourtant, avec une telle longévité dans le rap game (milieu éxigeant et déstructeur s'il en est...), force est de constater que Chill occupe toujours le haut du pavé. Après un Métèque et Mat acclamé par la critique, et un album classique d'IAM (L'Ecole du micro d'argent), Akhenaton revient aux affaires en solo en 2001 avec Sol Invictus, longtemps éspéré et franchement attendu. Premier contact avec ce disque, et premières impressions : un visuel sobre et plutôt mystérieux, bien en accord avec le personnage en somme ; des prods d'AKH en majorité, qui laisse quelques miettes à Akos et DJ Ralph, les producteurs maison de La Cosca. Tout ça promet.
L'album s'ouvre le magnifique "Paese", dédicasse de Philippe Fragione à ses origines napolitaines qui réchauffera tous les Italiens de coeur, avec quelques bribes d'un chauvinisme aiguisé et d'auto-dérision bien sentie ("Beaucoup d'gens nous détestent, ils voudraient être comme nous / Reconnaissons qu'dans l'monde y'en a peu classe comme nous les ritals / j'viens d'là où parler avec les mains c'est vital / Où on te recoud le bras à la place d'une jambe à l'hopital"). Excellent. L'intro qui suit permet à AKH de mettre quelques choses au point avec les idées reçues le concernant (sur un léger air de jazz), comme il le refera ensuite dans l'emporté "C'est ça mon frère", qui lui permet de recadrer ses derniers détracteurs. Comme un écho au très bon "Un brin de haine" (sur son premier solo), "Le fiston" (ft. Lyricist), évoque le décalage intergénérationnel entre un père et son fils qui lui échappe, le tout sur un beat musclé.
Akhenaton aime traiter les sujets assez personnels qui tiennent à coeur. Il le fait de manière éclatante sur l'oriental "Horizon Vertical", bel hommage à ses convictions et à la culture à laquelle il aspire. Dans une veine tout aussi intimiste, le superbe "Mes Soleils et Mes Lunes" (ft. Sako), sur l'amour qu'il porte à sa femme et à ses enfants, et l'importance qu'ils occupent dans sa vie ; ou encore l'excellente cloture de l'album, "Mon texte, le savon". Ce disque regorge de perles incontestables tel qu'Akhenaton sait les proposer. Au rayon des merveilles, citons encore "New York City Transit", dans lequel Chill rappelle de manière inspirée et émue la naissance du rap, à laquelle il assistait lors de son séjour prolongé à NYC.
Pour les titres un peu moins réussis, qui ne sont pas légion, notons quand même la transparence de certains titres tels que "Entrer dans la légende" ou "Quand ça se disperse", qui n'apporte pas grand chose au final. De même, les instrus éléctro de "Teknishun" (ft. Lino), "Une impression" (ft. Shurik'n) et "Gemmes" (ft. Bruizza), dénotent quelques peu dans l'ensemble. On a parfois l'impression qu'Akhenaton se plait bien mieux en solo, et qu'il quitte la sphère intime (voire intimiste) dès qu'i invite un autre artiste sur une track.
Loin de nous décevoir, cette nouvelle livraison personnelle d'AKH s'avère réussie, et ne manquera pas de satisfaire les fans (nouveaux comme anciens) de l'artiste. Dommage, néanmoins, que certains titres ne soient pas complétement indispensables, et qu'ils fassent retomber la tension à des moments clés de l'album. Un bel opus quand même, qu'il convient d'avoir écouter attentivement, et qui regorge de titres riches et profonds.
Métèque et Mat :
Cher Philippe,
De nombreuses années se sont écoulées avant que je ne me saisisse de ma plume la plus révérencieuse pour te faire part de ces quelques mots. Non pas que je ne puisse contenir ma trop humble inspiration, mais parce qu'il le fallait, enfin. Tu devais savoir à quel point nous te sommes reconnaissants de ce que tu as fait pour nous, plus jeunes ou moins vieux, qui nous sommes plongés dans la musique en suivant tes pas, balancés entre les récits épiques de ton groupe, ou la sincérité perçante de tes échappées intimistes. Je me souviens encore de mes balbutiements musicaux, pas encore vraiment décidé à choisir, amusé par « Le Mia », animé par « Le Feu ». Et puis, en même temps, ou presque, que tu as franchi le pas de la confession solitaire, tu as entraîné avec toi une vague de convaincus, qui le sont restés depuis ces jours dorés.
