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# Posté le samedi 02 juin 2007 16:17

mac-tyer

mac-tyer
Baptiser son premier album "Le Général" dans une musique comme le rap s'apparente à première vue à une déclaration de guerre. Pour Monsieur Socrate dit Mac Tyer, c'est diffèrent. « Le Général » est une prise de pouvoir. Aîné de famille, père d'une fille : les responsabilités n'ont jamais effrayé ce jeune homme de 28 printemps. Pour sa passion, le rap, Mac Tyer a simplement choisi d'emprunter une nouvelle voie. La sienne.

Pourtant, Mac Tyer est un pur produit de son environnement. Une ville (Aubervilliers), une amitié (son double Mac Kregor) et un drame (la prison) font partie intégrante de lui. Alors il y a dix ans avec Tandem, quand il s'empare d'un micro avec sa gouaille « d'outre-périph », c'est pour cracher un rap brutal. Comme sa vie. Ni plus, ni moins. Mais le jeune loup imbibé de rap français est aussi un observateur attentif de la scène américaine. Il intègre rapidement que la forme de son art doit être aussi important que le fond.

De ce fait en 2001, dés le premier EP (« Pour ceux qui savent ») salué par la critique, Tandem se fait remarquer : ils rappent sans utiliser de rimes ! Le premier album (« C'est toujours pour ceux qui savent ») en 2005 possède aussi sa touche. Une trilogie au final extraordinaire : la crème du rap français invitée à jouer des rôles imaginés par Mac Tyer dans un «jugement » plus rap que nature! Diam's est juge, Kery James avocat de la défense, Mac Kregor le suspect, Faf La Rage procureur, Lino d'Arsenik en concierge, Tunisiano en témoin...C'est une première, doublée d'une réussite. Enfin, dans son projet «Patrimoine du Ghetto», il crée encore l'événement. Dans un duo épique avec Kery James, ces deux figures du rap hardcore délivrent, derrière une fiction, un message de paix à l'attention des quartiers.


Après tout ces fait d'armes avec Tandem, cette année Mac Tyer s'autorise le temps d'album une échappée solo. Mais le Q.G du Général reste Aubervilliers. "Je respire mon quartier" appuie-t-il, "mon album est 'très proximité', en fait 'c'est toujours pour ceux qui savent', comme on l'a toujours dit." Mac Tyer refuse la démagogie et ne veut parler que de ce qu'il connaît : "il y a trop de problèmes dans nos quartiers qui ne sont pas du tout réglés, pour que j'aille parler de la faim dans le monde." Lorsque l'enfant d'Auber élargit son champ de vision (« On a tous mal » et « Rebellion ») , c'est avec sincérité. Il n'hésite pas non plus à fendre l' armure, (« Tous de passage »), déclarer son amour à sa fille (« Jeunes parents») et même glisser une touche d'humour avec «La guerre des roses ».

Musicalement, dans "le Général", le rap français est emmené hors des instrus battues ! D'abord, ce véritable artiste ne fait pas que poser sa voix sur les instrus sudistes concoctées par Street Faboulous et Kore. Mac Tyer s'est réellement approprié la trap music d'Atlanta des T.I ou autres Young Jeezy. Résultat ? Des titres comme « 9.3 Tu peux pas test », « So » ou «Qu'est ce que tu veux boy ? » ont autant vocation à tourner dans les parkings de quartiers que sur les platines de DJ ! Parfois aussi, le bpm ralentit et les boucles sont plus «traditionnelles». La musique prend là une vraie densité et est parfois rehaussée d'arrangements de claviers (« le Général) ou même de solo de saxophone (« On a tous mal ») Enfin, Mac Tyer est conscient que son instrument principal reste sa voix. Tout au long de ce double album, on apprécie l'interprétation et surtout le travail sur le flow. Saccadé ou parfois chaloupé, le sommet est atteint sur le titre « Petit Frère, Petite S½ur » où Mac Tyer guidé par « son inspi » chante !

Enfin, les invités du Général ne sont que des fines gâchettes. D'abord avec son double Mac Kregor sur le titre « Tu vas pleurer ta mère », livre du Tandem millésime 2006 : le meilleur crû ! A nouveau dans le rôle de l'avocat de la défense du « Jugement », Kery James clôt le chapitre sur le glacial «Suicide carcéral ». Même, les jeunes pousses de sa structure Explosif Musik ont eux aussi l'occasion de briller sur deux titres. Enfin avec Booba, sur « Ne me parle pas de rue », Mac Tyer se livre à un échange de punchlines de hautes volées qui risque de mettre le rap français au tapis !

«Le Général » de Mac Tyer est un pari réussi ! Son courage et ses prises de risque sont récompensés : rarement un opus rap français a été aussi riche. Des nouvelles sonorités, de nouveaux flows, de la rage, de la joie, de l'émotion et de la réflexion... Tout cela dans un album. C'est une évidence : "Le Général" est le meilleur album de rap français de l'année 2006. Toujours « pour ceux qui savent ».


Patrimoine du Ghetto :


La mixtape qui a fait le plus de bruit en cette fin d'année 2005 est sans hésiter 'Patrimoine du Ghetto'. Ce projet est le résultat de l'association du membre de Tandem, Mac Tyer et de l'un des producteurs les plus courtisé du moment, à savoir Jo Le Balafré. Sortie le 31 Octobre dernier, c'est 19 morceaux très lourds et de bonne facture que nous sortent les rappeurs invités à poser sur ce disque.

Une odeur de béton ressort des enceintes dès l'intro lachée par Booba qui donne le ton et nous met dans l'atmosphère sombre de cette tape. D'autres artistes connus sont présents comme Lino ('La Révolte!'), continuant sur la lancée de son album avec ses punchlines fracassantes, Tunisiano qui nous lache un morceau typiquement Sniperien ('Zinc'), Ekoué et ses textes engagés toujours de qualité ('Avril 75'), le 113 et ses textes racailleux etc... Kery James y participe également pour un tête à tête avec Mac Tyer sur le très bon morceau 'Patrimoine du Ghetto' mais aussi Akhenathon qui conclut en beauté la mixtape avec un excellent 'Au nom de tous les miens'.

Ils nous présentent leur patrimoine et l'ambiance qui y règne chaque jour, la foule de sentiments tels que la rage, la colère, avec un souci de réflexion comme rugit l'autre moitié de Tandem, Mac Gregor, sur 'Les vérités', comme le chante Kazekami sur 'Sommes nous les plus hais?' ou encore Sefyu, Pedro de l'S-Kadrille et Kuamen sur 'On vit comme on peut'. Mais aussi les sentimens de regret, de tristesse, d'injustice avec Mac Tyer qui déplore ceux qui sont partis trop tôt dans 'Ange du Ghetto'.

Des rappeurs moins connus mais pas moins talentueux nous saignent leurs lyrics tel James Izmad, 6Sens, Despo, Kamas, Sao, Etadam, Bigou, Adgi l'Haineux. Wallen y apporte une, plus ou moins bonne, touche de féminité sur 'Auber c'est pas L.A.' (en référence aux émeutes) alors que Nessbeal rappe 'Enterré vivant' sur une instru du groupe de rock gothique Evanescence.

Pour donner le mot de la fin, cette mixtape est à écouter: d'une part à cause la qualité des productions et des artistes talentueux présents qui se sont appliqués sur le projet. Et le moins qu'on puisse dire c'est que ca se ressent!


Le Général :


Depuis son envol avec son groupe Tandem (qu'il forme avec Mac Kregor), et l'annonce de son projet solitaire, Mac Tyer compte un buzz énorme. Les attentes placées en ce rappeur du 93, au style percutant et cru, ont donc logiquement pris de l'ampleur au cours des derniers mois, atteignant un niveau d'engouement qui ne laissait que peu de place à l'erreur pour cet artiste en pleine ascension. Sur de son talent et confiant dans ses capacités à donner au public ce qu'il attend, Mac Tyer est même allé au delà des espérances de ses fans en se lançant dans la réalisation d'un double album. Près de vingt-cinq titres rugueux, dans la veine south que Mac Tyer affectionne, et sur laquelle le public français misait des espoirs considérables.

Le statut de Mac Tyer ? Sûrement pas celui d'un rookie cherchant la confirmation ou quelque autre reconnaissance de son potentiel. Fort de son vécu avec Tandem (et notamment le premier album acclamé du groupe), Mac Tyer se proclame sans complexe comme « Le général » en devenir d'un rap français se cherchant un leader. Dans le titre éponyme de ce double album, en forme de présentation introspective, celui que l'on appelle également Socrate fait valoir sa force imparable sur un beat rythmé mais sobre et mélodieux. Egotrip, comme sur le costaud « Derka » ou le solide « 93 tu peux pas test' », Mac Tyer n'est jamais aussi à l'aise que lorsqu'il évoque la rue, et la vie qu'elle met en scène. Apologie de la « Paire de requins » comme mode de vie, le sombre « Impulsif », « Racaille ambition », le portrait raturé d'un agent de police (« Pacman »), ou la rencontre au sommet avec Booba pour un « Ne me parle pas de rue » (qui prend des allures de championnat du monde des poids lourds), les morceaux dédiés aux affres de la banlieues ne sont pas rares, et permettent globalement à Socrate de faire valoir sa verve et son flow monocorde. Souvent dans le rôle du bulldozer que rien n'arrête, la moitié de Tandem ne s'impose pourtant pas une façade de marbre, et s'aventure dans des thèmes plus profonds, ou simplement moins consensuels : les propos à c½ur ouvert de « On a tous mal », la lucidité bienvenue de « Auber' c'est pas L.A. » (ft. Wallen), le chantonné « Petit frère, petite s½ur », ou encore le « Jeunes parents » (l'un des morceaux assez peu convaincants de l'album) tranchent littéralement avec les propos rudes et saignants de « Tu vas pleurer » (avec Mac Kregor), « Si tu rotka » ou du terrible « A chaud ». En forme d'apogée pour Mac Tyer, le premier disque de cette double détente se termine sur une collaboration aussi prestigieuse que symbolique avec « Suicide Carcéral », qui laisse tranparaître le passage de témoin entre le rappeur harcodre des 90's (Kéry James), et celui des années 2000.

Ponctué de refrains fredonnés, marqué par des beats tantôt south, tantôt plus conventionnels, Le Général est l'opus qu'on attendait de Mac Tyer. Porté sur la quantité sans renier la qualité, le double essai passe très près du coup de maître et ne pèche que par une certains redondance dans les thèmes, et des ambiances un peu trop homogènes. Véritable écorché, Socrate fait preuve d'une consistance remarquable tout au long de cette tracklist pléthorique, quand bien même certains regretteront la linéarité de son flow. Il demeure pourtant évident que ce projet ambitieux constitue une réussite artistique pour son auteur, qui s'impose indéniablement comme l'un des généraux du rap français. Nul doute que ce chef de file de la nouvelle génération du rap hexagonal saura marquer son temps et apposer sa marque à une musique qu'il transforme en dépassant les standards habituels.


A Chaud :


A chaud..
A chaud, t'as chaud
A chaud, j'ai chaud
A chaud, j'm'en bats les couilles que c'est le juge qui rend justice
A chaud, tu m'verras venir seul avec une calibre
A chaud, j'entends so uvent dire: "Déconne pas So !"
Mais à chaud, tous les cas sociaux on fait du cachot
A chaud, tu nous fais du charme, t'as la chatte mouillée
A chaud, j'entends péter mon son dans tous les quartiers
A chaud, c'est la mort violente façon Nicky Santoro
A chaud, ça rançonne ta famille pour quelques euros
A chaud; jamais on hésite
A chaud, le KO des cités se trouve dans ma poésie
A chaud, tu voulais la vie de château
A chaud, c'est 2 cités rivales qui s'échauffent
A chaud, ça devient parano
A chaud, ça frappe un yencli qui voulait per-cho
A chaud, ça tire et ça prend des perpètes
A chaud, ça deal mec pour enfin prendre des pépettes
REFRAIN (x2)
A chaud, dédicace à tous les frères au cachot
A chaud, dédicace à tous les frères au cachot
A chaud, dédicace à tous les frères au cachot
T'as chaud, j'ai chaud, on a chaud...
A chaud, ça pleure à chaudes larmes trop de frères perdus
A chaud, les terroristes on pris en otage un Airbus
A chaud, tu vois Le Pen nous causer du tort
Donc à chaud, j'encule la grand-mère à Louis IX
A chaud, tout ça m'insupporte
C'est chaud, il est 6 du mat' et les decks frappent à ma porte
A chaud, t'as pris l'avion pour fuir le pays
A chaud, t'as fait du placard et ce fut pénible
A chaud, ça se bagarre, ça met du mascara sur un cocard
Ton rima t'a frappée hier soir
A chaud t'aurais dû fermer ta grande gueule
Quand j'arrive en solo, c'est le public qui prend peur
A chaud, gros t'as fait chose quelque criminel
A chaud, on peut te retrouver mort dans une ruelle
A chaud, sur le Code pénal tu craches un lard-mo
A chaud, sur le bitume précoces sont les marmots
REFRAIN (x2)
PONT (x2)
Monsieur Socrate dit Mac Tyer, ça vient d'Auber
Monsieur Socrate dit Mac Tyer, ça vient d'Auber
Monsieur Socrate dit Mac Tyer, ça vient d'Auber
Monsieur Socrate dit Mac Tyer, ça vient d'Auber
...Monsieur Socrate
A chaud, dans nos soirées on est toujours offishal
Elle est chaude, elle a vidé la bouteille de Cristal
Belek, elle a cette cambrure qui peut nous faire chavirer
A chaud, l'amour peut nous rendre aveugle comme Ray Charles (x2)
REFRAIN (x4)
Belek, c'est Kore à la prod, oui, oui, si, si, Xplosif Click


interview mac-tyer :


TANDEM - Mac Gregor et Mac Tyer seront de retour au devant de la scène pour février 2005 avec "C'est toujours pour ceux qui savent". Rencontre avec les deux membres de Tandem...