Peut-être est-ce parce que tu aimes Le Bon, la Brute et le Truand, sans doute parce que nous partageons des origines du sud de l'Italie, ou serait-ce simplement parce qu'elle est humaine et universelle, ta musique a bercé mon adolescence et me fait aujourd'hui connaître une forme de nostalgie, plus qu'aucune autre. Des sensations qui ne reviendront pas, mais qui se manifestent par réminiscences à chaque écoute, douze années plus tard. Les premières notes de « La Cosca » et sa narration ancrée dans une réalité historique et culturelle plus rude encore que Coppola lui-même n'a voulu le faire croire, sonnent comme les fondations d'un retour aux sources qui se poursuivra dans le temps avec « Paese » ou « Canzone di Malavita ». Une identité propre à nouveau déclinée avec une virtuosité comparable à la mesure de l'éloignement entre les racines et les branches de « L'Americano », qui scintille comme un phare dans la nuée des contradictions entre les cultures et leurs influences réciproques (avec parfois une dose de naïveté déchue au souvenir des représentations d'antan). Bien sur on rit quand tu dresses ton autoportrait caricaturé sur « Je suis peut-être », on rit autant qu'on acquiesce à chaque fin de strophe, « Putain qu'est-ce que [tu] tues sur le micro ». Pas pour la technicité de ton flow, pour être franc (bien que des tas d'autres n'aient jamais vraiment rattrapé le niveau), mais parce que ton écriture est profonde, fine, lucide et honnête. On rit aussi du sarcasme dont tu fais preuve en rappelant la mauvaise volonté de l'administration à tenir les promesses de l'Etat, en fustigeant un système paresseux avec « Eclater un type des Assedic ». On en redemande lorsque tu t'en prends à la médiocrité artistique de l'époque avec un « J'ai pas de face » devenu incontournable, quoi que la situation ait désormais empiré dans le domaine que tu visais alors... On ne sourit plus, enfin, mais on songe aux temps anciens à l'entame d' « Au fin fond d'une contrée », du troublant « Lettre aux hirondelles », ou lorsque tu dresses le constat meurtri de l'immigration et de ses affres à travers le storytelling adroit, « Un brin de haine ». Que dire, évidemment de ce tube qui a traversé les années, « Bad Boys de Marseille », qui nous ferait presque te souffler nos arrières pensées à l'égard de cette époque d'unité regrettée du rap marseillais...
Avec des morceaux comme « Le calme comme essence » ou « Dirigé vers l'est », tu nous donnes à te connaître. Je confesse volontiers que j'ai souvent réfléchi et que parfois je m'en suis voulu en méditant « Je ne suis pas à plaindre »... bien plus en tous cas que je n'ai dérapé en prenant « Le Shit Squad » au pied de la lettre, sache-le. C'est sans doute aussi pour cette raison que tu gardes une place de choix dans nos c½urs d'auditeurs privilégiés, nous qui avons vécu sans trop nous en rendre compte le plus beau passage de notre rap hexagonal. Tu partages avec certains de tes rivaux originels plus qu'une « Gueule de métèque » : une emprise sur ton art comparable à celle de « la Mafia sur l'Italie ».Si loin et si proche à la fois, le temps de « La Face B »... Je ne voudrais pas pour autant laisser croire que tout est fini, loin de là, et je t'adresse à nouveau toute mon admiration pour ta sincérité d'homme et ton talent d'artiste, souhaitant vivement que ces quelques pensées arrivent jusqu'à toi, et qu'elles te trouvent à la tâche pour d'autres pépites susceptibles de renforcer l'éclat de ta couronne déjà bien sertie. Une page est tournée, certes, mais le Grand Livre reste ouvert. A bientôt de t'entendre à nouveau,
Black Album :
Si pour certains un Black Album constitue une lumineuse porte de sortie vers la vraie fausse retraite, il s'agit pour d'autres d'écouler quelques titres sauvés des archives. Les fonds de tiroirs d'Akhenaton n'étant pas comparables à ceux du premier venu, cet opus fantôme (en promo, en tous cas) lancé dans la foulée de Sol Invictus représente une caverne que les fans ne regretteront pas d'avoir exploré. Compilant majoritairement des morceaux mis au rebus de son opus précédent (plus quelques extraits de bandes originales), le leader d'IAM livre ici bon nombre de pièces à même de venir s'ajouter à sa collection, sans pour autant échapper aux écueils habituels du projet élaboré sur le tas.
A l'instar de sa face visible, Sol Invictus, ce Black Album comporte les différentes dimensions d'une période charnière pour dans les aspirations de son auteur. Le temps d'une confession, d'abord, Akhenaton remet en question certains passages de sa carrière (et notamment l'épopée "Shit Squad") sur le troublant "Une journée chez le diable". Plus tout à fait en phase avec ce qu'il considère comme des aspérités dans son parcours, le Marseillais fait amende honorable de ses erreurs, et renoue avec le mysticisme qui lui a fait connaître ses plus belles heures (et nous avec). "L'esprit de nos cimeterres" et "A vouloir toucher Dieu" tombent alors à point nommé pour introduire l'opus avec finesse et distinction, alors que "Musique de la jungle", plus vigoureux, assure la pression de l'ensemble. Passé le tube "AKH", usé jusqu'à la corde par les rotations radios, Akhenaton balaie d'un revers de la main critiques et attaques personnelles avec le cinglant "J'voulais dire" (déjà présent sur la BO de Comme un aimant). Malheureusement, la fin de cet opus un peu fourre-tout s'étouffe alors que défilent les titres somme toute assez fade ou simplement en désaccord avec la couleur de l'½uvre. L'enchaînement "Bionic MC's", "Esprit Beatstreet" et "Ancient Scriptures" (qui prouve que Bruizza n'est pas franchement heureux dans ses collaborations avec Akhenaton) tombe comme un cheveu sur la soupe et rompt brutalement l'équilibre de la tracklist, qui peine ensuite à regagner en intérêt. Même le renfort de Shurik'n pour le justement nommé "Au minimum" ne suffit pas à rendre cette fin palpitante, alors que la version acoustique de "Mes soleils et mes lunes" (ft. Sako) s'avère bien moins puissante que l'original.
Bien lancé et reposant sur une ligne directrice solide pour la première partie de l'opus, ce Black Album perd progressivement en cohérence à mesure que les titres sélectionnés s'éloignent du rythme et de l'ambiance imprimés. Dès lors, ce qui apparaissait comme une continuité idéale pour Sol Invictus n'en devient qu'un complément de bonne qualité mais insuffisamment rigoureux dans la finition. L'essai demeure convaincant dans sa dimension représentative des travaux oubliés du membre d'IAM, et regorge de certaines pépites dont on ne peut que remercier Akhenaton de nous en avoir gratifiés
Electro Cypher :
En plein essor artistique et unanimement salué pour ses derniers projets, le terrain était idéal pour qu'Akhenaton se permette de laisser la parole à son inspiration en cette période faste de sa carrière. Si la Soul était à l'honneur sur la bande originale de Comme un aimant, c'est ce sont cette fois les années 80 et la musique électro qui s'invite dans les compositions du membre d'IAM et dans celles de son pool de producteur, Al-Khemya. Inattendu, cet hommage d'Akhenaton à l'une de ses premières amours musicales s'adresse d'abord à un public averti, quoi qu'en laisse penser le sympathique tube "Une autre dimension" (ft. Freeman et K-Rhyme le Roi). Un public averti donc, mais surtout dans les intentions puisque la réalisation, elle, n'est pas toujours à la hauteur des oreilles les plus amatrices du genre. Souvent plat dans le rendu final ("Dreams", "Stomp ya feet", et une poignée d'autres), le travail des Sya Styles, Akos, et autres AKH s'apprécient trop souvent à un degré simple. Manquant souvent de profondeur, de variations et de surprises, les compositions en lasseront les moins enthousiastes du lot.
Partie d'une affinité particulière avec l'électro-Hip Hop plus que d'une réelle vocation de producteur dans le genre, cette compilation estampillée La Cosca ne manque toutefois pas de quelques moments forts intéressants, et qui ne font qu'accentuer les regrets par rapport à des morceaux visiblement bouclés trop souvent trop vite. Parmi les excellentes livraisons, la tracklist réserve aux b-boys des perles comme le "Wonder" de Sya Styles et son clavier contagieux accompagné d'un beat, progressif par moment, du meilleur effet ; de même que le rugueux et originel "Yes ya'll" sur lequel Akhenaton se fait vraisemblablement autant plaisir qu'à nous. Le DJ des Psy 4 et le boss de La Cosca s'en tirent d'ailleurs le mieux sur la durée, mettant le mieux à profit le champ du possible en matière d'électro. A noter également en ghost track le remix du "Belsunce Breakdown" (qui n'avait cependant pas attendu cette mouture pour sonner électro) de Bouga. Pas évident d'accès, parfois léger dans l'approche artistique, Electro Cypher reste un support de prestige pour danseurs et les nostalgiques du style représenté ici (si toutefois ils s'y reconnaissent réellement). Surtout un succès d'estime et un bel exercice de style. La rumeur colporte même qu'un deuxième volet serait en route.