Vous -vous considérez plus culture hip-hop ou culture rap ?
Plus rap ! voir même très rap ! Le hip-hop c' était quand on était tout petit, on l'a vécu mais on y était pas à 100%.


Sur le morceau « mission suicide », votre rap est assez complexe en terme d'écriture ?
Ouais, c'est notre image de marque, c'est comme ça qu'on est arrivé. On a un rap plus recherché et parfois trop complexe. Auparavant, rien n'aurait pu enlever notre amour propre pour ce qu'on faisait.


Sur le morceau « 93 hardcore », c'est différent, vous êtes « rue »?
Entre les deux morceaux « sport de sang » et ce « 93 hardcore », y'a eu plusieurs autres projets, compilations, et même notre E.P...En fait on s'est rendu compte que notre musique était trop compliquée pour les gens qu'on voulait atteindre, alors on s'est adapté.


« Rap Sauvage », vous pouvez me parler du sens du morceau ?
Quand j'écris, j'écris ce qui se passe dans ma tête, je calcule pas les phrases. Quand j'ai écris ce texte, j'étais devant la télé et un mec disait qu'une jambe de bois ne coûtait que 800 balles. Toi, quand tu vas en te-boi, tu payes ta bouteille dans le même ordre de prix ! C'était facile, et très imagé. Sur le texte de « 93 hardcore », fallait qu'on prenne position, on a montré qu'on allait représenter le 93.


Ce créneau, j'représente le « Neuf Trois », n'est pas trop grillé ?
A part en 90 avec NTM, il n'y a aucun groupe qui représente les difficultés qu'on subit dans nos quartiers. Dans le 92 y'a Booba, dans le 94 y'a la Mafia K'1 Fry...Les gens nous on désigné, quand ils écoutent notre musique, ils se disent que c'est du 93. Ce sont eux qui nous on qualifié ainsi, si je peux me permettre.

Entre notre rap et notre vie normale, il n'y a pas de décalage. Au quartier, on ne se prend pas pour des zoulous, d'ailleurs dans nos morceaux, on dit « c'est pour ceux qui savent ».

Y'a le fait aussi qu'on nous voit pas trop souvent, on a pas essayé de s'imposer.

Avant quand on « revendiquait » pas notre appartenance, on aurait pu croire qu'on était du 95.

A ce propos, on a dit au départ que votre musique c'était un peu trop similaire à d'ärsenik ?
A la première écoute ouais ! Les gens se sont dit ça, mais avec le mini album, ils ont pu faire la différence. Ce qu'on dit c'est que nos timbres, la recherche...mais ces rappeurs nous ont bercé alors l'influence se ressent. Sur « le bal des meurtriers » avec Lino et Pit, quand on a posé : on a réglé ce problème.


En tant que jeunes rappeurs, vous pensez qu'il n'est difficile d'innover ?
Il faut ramener des choses que les gens n'ont jamais entendu. Sur nos titres, il y a tout un vécu. Mais un rap qui pu, je vais pas me dire que le mec il s'est prit la te-té dessus. Dans la variété c'est la même chose, les sujets sont les mêmes. Mais dans le milieu rap, les gens aime bien se critiquer.


Justement alors, qu'est-ce qu'un bon rappeur ?
C'est une personne qui te marque lorsqu'il rentre sur l'instru, c'est inexplicable. Un bon rappeur c'est quelqu'un qui fait partager, ressentir quelque chose à l'auditeur : c'est le plus important parce que maintenant tout le monde sait rapper.

Vous pensez quoi des médias ?Je trouve qu'il y'a pas assez de médias pour véhiculer notre musique. Le rap a un problème d'identité alors si les gens ne connaissent pas, ils n'accrochent pas. La promo qui est faite c'est pour des personnes qui vendent déjà. Remettez RAP-LINE !

A la question : le rap est mort, vous répondez quoi ?
A Aubervilliers qui n'est pas une ville de rap ; Tout le monde rappe. Suite au phénomène boys-band, l'industrie du disque a laissé avancer le rap pour en faire une mode, mais vu que le rap vient du c½ur qu'il a une histoire, un passé...ils se sont fait couillés – rires.

En plus les petits d'aujourd'hui ont grandi dans le rap et grandissent toujours dedans.

Votre avis sur le marché du disque ?
L'industrie de la musique ne va pas bien mais elle ne nous enlèvera pas notre rage.

Vous êtes signés sur première classe ?
On y était. A l'origine on était sur Preview et au cours de « mission suicide », on les a rencontré. On a sorti le EP chez eux qui était prêt avant et ensuite le mini album.

Vos projets ?
Notre album !


Patrimoine du ghetto :


Mac Tyer : La vie qu'j'ai tu l'as connais par c½ur vu qu'c'est partout la même, j'baiserai la France jusqu'à c'qu'elle m'aime.

Téléphone :
Kery James : Ouais, allô ?
O.G.B. : Ouais, poto, ça va ou quoi ?
Kery James : Ouais, O.G.Blédar, bien ou quoi ?
O.G.B. : Ouais, t'es où là ?
Kery James : Ouais, j'suis vers Auber là, en voiture, attends.
O.G.B. : Ouais, OK, vas-y.
Kery James : Attends, y'a un mec qui m'regarde depuis tout à l'heure, mais qu'est-c'qui veux lui ?

Kery James : Eh, mais qu'est-c'tu m'veux, re-noi, qu'est-c'tu m'regardes ?
Mac Tyer : Quoi, un problème ou quoi, pourquoi tu m'dévisages, hein ?
Kery James : Mais t'es malade ou quoi, depuis tout à l'heure t'es là, t'arrêtes pas de me fixer, si jamais tu te demandes qui c'est, re-noi, tu va être fixé.
Mac Tyer : Ah bon, tu crois me pétrifier, mais j'suis ce noir qui vient d'Auber et qui fait trembler l'Élysée, me parle pas mal, man !
Kery James : M'appelle pas man, man, j'suis pas rasta man.
Mac Tyer : OK basta, là tu fais mal au crâne, man.
Kery James : Tu peux venir d'où tu veux, ramener qui tu veux, banlieue sud, trop nerveux, trop dangereux.
Mac Tyer : Ouais, ouais, t'as rien d'un voyou, t'es juste une voyelle, j'roule triple 6 au compteur sur l'autoroute criminelle, et qu'est-c'que t'as à dire, mec ?
Kery James : Pas grand chose mais j'sais c'que j'ai à faire, mec, quand il s'agit de faire parler le fer, mec, beaucoup en parle mais combien peuvent le faire, mec ?
Mac Tyer : C'est clair, mais si je sors le glock, c'est dead, mec, pour toi ainsi que pour tous les frères qui manquent de respect, mais tu m'énerves, bref, t'as l'air de dire que j'pourrais regretter mon geste, aucun remords dans nos pulsions meurtrières, 93.
Kery James : On est en 2005, mec, les tête-à-tête c'est fini, et quand on rentre en guerre c'est jusqu'au finish, j'ai perdu trop d'potes, et j'me suis juré, que la prochaine fois qu'j'vais tirer, j'vais tirer pour tuer, 94.

Refrain :
Dévisage pas les deux hommes officials, reste tranquille, et viens qu'on partage une chicha, avec la mort on n'triche pas, pour ceux qui ne pigent pas, on voudrais être de ceux que les pulsions ne dirigent pas, m'oblige pas.
Dévisage pas les deux hommes officials, reste tranquille, et viens qu'on partage une chicha, avec la mort on n'triche pas, pour ceux qui ne pigent pas, on voudrais être de ceux que les pulsions ne dirigent pas, m'oblige pas.

Kery James : Bon, parlons en homme, t'as une arme à la ceinture, t'as vu la mienne, 15 coups pour une seule ordure, et qu'est-c'qu'on fait maintenant, on va pas parler pendant des heures, on s'allume, nos vie s'éteignent, et nos familles pleurent.
Mac Tyer : Quoi, c'est moi que tu menaces, j'crois qu'tu devras técal, devant le T-Max et le casque intégral, te faire une teinture, raser les murs, et tirer profil bas, re-noi, trouve un terrain d'entente, avant que j'tire sur ton gang.
Kery James : Eh, j'te menace pas je te promets, arrive tu à faire la différence, j't'ai localisé et j'te connais, alors vaut mieux qu'on fasse preuve de bon sens.
Mac Tyer : On s'connais d'où, t'es qui, as-t-on chose-quel ensemble, il me semble t'avoir déjà vu et croisé sur les champs.
Kery James : T'inquiète, j'connais ton pote qu'on appelle Jo Le Balafré, quelques gars d'chez toi sont en affaires avec les gars d'chez moi, juste en bas d'chez moi, et l'arme que t'as sur toi, j'suis presque sur qu'elle aussi, elle vient d'chez moi.
Mac Tyer : Elle vient d'chez toi mais elle tire sur toi, donc soit raisonnable négro parc'qu'on meurt qu'une fois, tu sais qu'tes frères reposent en paix à l'heure où l'on parle, qu'allons nous faire, va-t-on les rejoindre parc'qu'on est trop fier, merde, c'est difficile de s'en remettre, tu dois l'savoir, mec, si la violence nous engrainent ça sera le drame, frère.

Téléphone :
Mac Tyer : Ouais c'est qui là ?
Jo Le Balafré : Allô, So ?
Mac Tyer : Ah Jo, c'est toi ?
Jo Le Balafré : Ouais.
Mac Tyer : Attends, je règle un problème là, j'te rappelle.

Refrain :
Dévisage pas les deux hommes officials, reste tranquille, et viens qu'on partage une chicha, avec la mort on n'triche pas, pour ceux qui ne pigent pas, on voudrais être de ceux que les pulsions ne dirigent pas, m'oblige pas.
Dévisage pas les deux hommes officials, reste tranquille, et viens qu'on partage une chicha, avec la mort on n'triche pas, pour ceux qui ne pigent pas, on voudrais être de ceux que les pulsions ne dirigent pas, m'oblige pas.

7.7, 7.8, 9.5, 7.5, ne vois-tu pas qu'on est tous dans le même bateau, on a les mêmes souffrances, on a la même peine, la même haine, on vient tous du même ghetto.
7.7, 7.8, 9.5, 7.5, ne vois-tu pas qu'on est tous dans le même bateau, on a les mêmes souffrances, on a la même peine, la même haine, on vient tous du même ghetto.

9.4, 9.3, et toutes les banlieues en France, quoi qu't'en pense, on est tous dans le même bateau, pourquoi s'entretuer, pourquoi s'assassiner, alors qu'on vient tous du même ghetto.
9.4, 9.3, et toutes les banlieues en France, quoi qu't'en pense, on est tous dans le même bateau, pourquoi s'entretuer, pourquoi s'assassiner, alors qu'on vient tous du même ghetto.

Mac Tyer : Oui, oui, si, si !
Kery James : 93 94 ...


Paire de requins :

Mes requins trainent au studio, mes requins trainent au quartier.
Elles aiment marcher sur les Champs Elysées.
Engraisent les potes du portier pour une soirée mondaine
A la tess la paire de requins est sur un compet
Pour un contact avec des air force one
Mes rekins n'ont rien d'un paire de weston
Donc elle perd son calme
Quand elle est neuve elle en jette
C'est vrai qu'elle est re-chè mais ca fait plaisir a la petite s½ur en surrvet
C'est avec son lacet que le tox fait son garot
A staro elle est toujours au pied d'un accusé dans le box
Usé même cherté on la porte fiere d'elle
Mes rekins risquent 16 mecs allertent parfois toute les semaines
Echape parfois aux soins intensifs elle ne passe pas au aveux
Mes rekins avancent avec la grace de dieu
Son pire ennemi c la chaussure étoilée symbole de l'etternel conflit de la palestine
Elle est partout, vieille feraille, gamos egalement box
Partout parloir café hall dans ta cité
C'est la bas qu'elle a trouvé sa rage entourée de 180 air max et de u arash
De-spi branchée sur 100.000 volts,
qu'il pleuve ou qu'il vende la paire de rekins vend sa drogue
frelon, son meilleur poto c la paire de shox rekins, parce qu'un l'homme est un prédateur pour l'homme

Un grand doigt de vérité sur la paire de air max rekin,
c celle la qu'on porte (aime) parce qu'elle coute chere et qu'elle nous va bien
on vient d'en bas gros et ca tu le vois bien
en caillera dans ma paire de rekins
X2

he ouais c la paire de rekin mon pote, meme moi je la porte
celle-ci je la cace-dedi a tout les frere du bon-char

les rekins sont ds les vitrines a nous faire des facies
elles sont dans les chicha et les cabarets
pietine une cigarette dans un bar a you-voi
mes rekins accelerent les voitures pé-ta
attirent les motards sur une becane
abuse pour nourrir les grosses chiennes aux grandes bottes
la paire de rekins c'est les ptits jeunes et les sistes-gro qui la portent
n'insiste pas trop t'aura les kiss-dé sur écoute
les rekins se privent l'hiver pour aller frimer sur la côte
comment ca on me dis y'a des falches du maroc
mes rekins sont frais parce qu'elle coutent gravent des euros
si tes rekins trafiquent et qu'elle sont en semi
attachent fort tes lacets pour le jour ou tu devra courrir
c'est pour les courageux rekins noir virgule argentée
celles qui font les p le soir pour une nouvelle paire de jantes
quand c'est chaud mes rekins sautent par la fenetre marche dans la boue
pour vè-ski la maison d'arrêt
mais rien ne l'arrete, mes rekins s'en batent les reins
fait le bonheur des nouveau né comme des assassins
en gard'av elle sert de coussin le sommeil profond
ma paire de rekin est liberée sous caution
elle ne se chie pas dessus meme face a 12.000 paires
sartek cousin si tes rekins ont foulé le sol de la mecque
c'est une classique paire pour les caids
et si tu veux faire plaisir c'est un bon cadeau

refrain X2
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# Posté le samedi 02 juin 2007 15:00

Modifié le samedi 02 juin 2007 16:12

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# Posté le samedi 02 juin 2007 12:39

beyonce

beyonce
Beyoncé Giselle Knowles est née le 4 septembre 1981 à Houston, Texas.

A moins d'être totalement ermite, difficile d'échapper actuellement à Beyoncé Knowles. Avec une entrée fracassante de son single Crazy In Love en 2003, extrait de son premier album solo 'Dangerously In Love' qui a fait un carton mondial, Beyoncé a su s'imposer en tant que figure du R'n'B. Ses hits squattent bon nombre de radio et la belle affiche généreusement sa plastique dans plus d'un magazine de mode féminin.

Beyoncé a grandi au Texas, fille aînée d'une coiffeuse et d'un revendeur en équipement médical, Beyoncé passe une enfance heureuse. A l'âge de 9 ans, elle fonde son premier groupe 'Girls Tyme', rebaptisé 'The Dolls' en 1992 et qui devient Destiny's Child en 1994. Bien inspiré, Matthew Knowles, le père de Beyoncé plaque son boulot et manage le groupe. Le nom du groupe serait venu à l'idée suite à un passage de la Bible, la famille Knowles étant très croyante. Le groupe est composé de Beyoncé, Kelly (cousine de Beyoncé), LaToya et LaTavia. Malgré les échecs, le groupe ne perd pas espoir et finalement, décroche son premier contrat chez Columbia Records en 1996. Le groupe en profite pour sortir un album éponyme. Leur premier single 'No, No, No' en featuring avec Wyclef Jean remporte très rapidement un succès international. Le second, 'The Writting on The Wall' confirme l'énorme popularité du groupe à travers le monde.

Mais entre temps, des discordes tiraillent le groupe: LaToya et LaTavia reprochent au papa de Beyoncé de la privilégier aux autres membres du groupe. S'en suit le départ retentissant des deux membres Latoya et Latavia, remplacées par Farah et Michelle. Beyoncé affirme que ce fut un moment très douloureux pour elle, et que les filles ont entretenu de très mauvais rapports. Farah quitte elle aussi le groupe, souhaitant avoir une carrière solo. Le groupe reste donc fixé au nombre de trois. 'Survivor' le troisième album du groupe sort en 2001 et récolte le succès qui lui est dû. Le groupe se fait plus présent sur la scène américaine en mélangeant les influences pop/r'n'b et soul. Le groupe a, à ce jour, vendu plus de 33 millions d'albums à travers le monde. La chanteuse et son père ont atteint leur objectif. Le groupe lui ayant servi de tremplin, la belle se décide à entamer une carrière solo en 2003.

Son album "Dangerously In Love" sort en 2003, contenant les participations de Jay-Z (évidemment), Big Boi de Outkast, le regretté Luther Vandross, et une rapide apparition de Missy Elliott sur le morceau 'Signs'. Beyoncé a voulu démontrer au public son éclectisme musical dans cet album, qui raflera par la suite de nombreuses récompenses (dont 5 Grammy Award, équivalent des Victoires de la Musique). Elle voulait également montrer son évolution par rapport aux précédents morceaux qu'elle avait sorti avec les Destiny's : "J'avais 19 ans quand le dernier opus du groupe est sorti, je ne suis plus la gamine que j'étais auparavant". Mais Beyoncé, souhaitant plus d'autonomie, a néanmoins du mal à se détacher ne serait-ce qu'un peu, de son père, qui en chrétien pratiquant, veille autant sur son image que sur son compte en banque.

En avril 2004, Beyoncé part en tournée avec Missy Elliott et Alicia Keys à travers les U.S.A. " Ladies Firt Tour", qui selon les médias, a attisé des foudres entre Alicia et Beyoncé. Quoi qu'il en soit, le succès mondial est là, la star enchaîne les spots publicitaires (certains lui reprocheront même d'avoir vendu son âme pour cela) et débute une carrière d'actrice (qui avait déjà presque commencé lorsqu'elle fut la vedette de la comédie musicale : "Carmen Hip Hopera"). On lui souhaite de réussir là où nombreuses autres de ses paires se sont cassées la figure. Celle qui est nommée la diva du R'n'B a aussi un coeur en or et n'hésite pas a donner pour les associations caritatives (notamment dans la lutte du ravage du Sida en Afrique et elle soutient également plusieurs ligues contre le cancer). Une ligne de vêtements est aussi prévue, mise au point entre autre par Beyoncé et sa maman. Côté coeur, La Panthère Noire filerai le 'parfait' amour avec le célèbre-richissime-producteur-rappeur-businessman Jay-Z, depuis maintenant 3 ans, mais les fiançailles, mariage etc, même si la belle en rêve, ne sont pas à l'ordre du jour, Beyoncé ayant une actualité assez mouvementée.

Après un dernier opus "Destiny Fulfilled" avec son groupe en 2004, annonçant la fin des Destiny's Child, Beyoncé poursuit son chemin dans le monde de la musique en solo mais avec plusieurs cordes à son arc.


B'Day :


Alors que son ex-partenaire des Destiny's Child LeToya vient tout juste de sortir un premier solo bon marché, et que sa pseudo-rivale Kelis concurrence avec un album r&b alternatif, voilà que comme par magie, Beyonce refait surface le 5 septembre dernier (soit le lendemain de son anniversaire) pour ce 'B' Day' qui se faisait de plus en plus attendre par des fans tellement enthousiasmé par son 'Dangerously In Love'.

Et pourtant son planning était plus que chargé : le tournage du film la Panthère Rose dont on retrouve ici l'extrait 'Check On It' (avec Bun B et Slim Thug), plus un autre long-métrage ('Dreamgirls') qui aura sûrement autant de retour que Ray puisqu'il s'agit de l'ascension de la chanteuse Diana Ross. Elle devrait d'ailleurs également s'occuper de la bande originale, en principe présent dans les bacs d'ici fin Janvier 2007. De surcroît, elle sort sa marque de vêtement 'House of Deréon' (du nom de sa grand-mère) avec comme associée sa mère Tina Knowles et pour ambassadrice de sa collection sa petite petite soeur Solange, qui a défaut d'avoir percé dans la musique se réfugie dans les jeans de sa sista. Bref tout ca n'est qu'une affaire de famille, Knowles Inc.

Tout ça pour dire qu'une star de cette stature a désormais peu de temps pour s'occuper de ses propres albums solos, mais quand elle le fait, elle essaie de bien faire... Pour certaines, ça serait plus salade-tomate-oignon, pour elle c'est plus la formule shampooing-chignon-brushing... enfin choucroute sur la tête quoi. Il suffit de regarder la pochette de l'album, assez sobre mais pas de doute, elle reste classe la B. Surtout que du côté de sa voix, il n'y a pas non plus de soucis à se faire, elle reste gracieuse. 'Resentment', ou encore la douce balade qu'est 'Irreplaceable' vous la fera percevoir.

Après écoute de l'album, on reste tout de même mitigé et il faudra plusieurs écoutes prolongées avant que vous ne l'appréciez réellement. Celui-ci reste totalement différent de ce qu'elle nous laissait présager. Heureusement quand même qu'il y a le très bon single 'Deja Vu', où vient l'aider son 'boyfriend' Jay-Z. L'ambiance est seventies (idem pour la chanson 'Suga Mama') histoire de relever la barre, sur une production signée Rodney Jerkins, le petit génie du R&B (mais si rappelez vous celui qui a notamment produit 'The Boy Is Mine' de Brandy et Monica et 'Invincible' pour Michael Jackson). On peut retrouver Shawn 'President' Carter aussi sur le titre'Upgrade You'.

Une chose est sûre, Beyonce a voulu y mettre une pincée de style Dirty South (très à la mode) en le mêlant à son rhythm & blues pour y créer une sensation étonnante. La native de Houston a donc fait appel a Swizz Beatz pour ce faire. Et la première chose que l'on peut dire, c'est que ça fait mal aux oreilles (au sens propre), surtout le 'Get Me Bodied' qui est assez irritant et vous agace très vite car trop répétitif. Par contre, le rageux 'Ring The Alarm' risque de tourner en boucle sur les radio françaises et de faire vibrer plus d'une boite de nuit. Les Neptunes font aussi partie de l'aventure (à défaut d'être sur le 'Kelis Was Here'), et lui fournissent deux bonnes prods bien sweet comme diraient nos amis anglo-saxon. Une instru a base de synthé pour un langoureux 'Kitty Kat' et une sobre tuerie sur 'Green Light', tellement envoûtante qu'elle semble avoir été faite pour un 'Kaléidoscope' ou un 'In Search Of'.

On l'a bien compris, quand Beyonce fait quelque chose, la presse se précipite dessus pour relater de ses moindres faits et gestes. Cet album n'en réchappe pas et encore moins lorsque récemment, elle crée la polémique en disant "faire de la musique pour les blacks". Dans le doute on se dit (enfin on espère) qu'elle ait mal formulé sa phrase ou que les médias ont mal interprété ses dires. Ce qui nous intéressait le plus pour nous, c'était surtout de savoir si elle était capable de réitérer une nouvelle galette pleine d'énergie et de sensualité, à l'image du morceau 'Freakum Dress'. En fin de compte, on a un disque plutôt dans la moyenne, néanmoins de bonne facture, où se mêlent chansons harmonieuses, tubes et balades langoureuses.


Dreamgirls :


Dreamgirls, c'est l'histoire d'un trio de chanteuses de soul music, Effie, Deena et Lorrell, qui tentent de percer dans le monde du music-hall dans le contexte fin des sixties, milieu des années 70. En tête d'affiche de cette comédie musicale et dramatique realisée par Bill Condon, se trouve un casting de chanteurs/acteurs de choix, Jamie Foxx, Beyonce et le revenant Eddie Murphy, ainsi que Jennifer Hudson (la finaliste de la troisième saison de American Idol) et Danny Glover. A l'instar de Idlewild Gangsters Club des Outkast, ici il n'y a pas d'anachronisme dans ce "remake", tout est d'époque : les décors, la mode (en témoigne le look à la Little Richards d'Eddie Murphy), et surtout une musique relative au contexte, uniquement composée autour de musiciens et non pas de producteurs actuels, à l'image du single « Listen » extrait de cette bande-son dont il est objet.

Si Beyonce est mise en avant sur le premier single en question, ce n'est pas forcément la femme la plus sexy de l'année la star en tant que chanteuse, bien qu'elle possède le rôle féminin principal. Pas question de refaire le coup des Destiny's Child : il n'y a pas de leader dans le trio. Beyonce, Jennifer Hudson et Anika Noni Rose fondent leurs chants ensemble et restent fidèles aux chansons originales (enregistrées pour la première fois pour les besoins du même film en 1982). Bonne synchronisation des trois voix, le tout sur une musique soul à l'ancienne, rythmée et bien orchestrée, les 'dreamettes' assurent ce qu'il faut d'authenticité. Dans le lot, c'est bien Jennifer Hudson qui se démarque le plus, et c'est assez inattendu. Quatre titres solos lui sont consacrés, dont le splendide « And I Am Telling You I'm Not Going », grâce à une interprétation parfaitement juste et une voix puissante dont on ne lui soupçonnait pas du tout. Autant de performances incroyables qui ont de quoi largement piquer la vedette à sa collègue Beyonce.

L'autre personnalité révélée par cette musique du film est masculine, et il ne s'agit pas de Jamie Foxx, malgré sa bonne prestation sur « When I First Saw You ». Et oui, l'effet de surprise vient d'Eddie Murphy, qui a pris son personnage de chanteur très à c½ur, peut-être pour faire oublier une carrière solo qui n'a jamais décollé. « Patience » et « I Meant You No Harm/Jimmy's Rap » risquent d'en surprendre plus d'un. Pour le reste, cette bande originale de Dreamgirls est très honnête et dégage une ambiance cabaret qui nous replonge quarante ans en arrière.


Bonnie and Clyde :



Uhh uhh uhh.
You ready B? Let's go get 'em..

Jay-Z
Look for me! Young, B
Cruisin down the westside - high, way
Doing what we like to do - our, way
Eyes behind shades, this necklace the reason
All of my dates been blind dates
But today, I got my thoroughest girl wit me
I'm mashin the gas, she's grabbin the wheel, it's true to the heart
She rides with me - the new Bobby and Whitney
Only time we don't speak is during "Sex and the City"
She gets Carrie fever, but soon as the show is over
She's right back to being my soldier
Cuz mami's a rider, and I'm a roller
Put us together, how they gon' stop both us?
What ever she lacks, I'm right over her shoulder
When I'm off track mami is keepin me focused
So let's, lock this down like it's supposed to be
The '03 Bonnie and Clyde, Hov' and B

{Refrain:}
Jay-Z All I need in this life of sin, is me and my girlfriend.
Beyoncé Down to ride 'til the very end, it's me and my boyfriend.
Jay-Z All I need in this life of sin, is me and my girlfriend.
Beyoncé Down to ride 'til the very end, it's me and my boyfriend.

Jay-Z
The problem is, you dudes treat the one that you lovin
With the same respect that you treat the one that you humpin
Now they 'bout nothin - if ever you mad about somethin
It won't be that; oh no it won't be that
I don't be at, places where we comfy at
With no be-atch; oh no you won't see that
And no, I ain't perfect - nobody walkin this earth's surface is
But girlfriend, work with the kid
I keep you workin at Kermain, Burkin bag (?)
Winolo (?), Timbs, aviator lens
600 drops, Mercedes Benz
The only time you wear Burberry to swim
And I don't have to worry, only worry is him
She do anything necessary for him
And I do anything necessary for her
So don't let the necessary occur, yep!