Comme un aimant (OST) :
En plus d'être un artiste au talent maintes fois éprouvé, Akhenaton a du succès dans ses affaires. C'est sans doute l'ampleur de la reconnaissance dont il bénéficie qui a permis au leader d'IAM de se lancer quelques années en arrière dans un projet de film co-écrit et co-réalisé avec son ami d'enfance Kamel Saleh (et mettant en scène quelques uns de ses proches). Entrée en matière dépaysante pour un Akhenaton version 2000, plus ouvert que jamais à la diversité des influences, et tout disposé à partager sa passion dévorante pour la Soul via la bande originale de son film. Ainsi, si la version grand écran de Comme un aimant a suscité plus de curiosité que de passion, sa transposition sur disque demeure comme l'une des pièces maîtresses de l'½uvre d'Akhenaton.
Epaulé par le musicien spécialiste du genre dans l'écriture de cette B.O., Akhenaton livre ici vingt compositions originales mêlant les époques et les genres. Acquis à la cause Soul depuis toujours, le Marseillais convie de grands noms de la Black Music à s'illustrer comme à leurs plus beaux jours. Souvent méconnus du grand public mais unanimement acclamés par les auditeurs avertis, les hôtes d'AKH et de Bruno Coulais se nomment Millie Jackson (avec le superbe « Prisoners of Love » en duo avec un Shurik'n inattendu, ainsi que l'aérien « One Day My Soul Opened Up »), Gerald Alston (pour le très balancé et irrésistible « Sugar »), Isaac Hayes (et sa voix de crooner faisant des ravages sur « Is it really home ? »), ou encore The Dells (« You promised me ») et Marlena Shaw (pour le très Gospel « What's your answer »). Tirant des artistes invités le meilleur d'eux mêmes, la doublette aux commandes de l'opus effectue un travail d'orfèvre pour faire revivre la Soul des 70's et donner aux interprètes l'occasion d'éclabousser les jeunes auditeurs de leur talent. Cunnie Williams, offre pour sa part une prestation impeccable pour le single « Life goes on ». Plus étonnante encore, la présence du groupe de polyphonie corse Affrescu et de son OVNI « A Filetta » complètement incorporé à l'ensemble. Le chanteur Napolitain Mario Castiglia (déjà présent sur le morceau « La Cosca » de Métèque et Mat) apporte pour sa part le soleil (« Sta Voglia E'te ») et les lamentations contemplatrices du Sud de l'Italie (sur l'intense « Ammore Annascunnuto »), comme pour établir le pont entre les racines d'Akhenaton et sa maturité d'homme et d'artiste. Enfin, et puisqu'il représente un volet non négligeable de l'ensemble, le rap s'invite également à ce festin auditif. Malheureusement, si le duo Chiens de Paille livre une nouvelle pièce de maître (« Comme un aimant »), tout comme le véhément « J'voulais dire » du commandant de bord, d'autres protagonistes tels qu'un Talib Kweli desservit par un beat en rupture avec l'esprit de la BO, ou Bruizza manquent ici une occasion de ne pas collaborer avec leurs homologues européens. Restent les Psy 4 de la Rime (malgré un refrain somme toute assez déplacé eut égard au contexte) et K-Rhyme le Roi qui ne faiblissent pas, alors que Bouga participe vocalement au tube « Belsunce Breakdown » (qui présente la particularité d'être le seul titre audible de la carrière du luron marseillais).
Envolée, profonde, teintée d'une Soul originelle, cette bande originale relève de la prouesse véritable. Réalisée par des fans avant tout, cette collection de perle (qui vaut surtout pour son large versant Soul, donc) semble tout droit sortie des combles des années 70 pour ressurgir sur un disque, mêlant les influences et les genres avec succès et virtuosité. Trop peu évoquée dans le parcours d'Akhenaton, la bande originale de Comme un aimant demeure comme l'un des grands moments de sa carrière. Une sortie qui lorgne bien plus loin que le strict cadre du rap, et même du Hip Hop. Celle d'un artiste décomplexé et en pleine possession de son talent