{au Refrain}

Beyoncé
(Talk to 'em B)
If I was your girlfriend
I'll be there for you, if somebody hurts you
Even if it's somebody was me
Yeah-hee (break it down for 'em)
Sometimes I trip on how happy we could be
And so I put this on my life
Nobody or nothing will ever come between us
And I promise I'll give my life
And all of my trust if you was my boyfriend
Put this on my life
The air that I breathe in, all that I believe in
I promise I'll give my life
And all of my trust if you was my boyfriend

{au Refrain}




Baby boy :


Certified quality
A dat da girl dem need and dem not stop cry without apology
Buck dem da right way - dat my policy
Sean Paul alongside - now hear what da man say - Beyonce
Dutty Ya, Dutty Ya, Dutty Ya
Beyonce sing it now ya

Baby boy you stay on my mind
Fulfill my fantasies
I think about you all the time
I see you in my dreams

Baby boy not a day goes by
Without my fantasies
I think about you all the time
I see you in my dreams

Ah oh my baby's fly baby oh
Yes no hurt me so good baby oh
I'm so wrapped up in your love let me go
Let me breathe stay out my fantasies

You ready gimme da ting dat ya ready get ya live
And tell me all about da tings that you will fantasize
I know you dig da way me step da way me make my stride
Follow your feelings baby girl b/c they cannot be denied
Come check me in-a night and make we get it amplified
Me have da ting to run da ship cause I'm go slip and I'm go slide
And in the words of love I got ta get it certified
But I give you da toughest longest kinda ride - girl

Baby boy you stay on my mind
Fulfill my fantasies
I think about you all the time
I see you in my dreams

Baby boy not a day goes by
Without my fantasies
I think about you all the time
I see you in my dreams

Picture us dancin' real close
In a dark dark corner of a basement party
Every time I close my eyes
It's like everyone left but you and me

In our own little world
The music is the sun
The dance floor becomes the sea
Feels like true paradise to me

Baby boy you stay on my mind
Fulfill my fantasies
I think about you all the time
I see you in my dreams

Baby boy not a day goes by
Without my fantasies
I think about you all the time
I see you in my dreams

Baby boy you stay on my mind
Baby boy you are so dawn fine
Baby boy won't you be mine

Top top - girl
Me and you together is a wrap - dat girl
Driving around da town in your drop top - girl
You no stop shock - girl
Little more da Dutty, we'll rock dat world




Fighting temptations :


Beyonce]:
Fighting temptation

[Missy]:
Yo Beyonce, Free, MC Lyte, y'all ready
Let it put it down for the clubs

[Beyonce + Missy + Free + MC Lyte]:
Ladies! HEY! we got that beat that make you jump
To my fellas! whoo! I'll got them cars them ladies love
Party People! yeah! we gonna party all night
And let yo soul, work! ooo! and let yo soul keep on workin' out

[Missy][Beyonce, MC Lyte, Free]:
I'm the type of chick, who be fightin' temptation
Make you wait, before we have a relation
Playboy, holla at me lata'
Don't you know I'm managed by Violator
(They shootin'), I'm exterminator
I look good, so hate me hater
Me and my girls drinkin', where's the waiter
Cheatin' guys, I already played ya
Ladies night don't suffocate us
If you touch us, we gonna altercation
Warn Missy, you's impersonator
I got so much ice, I even scare Jacob
(Beyonce, MC Lyte, and Free)
(Missy, put it down on da beat)
Party people, it's good sensation
We gonna show you, how to fight temptation

{Refrain:}
[Beyonce]:
I'm just fighting temptation (Yeah)
Gotta get more control (Control, yeah)
Yet it's very tempting when you ask to take me home (Home)
You know you want my love (Love)
I don't think the time is right (No)
Call when I'm ready, but it won't be tonight

[Free]:
We in the club, Free gully no doubt
See this real deal playa, starin' dead in my mouth
He got his crew, but I got mine too
Send a note to my table like, what you gonna do
Eye game got him spreadin' me out
In my ear dry tears, how he left his spouse
And oh, the nice cars, and impressive house
He want to run up in, I ain't no regular route (Hoooo!)
Me and the girls, we ain't stressin' out
We ain't birds, we ain't headin' south (Noooo!)
Them one nighters, that's sad and doubt
That little talk on da creep,what you said is out
I gets cheddar, to help me do what ever
No beef with Dennis Edwards, but I fight temptation
I'm not sayin' I don't like temptation
I'm just lookin' for da right temptation, ya kno'

{au Refrain}

[MC Lyte]:
Yeah, party liked I never partyed before
I hit the door, all the dudes hit the floor
Sweet, they messin' wit the brown sugar queen
Fightin' temptation, like Layla Ali
Wit the 1, 2, let me show you what the hon' do
When I come through, wit the butta dip crew
Now, show me that you got my back
Love me from, where you at
I got eyes up, over my shoulder
If you should decide, to get closer (Hooo!)
Well then this dance, is straight over
I'm gone, and Missy's Testaroasa
"Be cool", thay what Free say
B. say, "Keep it clean but give them lee way"
All I know, it's a crazy sensation
You fine, but I'm fightin' temptation

{au Refrain}

[Beyonce][Missy][Free]:
Wooooooo
(We goin' show you how to fight temptation)
My love, yeah
{I'm jus' lookin for da right temptation}
{[Cut and Stratch - "Fight temptation]}
Wooooo, yeah, yeah, yeah
(We goin' show you how to fight temptation)
{I'm jus' lookin for da right temptation}
{[Cut and Stratch - "Fight temptation]}
Yeah, yeah, yeah, woooooo

[Beyonce][Missy][Free][MC Lyte]:
W-w-what you gonna do (Hoo-hoo)
W-w-what you gonna do (Hoo-hoo)
W-w-what you gonna do (Hoo-hoo)



Discographie
2003 : "Dangerously in Love"
2006 : "B'Day"
2007 : "B'Day Deluxe Edition"
2007 : "DVD B'Day Video Antology"

[modifier] Albums avec le groupe Destiny's Child
1998 : Destiny's Child
1999 : The Writing's on the Wall
2001 : Survivor
2002 : 8 Days of Christmas
2002 : This is the remix
2004 : Destiny fulfilled
2005 : #1's

[modifier] Albums en solo
2003 : Dangerously in Love
2004 : CD/DVD "Beyoncé : Live At Wembley"
2006 : B'Day
2007 : B'Day Deluxe Edition, réédition

[modifier] Singles en solo
2002 : Work It Out CH#48 FR#87
2003 : Crazy In Love (featuring Jay-Z) CA#2, CH#3, BE#5, FR#21
2003 : Baby Boy (featuring Sean Paul) CA#2, CH#5, FR#8, BE#11
2003 : Me, Myself And I CA#7, CH#41, FR#45, BE#49
2004 : Naughty Girl (featuring Lil' Flip ) FR#18, CH#18
2006 : Check On It (featuring Slim Thug & Bun B) FR#32, CH#7
2006 : Deja Vu (featuring Jay-Z) CH#3, CA#9, BE#9, FR#22
2006 : Irreplaceable BE#1, CA#3, CH#9 ,FR#10
2007 : Beautiful Liar (duo Shakira) CH#1, FR#1, CA#15, BE#24

[modifier] En tant qu'invitée
2000 : I Got That (Amil featuring Beyoncé)
2003 : Bienvenue (IAM Revoir un Printemps)
2003 : '03 Bonnie and Clyde (Jay-Z featuring Beyoncé)
2003 : Keep Givin' Your Love To Me (sur la BO de Bad Boys II)
2004 : Fighting Temptations (avec Missy Elliott, MC Lyte & Free)
2006 : Woman Like Me (sur le DVD de La Panthère Rose)
2007 : Hollywood (Jay-Z featuring Beyoncé)

[modifier] Les "Jamais Endisqués"
2000 : My Song (avec les Destiny's Child dans l'album de série limitée "Love: Destiny " )
2003 : Sexuality
2003 : Have Your Way (avec Kelly Rowland)
2003 : I Can't Take No More
2003 : In My Mind
2003 : Hey Goldmember
2003 : Me, Myself And I (Remix) (featuring Ghostface Killah)
2003 : Summertime (Remix) (featuring Ghostface Killah)

Filmographie
2002 : Carmen : Le Hip Hopera (Carmen : A Hip Hopera)
2003 : The Fighting Temptations (The Fighting Temptations)
2003 : Austin Powers dans Goldmember (Austin Powers In Goldmember)
2005 : La Panthère Rose (The Pink Panther)
2006 : Dreamgirls (Dreamgirls)

# Posté le vendredi 01 juin 2007 16:35

la rumeur

la rumeur
Il y a des rumeurs rebelles qui n'aiment pas faire parler d'elles à tous les coins de rimes, de rues, de disquaires et d'antennes radio. Prenez le groupe « La Rumeur » par exemple : eux, le marketing forcené, la promo à tout va, les chaînes en or plaqué qui brillent et tout le toutim, ce n'est pas vraiment leur truc. En effet, c'est dans l'ombre que « La Rumeur » a démarré, à coup de concerts enflammés, de textes bien aiguisés et d'engagement spontané.

Et puis progressivement, « La Rumeur » s'est fait un nom sans trop le chercher, dans le milieu fermé du hip hop souterrain. En l'espace de trois ans, Philippe, Ekoué (ex-Assassin), Mourad et Mohamed Bouroka dit Hamé se sont brillamment imposés avec une trilogie corrosive sous forme d'albums bruts de coffre : « Le Poisson d'avril » (1997), « Le Franc Tireur » (1998), et « Le Bavar Et Le Paria » (1999).

Mais quand on a du talent à revendre, on ne peut pas rester anonyme bien longtemps dans le milieu musical, surtout lorsque l'on assure sur des compiles de rap et que l'on participe aux albums de grosses pointures hip hop comme Assassin. De plus, il est rare que les grandes maisons de disques restent sourdes aux rumeurs enthousiastes qui annoncent l'existence d'un nouveau groupe sans concession regorgeant de pépites sonores. Le label EMI propose ainsi à « La Rumeur » de signer un contrat chez eux, et après moult tergiversations, le groupe accepte, pensant qu'il est possible d'être à la fois édité chez une major et de garder son indépendance artistique. Et « La Rumeur » a bien fait d'accepter puisque les albums publiés chez EMI gardent la même fraîcheur, la même spontanéité, la même verve fougueuse des opus précédents.

En 2002, « La Rumeur » arrive jusqu'aux oreilles du grand public avec l'album « L'Ombre Sur La Mesure » qui fait un carton. Deux ans après, « La Rumeur » est à nouveau de sortie avec un deuxième opus, « Regain de tension », qui aborde notamment les moments sombres de la vie du groupe, accusé de« diffamation à l'égard de la police nationale » après que Hamé ait publié dans le magazine gratuit « La Rumeur », un texte engagé, « Insécurité sous la plume d'un barbare », dont le passage suivant a provoqué l'indignation : « Les rapports du ministère de l'intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu'aucun des assassins n'ait été inquiétés ».

Ce même magazine, sorti au moment de la promo de l'album « L'Ombre Sur La Mesure », a suscité aussi la réaction de la radio Skyrock qui a porté plainte pour « incitation à la haine et à la violence » concernant le texte « Ne sortez plus sans votre gilet pare-balles », mais leur dépôt de plainte n'aboutira pas. Par contre « La Rumeur » sera attaqué en justice par le Ministère de l'Intérieur. Hamé sera finalement relaxé, mais suite à cet épisode judiciaire, « La Rumeur » quitte EMI qui ne s'occupe désormais que de la distribution de leurs albums, la production et l'édition étant gérées par le propre label du groupe, « La Rumeur Records ». « La Rumeur » n'en a pas fini avec la justice puisque le Ministère de l'Intérieur a fait appel de la décision du procès de 2004 qui avait donné raison aux rappeurs.


Regain de Tension :



Comment reconnait-on un vrai disque de rap, d'un rap de m*rde (ceux qui repondent que le mauvais disque passe plus facilement à la radio ont droit à un demi-point pour leur bon sens) ?
La bonne réponse est au "Regain de tension" qu'il provoque lors de sa sortie (entre les rappeurs baisseurs-de-string et les rappeurs-baiseurs-de-strings ) et pour ce genre de chose le groupe "La Rumeur" excelle.

Encore un cd qui va faire que "L'encre va encore couler" dans les rédactions (tel que The Source), les streetly-journalistes vont devoir encore faire chauffer les touches de leur clavier d'ordinateur pour prouver qu'ils ont bon goût.

"A nous le bruit", plutôt le son, de cet nouvel opus nous rend tout jouiasse (limite on pleure de la queue tellement c'est jouissif), on adore ce genre de rap.
Mais notre avis n'a pas d'importance, car les professionnels du disque rayon rap, "ils nous aiment comme le feu" aiment l'eau, nous ne sommes que les "soldats lambda" , alors que ce qu'ils recherchent ce sont plutôt des acheteurs lambda qu'on retrouve devant le Hit Machine chaque samedi matin à crier des anneries qui boosteront les ventes des poulains-nains.

Alors "P.O.R.C (Pourquoi On Resterait Calme)" se demande La Rumeur, quand personne ne veut faire quelque chose pour redonner l'image de la genèse du Hip-hop, du travail fait par des passionnés pour des passionnés, car avant l'argent n'était pas le facteur principal de la création, mais plutôt la passion, le désir, l'amour et le plaisir du travail bien fait.
Comme dans leur dernier album, le groupe s'attaque aux noyaux faibles : la justice et la police (deux choses totalement différentes). Au long du CD, on se retrouve dans un tribunal (tend bien l'oreille, tu pourras entendre au loin un "Inscrivez greffier" du juge) et dans le commissariat de ta banlieue, ou la seule importance pour eux est de connaitre ton "Nom, prénom, identité" lors d'interpellation abusive, pour rentrer dans leur quota.
C'est comme ça "Paris nous nourrit Paris nous affame" et ce sont les représentants de la force publique qui s'en chargent le mieux pour nous le faire rappeller (à l'ordre !!!).

Ce qui est infame, c'est de s'en rendre compte si jeune et de savoir que "Les mots qui me viennent" ne servirons pas à stopper les inégalités existantes, malgré cela les groupes du type de "La Rumeur" continuent à rapper pour faire bouger les choses et non pas simplement pour changer de classe sociale.

Ils ont compris que "Quand le diable est au piano" (un B.O.S.S, par exemple, derrière son micro) Dieu est au fourneau (les rappeurs indés rappant dans les MJC).
C'est pour cela qu'il faut leur laisser la parole, car le "Maître mots mots du maitre" s'adresse plutôt à nous, plutôt qu'aux fans de la station de radio "Nous sommes premiers sur ..."

Il n'y a de bonne critique qu'avec de bon produit ...


Du Coeur à l'Outrage :

Cela fait déjà dix ans que La Rumeur fait planer son ombre sur le hip hop français avec son « rap de fils d'immigrés » : Des maxis prometteurs, un engagement qui ne s'use pas avec le temps, un discours qui ne tourne pas avec le vent, un premier album peu connu mais que certains qualifieront de classique, un second plus difficile d'écoute sorti au milieu de bruyantes affaires judiciaires... Le passé de ce groupe est donc chargé, et l'on pouvait attendre beaucoup de ce troisième opus.

Cet album, astucieusement intitulé « du C½ur à L'Outrage », est de la même couleur que sa pochette : Noir, brumeux et glacial. Le groupe poursuit en fait ce qu'il a commencé sur « Regain de Tension », le deuxième album, c'est-à-dire se donner une identité propre, se doter d'une couleur musicale bien particulière. Les producteurs, dans la ligne du précédent opus, retranscrivent une ambiance nocturne menaçante, à partir de vrombissements synthétiques, électroniques et de scintillements glacials. Certains regretteront peut-être les productions plus soul du premier album, mais autant les rassurer tout de suite : la cohérence musicale de l'ensemble, et la réussite quasi parfaite de certains instrus (« meilleure des polices », « un chien dans ma tête », « quand la lune tombe », « nature morte », « là où poussent mes racines »...) plongent l'auditeur dans une délicieuse ambiance lunaire, dans des ruelles sombres, éclairées seulement par la lumière tamisée d'un lampadaire... Bref, pour ce qui est de l'atmosphère, l'album est une réussite, même si ce style électronique peut parfois s'avérer lassant pour certaines personnes ( comme sur le titre « non sous titré » ). Après, c'est comme toujours, une affaire de goûts.

Mais le véritable point fort de La Rumeur reste la qualité de ses lyrics. Tordons d'abord le coup à une rumeur (sans jeu de mots) qui dit qu'Ekoué serait supérieur aux autres. C'est faux. Son flow particulier lui permet de sortir du lot, mais pour ce qui est du niveau d'écriture, et c'est ce qui est le plus surprenant, les quatre MC ont des capacités comparables. Les textes construits (on sent les années d'études), le vocabulaire riche, la réflexion irréprochable, et la diction particulière, lente sèche et implacable, adoptée par les quatre rappeurs, ont pour effet de crédibiliser et clarifier leur discours, qui peut de ce fait toucher un public plus large que l'auditoire Hip Hop traditionnel. Pour ce qui est de cet album en particulier, c'est peut-être Hamé qui surprend le plus de par son niveau. Il parvient à mélanger la poésie, le hardcore, la philosophie et une réflexion historique en un même texte. Ses solos comptent parmi les meilleurs sons de l'album : « la meilleur des polices » d'abord, qui est une réflexion philosophique (peut-être inspirée de Nietzsche pour ceux que ça intéresse) sur la notion de discipline et d'acceptation de l'autorité, tout en étant une critique déguisée du système. « Un chien dans ma tête » ensuite, où il réussit la plus belle métaphore filée de l'album : un titre qui traite de son besoin, presque maladif, d'écrire, et de toute la difficulté que représente pour lui la création lyricale. Sur des thèmes moins originaux, dans un style où on les attendait plus, Ekoué et Philippe le Bavar nous proposent des solos qui restent cependant excellents : Une adéquation parfaite entre le beat et le texte pour Ekoué sur « là où poussent mes racines » et une plume descriptive presque cinématographique sur « quand la lune tombe » : une atmosphère inoubliable ! Quant au Bavar, il parvient une fois de plus (comme sur son splendide « 365 cicatrices » sur le premier album) à charger son flow d'émotion (c'est ce qui le démarque un peu des autres) et à faire pleurer sa plume sur « nature morte » : Un thème qui luit tient à c½ur, et où il s'efforce toujours de rester noble.

Sur les morceaux en groupe, où Mourad (moins présent à cause de son job) rejoint les trois autres MCs, la Rumeur est fidèle à ses idéaux, et nous propose une nouvelle palette de titres axés sur ses thèmes de prédilection : la liberté d'expression et leur manière de voir le hip hop (« En vente libre », « Non sous-titré »), la situation sociale des quartiers populaires, leur mépris vis-à-vis du rap game actuel ( comme sur « il y aura toujours un lendemain » où ils disent « Mon dieu veuillez ne surtout pas leur pardonner, ils savent très bien ce qu'ils ont fait » ), et surtout, la place de l'homme noir, la colonisation et la néo-colonisation : (« que dit l'autopsie »). Sur ce point, certains diront qu'ils ne sont pas d'accord, que le point de vue de la rumeur est peut être trop radical. D'autres le trouveront légitime. D'un point de vue purement artistique en tout cas, cet engagement ne peut que donner encore plus d'épaisseur aux lyrics et encore plus de valeur à l'album.

Pour finir, notons quelques surprises : D'abord la prise de risque à peu près réussie sur « une bande ethnique » aux influences rock. Ensuite, le featuring final qui ne convaincra pas tout le monde de par l'écart de niveau lyrical entre les artistes. Enfin, et c'est une bonne nouvelle, la Rumeur sort enfin de sa torpeur. Pour la première fois depuis longtemps, le groupe nous offre des morceaux qui, passez-moi l'expression, « font bouger la tête » : Du punch, de l'adrénaline viennent enrichir la qualité lyricale de morceaux comme « qui çà étonne encore ? » et surtout « Tel quel » au beat (enfin) fédérateur et envoûtant, où l'on peut pour une fois se laisser bercer sur l'instru scintillante.

Comme le dit le titre, la rumeur n'a pas perdu de sa rage et de son engagement, de sa passion ou de son talent. Toujours pas là pour donner au peuple ce qu'il demande (« on refuse pas de grandir, tout le contraire de la norme »), ce groupe est la preuve vivante que l'on peut être hip hop et vendre, que l'on peut être sous-produit et pourtant offrir un ensemble musical cohérent, et que l'on peut avoir dix ans d'âge sans pour autant avoir retourné sa veste et déçu ses fans de la première heure. Un très gros album



L'Ombre sur la Mesure :


Je suis l'ombre sur la mesure le violent poison
À l'écart de tous soupçons
Dans ce sombre récit dont personne se méfiera
Il s'agira de sang sur les murs au crépuscule d'une bavure
Je murmurais la haine enclavée dans les ZUP en région parisienne
L'amour comme rampart à la dérive au registre de ces âmes charitables
Plutôt naïves se perdent donne à ma palabre son caractère
Sourire Kabyle dans les artères de ma ville
Voilà à quoi l'instinct de malfaiteurs ma foi se familiarisera aux effusions sanguines

D'une trop commune routine la rue se masacre sous le ciel des damnés
N'importe quel trou du cul aujourd'hui est armé
Hier encore l'ombre d'un regard de travers sur le pavé se dissipait
Dans un silence de mort le crime désormais a la parole trop facile
Crois-moi pour qu'on en rigole de joie sous ces lampadaires qui éclairent la misère

Et si j'exagère l'obscurité la plus dense n'est jamais loin de la lumière
La plus vive mourir de ces rumeurs de peur et de paranoia à des heures tardives
Sous le tranchant de la lame d'un cran d'arrêt à vos risques et périles
Derrière les guirlandes d'acier d'une maison d'arrêt ou sur un disque vinyle

Refrain
Considère moi comme une bombe dont tu as allumé la mèche
Et qui égrène les secondes d'une saison blanche et sèche

Je suis l'ombre sur la mesure à la pointe d'une écriture
L'ombre de ces murs aux milles blessures que des bouches murmurent
Entre deux rondes de furies bleues du plus criard au blaffard d'un girofard
Je tisse ma toile noire sur des coeurs agards
Et je traîne mes guêtres sous les fenêtres de ces ruelles
Qui ont le lèpre mon coeur au fond de la cour des miracles en débacles
Sous les arcades malades où crisent les voies croisées de la faim
Et du vice je suis l'ombre cerclée de gris rouillé verouillé sur une aire
Où rien ne brille où les corps se compriment où le vue décline
Et où brigadiers fulminent regarde ces silhouettes grises
Dont les rêves gisent sur le pavé couvert de pisse
Elles poussent toutes la même porte
En crachant sur le trotoir de leur illusions mortes
Nous n'avons à perdre que nos pensées ternes
Te dire on t'aime avec le feu dans les yeux
De ceux qui sont près à tanter la diable pourvu qu'il garnisse leurs tables
Et conjurent la misère le fer et la pierre qui les enssèrent
Je suis l'hombre sur la mesure et je sature dans les graves de cette basse
Qui montent d'une cave parmis la crasse et l'éther d'une trop vieille poudrière...


Champs de Canne à Paname :


Issu d'un caillou en pleine mer
d'un petit bout de terre sur l'eau
d'une putain de colonie française
c'est clair qu'avec ces salauds
Avec ces colons sur leur bateaux
Avec Christophe Colomb et sa manie de planter son drapeau
Les Antilles furent piétinées, maintenant c'est ici que je m'esquinte
C'est froit, c'est la ville, à quand l'aller simple
Direction Mont Papillon, s'il faut je prends même un charter
bref, je prends l'air, la prise du bord de mer
Ici l'été on étouffe, entre la pollution et le bitume
Et tous les gars se retrouvent à la piscine de la commune
En guise de plages et de sable, on trouve du chlore
En guise de poissons j'attrape des saloperies au corps
C'est de plus en plus grave, c'est de plus en plus fort
Ce sentiment profond qui me pousse à renier ce décors
Du deuxième étage de mon putain de bâtiment
Encore le mal du pays, qui s'emplifie dans le ciment
Pourtant souvent je me dis chanceux
Rares sont ceux qui peuvent prétendre
Avoir de vrais proches autour d'eux
Une famille et des amis ca compte
C'est toujours eux qui me relèvent quand je tombe
Qui me guident quand je me trompe
Quand je m'écarte des sentiers battus
Quand ça trotte dans ma tête
Quand parmi toutes ces cloisons, je me sens perdu

Refrain
Et des champs de canne à Paname
J'ai le vague à l'âme
J'ai usé trop de semelles sur ce putain de macadam
Trainé mon cul dans chaque recoin, chaque rue
Des champs de canne à Paname
Flotte ce vague à l'âme

À ouais, il parait qu'on bouffe aussi du blanc
Du blanc de poulet, du Columbo de poulet
En fait, j'adore le poulet
Je le veux bien cuit, rôti, farci de son képi,
Même si je sais qu'un pays sans flicaille c'est l'utopie
Tant pis, ceux qui roulent les "r" t'emmerdent
Viens pas réveiller le ? qui dort, tu connais le proverbe
V'la le retour de baton, le revers de la médaille
Derrière la fête et les sourires se cachent des gens sans travail
Je suis pas le jeune paumé, t'inquiètes pas
L'épiderme terne qu'on m'a donné, je l'assume et je t'ai pas sonné
Donc viens pas me sonner tes conneries aux oreilles
Comme quoi l'intégration passe par nos quartiers qu'on balaye
De toute façons ici, ici ou là
là ou nos pas sont posés, si on bouge pas on restera
C'est ce qu'il faut se dire, pour la famille je respire
L'éloigner de toute cette merde, voila à quoi j'aspire
En attendant je rêve, là-dessus je paye pas d'impots
En d'autre termes envoie mon iles en photo
Pendant que maman regarde RFO
J'ai le vague à l'âme, parole de descendant de coupeur de canne
A qui t'as violé les femmes et pillé les âmes...


La Rumeur bientôt devant les tribunaux :



La Rumeur

commentaire(s)Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy poursuit en justice la Rumeur pour "délit de diffamation publique" envers la police nationale.

Cette accusation vise trois passages de l'article dénonçant 'les bavures policières' ("Insécurité sous la plume d'un barbare", paru dans "La Rumeur, le Magazine").

Ce magazine gratuit de seize pages avait été distribué en avril 2002, dans le cadre de la promotion de l'album du groupe, "L'ombre sur la mesure."

On en saura plus sur le sort de la Rumeur à l'issue du procès qui se tiendra le 12 novembre 2004 à la 17ème chambre correctionnelle du TGI de Paris.

interview la rumeur

Lors de notre premier entretien avec le groupe La Rumeur il y a bientôt deux ans, il avait déjà été largement question du procès en diffamation lancé à leur encontre par le Ministère de l'Intérieur. Plus de deux ans de procédure, d'auditions régulières, de préparation et de tension ont passé. Mais aussi deux ans de concerts mémorables à travers toute la France, avec une tournée triomphale et hétéroclite autour de "L'ombre sur la mesure". Tout ce climat était fatalement propice à l'élaboration d'un nouvel album nerveux et percutant, en prise directe avec l'actualité du groupe, ses observations et convictions : "Regain de tension", sorti fin octobre 2004, remet un certain nombre de pendules à l'heure et renvoie dans les cordes les opposants de toutes sortes, à commencer par les institutions étatiques. Et le procès a finalement eu lieu, et le procès a bel et bien été géré avec brio et la tête haute. Une épreuve d'envergure dont les soldats de La Rumeur sont sortis relaxés, et un nouvel album à la saveur toute particulière : deux raisons majeures de revenir avec eux sur une fin d'année 2004 dense et riche, selon deux axes et à l'écoute de deux témoins : Hamé, hors de cause - Ekoué, sous tension.



Hamé, hors de cause



Un peu plus d'un mois après le verdict du 17 décembre, quel regard portes-tu sur le déroulement du procès ?

Hamé : On a eu droit à un véritable procès, qui a duré cinq heures. Je me suis fait cuisiner par la juge pendant environ une heure, le passage des témoins a duré deux heures, suivi d'une suspension d'audience, puis le réquisitoire de la substitut du procureur, la plaidoirie de l'avocat de EMI - qui entre parenthèses était lamentable, les conclusions de la défense par le second de mon avocat, et la plaidoirie finale de mon avocat - une ½uvre d'art. Le tout a formé un vrai débat, pas une parodie de procès, avec les magistrats de la 17ème chambre correctionnelle qui jugent des affaires liées au droit de la presse et qui ont justement la réputation de laisser place au débat et de s'intéresser aux sujets. La justice a fait son travail et elle a entendu nos explications. On a largement eu la latitude et la marge pour déployer notre système de défense, et même au-delà du temps qu'on espérait. Nous avons été entendus, et ça s'est soldé un mois après par une relaxe, une mise hors de cause, accompagnée de conclusions très bonnes, qu'on ne pouvait pas espérer meilleures. La présidente motive la relaxe pour au moins deux raisons : d'abord en vertu du droit à la liberté d'expression, mais, aussi et surtout, parce que les propos incriminés ne sont pas infondés : au regard du passif de la police française ces cinquante dernières années, on peut effectivement dire que « les rapports du Ministère de l'Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu'aucun des assassins n'ait été inquiété ». Ca veut dire que c'est inscrit dans la justice française, et que mes propos peuvent être clamés sur la place publique par n'importe qui sans risquer de se faire attaquer, puisqu'il existe maintenant une jurisprudence en quelque sorte. Et ça il fallait pouvoir se le payer, c'est une belle victoire ! Ca ne paie pas le beefsteak, mais symboliquement c'est inédit. On a donc toutes les raisons d'être enthousiastes, et on va continuer. D'autant qu'une heure, une demi-heure, cinq minutes avant le procès, on était à des milliers de kilomètres de se douter que les choses allaient prendre cette tournure. Le tribunal, c'est le dernier endroit où j'aurais aimé me trouver cet après-midi-là. J'aurais préféré faire du tricot ou aller à la pêche. Mais il fallait affronter ça. Et avant tout, on s'est très bien défendu. Si on était arrivé à la barre en disant « nique sa mère Sarkozy, il faut tuer les flics », si on s'était défendu comme des demeurés, on se serait forcément fait épingler. On s'est bien défendu, et manifestement le climat à la 17ème chambre était favorable à entendre ce qu'on avait à dire. Après, il y a des paramètres liés à la vie politique française qui nous échappent et qui ont aussi fait que le climat était peut-être plus favorable. En tout cas, si la justice pouvait être à l'image de cette chambre-là, on aurait peut-être moins de raisons d'éructer derrière un micro.


Parmi ces paramètres politiques, il y a le fait majeur que le Ministère de l'Intérieur n'a pas envoyé de représentants. Cela vous a-t-il été expliqué ?

Hamé : Ca ne nous a pas été expliqué. Plusieurs choses étonnantes se sont passées pendant le procès. Au bout d'une heure, la juge n'a plus de questions à me poser, après m'avoir tendu quelques pièges dans lesquels je ne suis pas tombé, donc je souffle. Au terme de l'interrogatoire de la juge, mon avocat me pose une ou deux questions, puis la parole est à la procureur. Et la procureur n'a pas de questions à me poser ! « Vous pouvez vous asseoir ». Qu'est-ce qui se passe ? On arrive plus tard au réquisitoire de la procureur, qui se désolidarise. Il faut savoir que pendant la séance, oralement, la représentante du ministère public a liberté de parole, contrairement à l'écrit dans la procédure. Elle a donc le droit de se positionner, de poser des bémols, par rapport aux poursuites engagées par l'Etat. Et c'est ce qu'elle a fait. Elle a déploré le fait que le Ministère de l'Intérieur n'ait pas fourni d'avocat, et a fait comprendre sans le dire comme cela qu'elle ne roulait pas pour Sarkozy, et qu'à l'écoute des propos attaqués, qu'elle a résumés succinctement en les diluant un petit peu, ce n'était pas l'institution en tant que telle, ou le principe-même de l'existence de la police, ou l'honneur de tel ou tel individu qui se trouve être flic, que j'avais cherché à bafouer, mais que mon article, qui se situait dans la problématique de l'insécurité observée d'un autre point de vue, traitait des violences illégitimes de la part de représentants de l'Etat, qui bénéficient manifestement d'une certaine clémence de la part d'une justice à deux vitesses. Je me suis retourné vers mon avocat en lui disant que je ne savais pas qu'on avait un troisième avocat de la défense ! Mais j'ai capté par la suite, ce sont des choses qui nous dépassent un peu... Un procès, c'est ce qu'il se passe à l'intérieur de l'audience, et ce qu'il se passe à l'extérieur, en amont et en aval. Je présume qu'à l'extérieur, étant donné qu'il s'agissait d'une plainte de Sarkozy au nom du Ministère de l'Intérieur, son successeur, qui ne roule pas pour les mêmes intérêts, a peut-être eu la volonté de le planter... Mais notre défense était dans tous les cas bien construite et irréprochable. Mon credo était « ce qu'on défend et ce que j'ai écrit, c'est légitime, j'ai raison, la dignité, le « bon sens » sont de mon côté ». C'est ce que je me disais en permanence. Et il fallait que je le démontre, non pas en n'assumant pas les propos et en jouant sur les mots, mais en les réitérant, et en les creusant.


Comment as-tu choisi tes témoins, et comment avez-vous préparé la défense ?

Hamé : C'est très simple : dans ma bibliothèque, j'ai plusieurs livres sur la question, de cinq ou six auteurs qui m'ont aidé à me bricoler une conscience politique. Il fallait faire appel à des gens en mesure de corroborer et d'étayer mes propos, de m'aider à montrer que ce n'était pas une lubie de ma part, que je ne m'étais pas levé un matin en me disant « je vais déshonorer la police ». Parce que ce ne sont pas mes propos qui déshonorent la police, c'est la police qui se déshonore elle-même, par toutes les saletés et les cadavres qu'elle a dans ses placards. Il fallait trouver des témoins non seulement d'accord avec cela, mais qui soient également en mesure d'amener des éléments probatoires ; parce qu'un témoignage de moralité, ça n'est pas intéressant car ça n'est pas l'enquête : tout le monde peut en faire, c'est de l'ordre de la subjectivité et ce n'est pas marqué du sceau de l'impartialité. Et c'est facile d'être subjectif et passionné par rapport à cette question. J'ai donc voulu amener à la barre des gens qui sont dans un autre registre que le mien. Je me suis chargé de la passion pendant une heure, et je n'avais pas besoin d'amener des militants du MIB - même si je les avais contactés. J'avais besoin de gens qui amenaient concrètement des faits, non des jugements de valeur. C'est le cas de Maurice Rajsfus, qui est un historien de la répression, qui a entre parenthèses une histoire bien particulière - c'est un enfant de la rafle du Vel' d'Hiv, donc raflé par la police française, qui a transité avec sa famille par Drancy et a été miraculeusement rescapé alors que toute sa famille a péri dans les camps d'extermination ; il a un titre qui permet qu'on prenne au sérieux ce qu'il avance, puisqu'il a largement enquêté sur la question des violences policières. Erik Blondin nous a également amené des faits : il est gardien de la paix et il est venu témoigner de ce qu'en 25 ans de carrière il a pu constater dans ses services de la part de ses collègues baveurs - humiliations, brutalités. Il a eu le courage de venir le dire, parce qu'il faut savoir ce qu'est l'esprit de corps dans la police ; ce type a des couilles. Puis Pierre Tévanian et Saïd Bouamama pour un état des lieux au sein des quartiers populaires sur le rapport jeune-police. Fabien Jobard a quant à lui été magistral pendant quinze minutes - c'est un chercheur au CNRS très talentueux qui travaille sur la police et qui contrairement à Maurice Rajsfus a accès aux archives d'Etat, ce qui fait de lui un témoin très précieux. Quand je leur ai proposé, tous ont rapidement accepté de témoigner ; il y avait après un équilibre à trouver entre tous : quand un témoin entre dans une salle d'audience, il arrive à froid dans une atmosphère à chaud. Il est à part et n'a aucune connaissance de ce qui a été dit, et il est balancé dans l'arène. On a donc fait en sorte, par rapport à ce qu'ils étaient censés dire et par rapport aux questions que mon avocat avait à leur poser, que tout s'emboîte bien, en essayant d'éviter la redondance : chacun avait un terrain d'intervention pour qu'il y ait une vraie complémentarité. Et ça, on l'a bossé. On a construit une vraie stratégie de défense.







Es-tu satisfait du traitement de l'affaire par la presse ?

Hamé : Oui, il m'a satisfait. Après les gens écrivent ce qu'ils veulent et ça ne nous appartient pas... Cependant, favorable ou pas, ce que je constate c'est que notre affaire a eu moins de retentissement dans les grands médias de masse - notamment la télévision. Aucun 20 heures n'a couvert cette affaire ; je me suis demandé pourquoi, parce qu'on a tout fait pour que les gens soient au courant - notamment en bombardant l'AFP de dépêches. Peut-être que c'est parce qu'on n'est pas dans l'affiche très manichéenne, avec d'un côté les sauvageons qui insultent, et de l'autre les gentils policiers qui ont un travail dur et dont l'honneur est bafoué. La problématique était plus complexe que ça, trop complexe pour certains médias. On a apporté la preuve qu'il y avait des centaines de morts au passif de la justice française sans que les assassins aient été inquiétés. Ce débat n'avait pas aujourd'hui à atterrir sur la place publique - je veux dire la vraie place publique, c'est-à-dire la télé, le vrai média qui bourre le mou des gens.


Si la problématique était trop complexe pour lui, Fogiel dans son émission « On ne peut pas plaire à tout le monde » a pour le coup essayé de la ramener à une opposition manichéenne d'écervelés.

Hamé : Oui, on était inassimilable à ce format. Il aurait voulu qu'on lui fasse du Stomy ou du Joey Starr, qu'on s'énerve et qu'on commence à monter sur nos grands chevaux. On n'est pas des bons clients pour ça.


Alors pourquoi y être allé ?

Hamé : Parce qu'il nous paraissait judicieux, important, stratégique de donner une visibilité au procès trois jours après, en période de délibéré, ainsi qu'une visibilité aux projets de La Rumeur. Je ne suis pas masochiste, mais mettre à l'épreuve notre capacité à nous défendre face à notre antithèse, ce n'est pas déplaisant. Je pense qu'il faut qu'on soit capable de porter cette contradiction jusque là, même si bien-sûr en dix ou quinze minutes on n'a pas fait de hold up : Fogiel a dix ans de vice télévisé, il détient les codes et les règles. Mais on n'est pas allé là où il nous attendait, on n'a pas joué le rôle qu'il espérait nous voir jouer. Dans la manière de poser ses questions, il t'envoie toute la saleté, il te renvoie à l'image de l'ennemi intérieur : tu es homophobe, antisémite, terroriste, délinquant, sexiste, la totale. Il me faudrait un quart d'heure en me laissant parler pour que je commence à inverser ou à me redessiner un autre visage ; mais si on part là-dedans, on oublie le procès, on fait le show. C'est du direct, il faut réfléchir très vite : soit j'emboîte le pas, soit je me sors des cordes, je laisse passer la tempête et on revient sur le procès, sachant qu'on est en délibéré, et que même si ça sentait bon la relaxe après l'audience, on ne criait pas victoire. Ce qui ne m'a pas déplu, c'est qu'ils ont aboyé, ils ont éructé, ils ont essayé de nous pousser dans nos retranchements, genre « vas-y, dis nique ta mère ! » ; mais non, il ne faut pas se comporter comme l'idiot à qui on montre la lune du doigt et qui regarde le doigt. Tranquille, on vient de se coltiner un procès de cinq heures, alors ton émission c'est du pipi de chat. L'essentiel est qu'on ait parlé du procès. Il nous coupait à chaque phrase, mais c'est dû au format de la télé : c'est le média de l'immédiateté, des idées simplistes, des slogans, ce n'est pas le média de l'analyse et de la mise en perspective. Son émission pue la France rance, mais c'est une question de stratégie : à un moment donné, il faut qu'on communique, qu'on informe. Et ce malgré toute la crasse qu'on veut nous mettre sur le dos avant même qu'on ait ouvert la bouche, malgré tous les obstacles à ce qu'on entende la légitimité de notre volonté de mettre en accusation une certaine tradition française ou l'Etat français ; puisqu'on est d'avance suspect, ce qu'on va dire est déjà quelque part illégitime, parce que tu es quelque part la cinquième colonne Al Qaida, quelque part crameur des meufs dans les caves, quelque part antisémite. Et ça, c'est quelque chose sur quoi il va falloir batailler ferme ; quand on va dans ce genre d'émission et qu'on se retrouve face à ça, même si c'est du spectacle, ça ne me fait pas rire, parce que tu as le pouls de la manière dont l' « opinion » a été travaillée. Fogiel est venu nous voir pendant vingt minutes à la fin de l'émission, et il nous a dit en substance « je dis ce que les gens ont envie d'entendre, je surfe sur leurs clichés ».

Je ne veux pas jouer les oiseaux de malheur ou prophétiser l'apocalypse, mais il y a quelque chose de très dangereux derrière ça. Ce que je crains, c'est que les élites politiques, médiatiques et économiques nous aient construit - et d'année en année, il y a des campagnes idéologiques qui vont dans ce sens-là - les différentes facettes de l'ennemi intérieur, et une nouvelle figure du sous-homme. Quand tu es affublé de mots comme « sauvageon », « barbare », « cafard », quand sous prétexte de lutte contre les fondamentalismes et pour la laïcité, c'est la xénophobie qui s'exprime... Parce qu'il ne faut pas se leurrer, l'islamophobie est de l'arabophobie ou de la négrophobie déguisée ; l'affaire du voile a été le prétexte à toutes les pires saletés, et on n'était pas dans l'opposition bouffeurs de curés contre aristocratie ou clergé, mais dans un truc super réactionnaire. Il y a aujourd'hui un consensus sur le fait qu'il existe un ennemi intérieur, un bouc émissaire désigné. Depuis que j'ai ouvert mes yeux d'enfants, je ne me suis jamais retrouvé face à une image renvoyée aussi dégradante et dégradée. Et si demain, une grave crise ébranle l'économie française et qu'elle perd vingt places dans l'échelon des puissances économiques, entraînant organiquement une crise politique et sociale, je pense que c'est le prélude à des persécutions voire à des massacres de masse. Historiquement, tous les grands massacres de masse sont intervenus dans des périodes de crise sociale, économique et politique, et les catégories de la population qui ont subi ces massacres et ces persécutions ont été des mois et des années en amont l'objet de représentations, de constructions et de discours qui tendaient à les exclure de l'humanité. Ca a été vrai pour la traite négrière, pour les Indiens, pour les peuples colonisés, pour les Juifs, pour les Tutsis : avant d'être tués et massacrés comme des sous-hommes dans la réalité, ils ont été tués dans les représentations et dans les mots. Et ce ne sont pas des représentations et des mots qui émanent d'individus isolés ou de groupuscules extrémistes en marge, ce sont des représentations et des mots qui sont le fruit d'instances et d'institutions irrécusables et qui par conséquent deviennent vrais, légitimes. En ce moment, le début de cela se dessine. Et je ne rigole pas avec ça.


La collusion média-politique que tu évoques est particulièrement sensible quand quelqu'un comme Fogiel vous dit finalement que vous n'avez pas à vous plaindre, puisque l'issue du procès vous est favorable... en oubliant par là même que toute l'histoire part d'une plainte déposée par le Ministère de l'Intérieur !

Hamé : Oui, et de tout le climat. C'est pour ça que je tenais à insister sur le climat, sur le contexte dans lequel on avait écrit l'article, sur l'hystérie que ça a généré. Fogiel est à la fois symptomatique et anecdotique. D'un côté, il est à l'image de cette France rance qui malheureusement se fait bourrer le mou et gobe tout cru ce qui lui est projeté par la télévision. Et d'un autre côté, il a tenu son rôle, et à la limite tant mieux : on n'y était pas allé pour le convaincre, mais pour faire tâche, et pour nos intérêts. Et au final c'est positif. Maintenant, on fait du rap et on n'a pas d'autre intention ; je fais du rap, j'ai envie de m'épanouir là dedans, de monter sur scène, d'écrire des chansons. Pendant un an et demi, on a fait 70% de non-artistique : s'occuper du procès, du label, du magazine, du site internet, boucler la fin de tournée, et on est tous dans le groupe plus ou moins manager. Mais quand tu es dans le bain et qu'il est à 100 degrés, tu es obligé de bouillir. Maintenant j'en ai un peu le ras-le-cul : j'aimerais écrire des textes, lire, m'instruire, me cultiver, voyager. Mais bon, on a la pêche, on n'est pas des pleureuses, on pète un coup et la vie est belle ! Et surtout, on se retrouve aujourd'hui là où on voulait être : on a tous l'impression de ne pas avoir trahi nos rêves de gosses.


Ekoué, sous tension



Dans Les mots qui me viennent, tu dis « Je ne suis que le porte-parole de la mienne », ce qui peut surprendre pour un rappeur et a fortiori pour un membre de La Rumeur.

Ekoué : Je considère que dans le rap, il est essentiel de parler en son nom. C'est l'essence même de cette musique : une personne avec un micro face à une autre personne. Je suis un homme avec un tas de questionnements, qui assume ses contradictions, qui essaie d'apporter des esquisses de solutions, qui a des certitudes, des doutes, des failles. Je suis une palette de tout cela, et cette palette émane de ma propre personne et de mon environnement,. Et c'est la même chose pour les autres membres du groupe. C'est ce qu'on appelle ne pas mentir, parce que le rap, c'est une radiographie de ce que tu es réellement. Personnellement, je parle de nous, de notre expérience, de ce qu'on a appris de nos modestes trente ans, et je ne rentre absolument pas dans une posture de leader ou de donneur de leçon.


A plusieurs reprises dans l'album Regain de tension, vous prophétisez l'émeute, un noircissement des m½urs, une patience qui ne durera pas. Faut-il y voir l'expression d'un souhait ou d'une menace ?

Ekoué : Des deux. D'un souhait et d'une menace. On parlait récemment des syndicats de routiers qu'on a menacés de retrait du permis de conduire s'ils en venaient à des mobilisations persistantes. Face à ce genre de situation, je ne vois pas d'autre alternative que de descendre dans la rue et de tout casser. A l'heure actuelle, ces états de fait s'accumulent. Et le fait que Hamé ait été attaqué en justice pour l'article « Insécurité sous la plume d'un barbare » nous conforte d'autant plus dans cette position : se faire attaquer pour un texte aussi référencé, aussi écrit, avec des véritables données sociologiques, c'est une infamie. Si aujourd'hui tu n'as pas le droit de dire cela et de surcroît en ces termes, je pense que c'est une situation qui nous conduira au chaos, aux émeutes. Quand un jeune se fait buter par un flic, je ne suis pas pour la conciliation, à plus forte raison quand tu peux déjà anticiper le résultat du verdict, qui va rarement dans le sens des victimes.


Dans L'encre va encore couler, tu dis « Trop de savoir est dangereux tu n'imagines même pas ».

Ekoué : Oui, bien-sûr. Enfin, modestement, parce qu'on a encore besoin d'instruction : à trente piges, on n'est pas des êtres construits, et avec nos années de galère on a accumulé pas mal de retard. Mais à partir du moment où tu sais, où tu es sur le chemin du savoir, tu déranges. Quand tu sais un minimum de quoi tu parles et que tu t'assois sur des positions non consensuelles, qui ne vont pas dans le sens d'un certain point de vue officiel ou institutionnel, tu deviens subversif. Tu ne déranges pas quand tu mises tout sur l'attitude ; ça, ça fait rire.


Pour continuer sur les citations, tu te dis « Heureux dans [ton] cliché » dans le titre Les mots qui me viennent.

Ekoué : L'image qu'on nous renvoie de nous-mêmes, on a fini par vivre avec. Vous nous voyez comme des mongols écervelés avec une casquette de travers, qui carottent derrière un micro ? Tant pis, je ne chercherai pas à vous prouver le contraire. Ce cliché-là, il me convient, je l'assume. Même si je sais dans mon for intérieur que je ne suis pas comme ça, je n'ai même pas envie de me battre contre. C'est comme ce fameux débat « oui, vous êtes des rappeurs, vous critiquez le système, alors pourquoi vous portez des Nike ? ». Tu veux qu'on se tricote des pulls en laine ? On n'est pas en dehors de la société de consommation, on en bouffe tous les jours, et je suis consumériste comme n'importe qui. Je ne suis pas un exemple de vertu, et dans nos disques comme dans les propos qu'on peut tenir ailleurs, il y a des choses qui ne vont pas dans le sens de la morale et qui peuvent déplaire. Mais aussi d'autres qui sont plus constructives.


L'existence de ces deux facettes est claire dans Regain de tension, et c'est sans doute tant mieux car le côté plus « violent » de La Rumeur n'avait semble-t-il pas toujours été bien perçu par certains dans L'ombre sur la mesure, qui ne retenaient que Le cuir usé d'une valise.

Ekoué : Tout à fait. Je considère qu'on a tout dit dans L'ombre sur la mesure : c'est un album qui a été très scénarisé, où on s'est mis dans l'esprit d'un cinéaste. A cette époque-là, je matais du Parrain à longueur de journée, j'étais à fond dans l'univers film noir et mafieux parisien. Et le jazz accompagnait très bien certains de nos récits, comme Le cuir usé d'une valise ou Moha par exemple. L'album a été conçu sur un ton assez posé, et on y a insufflé beaucoup de dignité. Mais Regain de tension est l'½uvre dont je suis le plus fier. Dans cet album, il s'agit avant tout de dire ce qu'on est : on n'est pas que des mecs qui peuvent faire des belles métaphores et de la belle poésie, on est aussi des gars du bitume, des enfants des cités qui assumons nos passés de caillera. On est plus enclin à une perspective quotidienne : on n'est plus dans l'histoire, on est dans le concret, dans l'actuel. Donc on aboie beaucoup plus. Et puis il y a eu l'affaire, le procès : quand on voit qu'on se fait attaquer pour ce genre de choses, par moment on a envie de dire « prends ça dans ta gueule, prends toi un Soldat lambda, prends toi un P.O.R.C. ». C'est vrai que ça déplaît à une certaine presse, mais tant mieux. Quand je vois que Libération en dit que c'est un pamphlet de haine froide... très bien ! Si Regain de tension n'est pas au goût de Libération, tant mieux, ça écrème. Ce qui me déplaisait dans la réception du premier album, c'était le côté ambigu, hétérogène. Il y a eu des gens de SOS Racisme ou de Ni putes ni soumises qui nous ont dit qu'ils adoraient nos textes, alors que ces gens-là représentent tout ce qu'on déteste. Au moins, avec Regain de tension, les choses sont claires.







Quand Philippe dit « Si c'est faux dans les accords, peu importe si ça matraque fort », on tient peut-être là une belle définition de la musique de La Rumeur.

Ekoué : Exactement. Des fréquences stridentes, un son qui agresse, des paroles qu'on n'aime pas entendre, une certaine fierté populaire, une haine froide, parfois très immorale et hardcore ; et une démarche qui va de soi, parce que si La Rumeur commence aujourd'hui à prendre de l'ampleur à tout point de vue, en pérennisant un travail de longue haleine, c'est un succès qu'on a arraché par la force de nos concerts, de nos ateliers d'écriture et de nos magazines. Ca c'est un succès underground, et en plus en indépendant – même si l'indépendance en soi ne veut rien dire. L'important reste la démarche et le propos.


Philippe parle de « ces trois centimètres carré de voile [qui] plongent dans la psychose ». Dans le « débat » sur le port du voile à l'école, on a pu voir la grande difficulté qu'il y avait à s'opposer à cette loi par principe (de liberté, d'éducation pour tous), puisque le fait religieux était immédiatement ramené sur le tapis, et a largement occupé la discussion alors qu'il n'était pas un aspect essentiel du problème.

Ekoué : Ce qui est vraiment pervers dans ce débat, et ce qui m'attriste vraiment, c'est qu'au-delà de toute polémique et de toute considération religieuse, on s'en prend à des jeunes filles qui vont à l'école, qui sont sur le chemin du savoir et de l'instruction. A partir du moment où on ferme la porte à des gens parce qu'ils ont des signes religieux apparents, je pense que c'est le début de la fin. Personne n'a posé cette question, qui me paraît essentielle : quel sera l'avenir de ces jeunes filles qui n'iront pas à l'école ? Constituer des générations de femmes de ménage ? Bien-sûr qu'il y a des filles qu'on force à porter le voile, mais il y a beaucoup de nuances entre les extrêmes, et il y a aussi des gens en France qui ont une vraie conception progressiste de l'Islam. On nous a fait croire que nos grands frères étaient des vendeurs de came, que nos parents étaient des irresponsables, et maintenant on nous fait croire que ces jeunes filles voilées incarnent l'ingérence des pays du Moyen-Orient et du Maghreb en Occident, et l'islamisation des banlieues et de l'espace public et laïc. On a fait une grande psychose là-dessus, et voilà où ça nous a mené.


Vous avez rencontré Mehdi Ba (éditeurs aux Arènes et auteur en 1994 de Rwanda : un génocide français) et publié dans votre magazine un entretien avec lui à propos de l'implication française dans le génocide tutsi. Selon toi, qui aujourd'hui parle le mieux de l'Afrique ?

Ekoué : Déjà, oubliez ce fils de pute de Stephen Smith et son Négrologie, pourquoi l'Afrique meurt, cet espèce de Monsieur Afrique à la bonne conscience de la gauche P.S., ancien journaliste de Libération, qui t'explique grosso modo que les Africains ont un petit cerveau et que s'ils sont dans la misère, c'est qu'ils l'ont bien voulu, et que si les Japonais avaient été en Afrique ce serait la première puissance économique mondiale. Ces livres bourrés de clichés et d'amalgames voilés par une science du verbe et une rhétorique, ce sont de véritables pourritures extrêmement dangereuses. Parmi ceux qui parlent bien de l'Afrique, je citerais Mehdi Ba, Saïd Bouamama qui a écrit des choses qui m'ont semblé très intéressantes sur l'Algérie, quelques écrits de Jean Ziegler, Jacques Vergès qui a un point de vue sans équivoque sur la question, François-Xavier Verschave qui a vraiment des couilles et qui dit les choses telles qu'elles sont, alors qu'il y a un verrou et une désinformation totale dès qu'on traite de ces sujets qui touchent directement à des questions de néo-colonialisme. Moi, je suis d'origine togolaise : le Togo est une des plus vieilles dictatures du monde, celle de Gnassingbé Eyadéma depuis plus de quarante ans, installé directement par des Français et nourri par tous les réseaux Françafrique. Il faut dire ces choses-là. Et il n'est pas normal que ces analyses se bornent à des journalistes, des universitaires ou certains artistes : j'attends qu'un représentant politique parle en ces termes.



PHH : Quels sont vos clips programmés actuellement à l' antenne ? Allez vous en tourner d'autres ?



Hamé (La Rumeur) : Actuellement on en a fait trois : le cuir usé d'une valise, l 'ombre sur la mesure, et le coffre fort. Ils ont tous été diffusés avec ou sans préachat. Même si le cuir... a été le plus joué. A l'origine un seul clip devait être réalisé avec un budget donné. On a décidé d'en faire trois avec ce même argent. Peut-être un prochain clip puisque le pari a été réussi avec ces trois là...mais c'est pour l'instant pas à l'ordre du jour, tournée et enregistrements de nouveaux titres inédits obligent.




PHH : Pour ma part, c'est surtout votre manière de travailler qui m'interpelle, je voudrais savoir si quand tu écris, tu t 'attaches plus aux mots ou aux idées. Est ce un enchaînement de mots ou vous partez d'un thème bien précis pour aller vers les mots ? Quel est le sens : des mots vers les idées ou du thème vers les mots (en sachant que certains mots reviennent souvent dans le vocabulaire un peu sombre) ?



Hamé (La Rumeur) : Depuis le début, on essaie d' imposer un certain univers, de dégager de ça une identité forte. C 'est vrai pour les textes, la musique, la manière de rapper. C' est vrai qu 'on a un certain champ lexical, y a des termes qui reviennent aussi inconsciemment. Cela jaillit assez naturellement, avec les outils terminologiques que l'on a, on essaie d 'exprimer ce qu 'on pense avoir compris de notre vécu et du monde qui nous entoure. On s'efforce de mettre le doigt où ça fait mal, et après on donne de l' ossature, de la chair et on essaie de rendre le tout le plus organique possible, d'incarner nos textes et nos instrus. Il n ' y a pas d 'échelle de priorités, ce n 'est pas aussi rationnel, industrialisé. L' album est révélateur aussi de notre état psychologique et matériel, d'une certaine période de notre vie, de certaines tensions qui nous traversent.



PHH : Donc ce n 'est pas pensé mais il existe quand même des schémas identitaires ?



Hamé (La Rumeur) : C'est sur, comme tu l 'as dit l 'album est assez sombre, c'est révélateur de l 'atmosphère qui règne dans le groupe, de notre regard sur la réalité et la société. Ce n 'est pas angoissé, juste pessimiste.




PHH : On a l'impression qu 'il existe réellement un choix des mots, que vous faîtes même un important travail sur la langue française.



Hamé (La Rumeur) : On a un soucis de travailler sur le verbe, en toute modestie, de développer un intérêt poétique et littéraire. On a été à l 'école, Ekoué est encore à la fac, moi j'ai fait six années de fac... On a tous grandi dans des cités ou quartiers ouvriers, mais on a à notre disposition des outils et des instruments pour enrichir notre pensée...On est des maniaques du terme précis pour l 'idée précise.




PHH : Oui, d 'exploiter la langue au maximum...



Hamé (La Rumeur) : Oui, on a cette espèce d'obsession, si deux mots existent pour désigner un seul et même objet, c'est qu'une nuance existe entre ces deux mots, une nuance peut alourdir ou adoucir. Donc, on a ce soucis du verbe, en oubliant pas le dénominateur commun qui est notre univers.




PHH : Avez vous été influencés par certains auteurs, que ce soit dans la musique, la littérature ?



Hamé (La Rumeur) : Oui, forcément. Personnellement, j'ai mes livres de chevet.
Ca va de Kateb à Jean Genet, de Mahmoud Darwich à Lautréamont et beaucoup de littérature anti-impérialiste et Tiers Mondiste, Frantz Fanon, Aimé Césaire pour son procès du colonialisme, Néruda...et bien d'autres.
On est des bouffeurs de bouquins dans la Rumeur, et tous les minots qu' on rencontre dans les ateliers d'écriture, on leur dit d'aller bouffer du livre. Ceux qui vous diront n'avoir jamais mis les pieds dans une bibliothèque et malgré ça pouvoir faire du rap, tant mieux pour eux mais ça n'a pas beaucoup d'intérêt....c 'est une forme de poésie le rap...J' ai besoin de me nourrir de ce que d 'autres ont écrit, même si ils ne sont pas du même horizon que moi, des gens qui ont parlé avec des plaies ouvertes à vif, parce que c 'est de ça qu 'on parle, de ce qui nous fait mal, ce qui nous tue, hier comme aujourd'hui. Et de notre besoin d'y résister et de combattre. Cet album est aussi un règlement de compte avec le mépris.




PHH : C'est quelque chose qui revient souvent...( décolonisation, tiers monde )



Hamé (La Rumeur) : Ce sont des choses qui sont encore vivaces dans les souvenirs familiaux et dans notre société actuellement. En fait, c 'est le tabou qui est encore très vivace.




PHH : C'est aussi le pays tout entier qui a du mal a faire table rase du passé, a tout mettre bien a plat...



Hamé (La Rumeur) : Oui, regarde dernièrement, Massu ( général connu pour son intervention dans la bataille d 'Alger ndlr ) est mort et on l 'a célébré en grande pompe...



PHH : Surtout que comparé aux Etats Unis avec le Vietnam, on a peut être pas assez fait d ' examen de conscience, il n ' y a qu'à voir le nombre de films faits sur les deux conflits...



Hamé (La Rumeur) : C'est moins l'examen de conscience que la justice dont on a besoin. La France était une puissance coloniale et elle le reste. Dans les ½uvres génocidaires dont elle se rend complice directement sur le continent africain et aux caraïbes aujourd'hui encore (Rwanda, Haïti, Commores). Qu'elle fasse son examen de conscience tant mieux pour elle si ça peut l'aider à mieux vivre et regarder en face ses crimes...personnellement je m'en fout. Si elle souhaite se faire pardonner , qu'elle retire toutes les bases militaires de nos pays, et que Elf Gabon par exemple décampe. Ce qui m'importe c'est que les peuples qu'elle écrase et qu'elle affame aujourd'hui par dictatures interposées, accèdent à leurs propres richesses et décident librement et souverainement de leur avenir.



PHH : Par rapport aux plus jeunes, est ce que vos textes ne les conduit pas à rechercher la signification de certains mots, de faire une démarche personnelle pour comprendre? Ou alors pensez vous être trop compliqués dans votre approche et ne pas être compris de tous?



Hamé (La Rumeur) : On écrit pas pour nous mêmes, pour s'écouter, c'est un sentiment que l'on ignore et que l'on combat. Parfois, j'ai le défaut d' être trop opaque, l 'impression qu 'il n 'y a que moi qui me comprend. Le nombre de textes qu'on a jeté... En fait, c 'est une question de dosage, on ne recherche pas une belle écriture, mais une écriture juste, on est pas des esthètes. C 'est un dosage entre le truc qui est accessible au premier abord et celui qu il l 'est moins, entre des vers plus crus et d'autres plus tissés, plus suggérés. C'est un équilibre à trouver, je ne dit pas qu 'on l'a toujours trouvé, mais c'est un vrai travail ! Et puis, on a horreur du consommable et jetable, du « chiable » dans l 'heure qui suit ; quand je réécoute les autres gars de la Rumeur, j 'aime bien redécouvrir les phrases, ou me rendre compte que j' avais compris des trucs de travers. C'est une relecture à chaque écoute, ce sont des degrés de lecture différents.



PHH : Mais tu n'as pas peur d' être inaccessible de par la complexité de vos textes pour ceux qui en ont peut être le plus besoin ? Est ce un effort que certains ont à faire ou vous qui êtes à un niveau trop au dessus ?



Hamé (La Rumeur) : On est ni des professeurs, ni des moralisateurs, seulement des pédagogues parfois en atelier d' écriture. Des mômes de 14-15 ans qui tombent sur nos lyrics, et qui vont zapper immédiatement parce que pour eux c'est du chinois, on ne peut pas les combler ou apporter des mots sur leur vies, même si j'ai eu des surprises en atelier ( pourquoi tel mot ou tel refrain a telle place etc..). On se pose la question de comment nos textes vont être perçus par le public, mais on ne veut pas faire de nivellement par le bas. La question pour nous est comment susciter l'imaginaire, sans sacrifier notre souci de rendre au rap ce qu' on lui a pris et l 'amour des mots. Mais on est conscients que notre public n'a pas 14 ans, que notre album est un peu plus « adulte » que la moyenne.



PHH : Beaucoup d' ados prennent cependant parfois les textes d'autres rappeurs au pied de la lettre, se laissent bouffer le crâne...



Hamé (La Rumeur) : Oui, mais on a pas la prétention de rivaliser avec eux, d' adapter nos textes aux 10-18 ans. Et puis certains s'intéresseront. Ceux qui achètent nos disques ( 40000 pour l 'ombre sur la mesure ) sont d 'une génération plus âgée en général.



PHH : Penses tu que l' écoute de votre album se fait de manière plus solitaire, avec un casque, tranquillement ?



Hamé (La Rumeur) : Il y a de ça, oui. Mais on a essayé de développer un aspect visuel aussi, de mettre le verbe au service de l'image, de ne pas être trop cérébral également. Cela nous est arrivé parfois, mais cela reste de la musique, il faut que ça sonne bien à l'oreille ; ensuite tu peux te plonger dans le livret, mais l'essentiel est de bien sonner. Mais pour ceux qui passent à travers les textes, ils y reviennent ou non, mais nous on ne peut pas faire en dessous.



PHH : Est ce que des jeunes viennent vous voir en disant « tiens grâce à vous j 'ai compris tel ou tel mot ou je me suis renseigné sur le métro Charonne », etc , crois tu que cela ouvre des consciences?



Hamé (La Rumeur) : Oui, oui, après la sortie du maxi, mais on confond souvent la manifestation pacifiste d' octobre 1961 (et le massacre de dizaines d'Algériens entre autre au métro Charonne) et la manifestation des organisations françaises de gauche contre la guerre d ' Algérie qui a dégénéré en février 62. En 61, pendant le couvre feu instauré par Papon (préfet de police de Paris),des dizaines de milliers d'Algériens descendent des bidon-villes et taudis banlieusards vers Paris pour l'Algérie indépendante. Face à eux quelques milliers de crs, gardes mobiles et gendarmes ferraillés jusqu'aux dents dont les ordres venant du plus sommet de l'Etat (et pas seulement de Papon) sont de réprimer absolument cette « honteuse provocation au c½ur même de la capitale ».
Cela va déboucher sur le plus gros massacre ouvrier à Paris depuis la commune de Paris , au vu et au su de tout le monde. Ensuite, chape de plomb pendant trente ans. Maintenant, des historiens en ont parlé, des documentaires ont été faits. Ensuite, en ce qui concerne la manifestation des organisations de gauche française contre la guerre d 'Algérie et l'envoi de soldats français dans les « djebels », il y a eu 8 morts (Français), et dans la conscience collective, cette événement occulte tout de suite octobre 61. 500000 personnes sont descendus dès le lendemain dans la rue pour les 8 morts et à juste titre. Mais les centaines d'Algériens jetés à la Seine, pendus dans le bois de Vincennes, torturés dans tous les commissariats parisien...rien. Comme si une vie, une mort ne pesait pas du même poids selon qu'elle est arabe ou blanche...
Donc, dans on m' a demandé d' oublier, je parle du 17 octobre 61, et on m'a souvent demandé à quoi je faisais allusion, c'est à ça en fait, cette partie de l' histoire de France. Mais pour moi, mon histoire est celle de ces hommes et femmes qui se sont battus pour que les générations futures vivent mieux, relèvent la tête et fraternise, c'est cette partie de l' histoire que je veux de m'approprier.



PHH : Tu essaies de faire un certain travail de mémoire, en somme ? Parce que là, on parle d' Algérie, mais on pourrait parler des massacres au Cameroun, de l' ancienne Indochine...



Hamé (La Rumeur) : De Madagascar, ou du Congo... Partout, on peut en parler, comme le Rwanda, un génocide vite fait bien fait...



PHH : Et sur l' Afrique d' aujourd'hui ? Vous vous y intéressez, vous lisez ( comme la Françafrique, l' ouvrage de Verschave ) ?



Hamé (La Rumeur) : Je préfère Ludo Martens à Verschave. Mais bon.
On a une sensibilité marquée par l'anti- impérialisme, l'anti-colonialisme, on est de ceux qui pensent que les liens coloniaux ont été reformulés après les indépendances, il n ' y a qu'a voir ce qui se passe en Côte d ' Ivoire actuellement. On a un regard sur l' Afrique, mais on se préoccupe également de ce qui se passe en Irak ou encore au Venezuela. On sait que ces histoires sont liées aux appétits carnassiers des grandes puissances, ils nous font avaler ce qu'ils veulent. Ce sont les mêmes schémas partout, avec des spécificités selon les pays, mais les rapports dominés -dominants sont toujours les mêmes. Partout où il y a d'immenses réserves énergétiques, il y a des conflits (Algérie, Angola, etc... ). On suit beaucoup l' actualité géopolitique, et cela revient souvent dans nos discussions, on est animés par ça, le regard sur l' Afrique, sur les autres et sur le monde...



PHH : Ca change des égotrips ou des visions nombrilistes de certains...



Hamé (La Rumeur) : En fait, on est inspirés par trois axes dans nos textes : l' histoire et l'actualité internationale ( 365 cicatrices, écoute le sang parler, les petites annonces), notre condition d'enfants d'immigrés en France et notre vécu de quartier ( 20000 lieux de la mer, je connais tes cauchemars), et la Rumeur dans l'industrie du disque ( le prédateur, l' ombre sur la mesure). Ce sont trois facettes de ce que l'on essaie d' apporter.




PHH : Est ce difficile de se renouveler en ce qui concerne l' élaboration des textes ? Vous arrivez à écrire en trois heures ou cela vient lentement ? Est ce l'inspiration pour écrire qui est la plus difficile à trouver ?



Hamé (La Rumeur) : Il y a une période de gestation assez longue, le plus difficile est de diversifier la palette des couleurs au sein d'un même univers, on a souvent tendance à être récurrents, à décliner des thèmes sous des angles pas forcément différents. Ecrire des textes foncièrement nouveaux est difficile, depuis la sortie de l' album on a juste griffonné quelque ébauches. Depuis six mois, j 'essaie de m'alimenter en voyageant et en rencontrant des gens. J'essaie de prendre du recul, de lire, de discuter, de m' oxygéner pour éviter la consanguinité, en plus, je travaille à coté.




PHH : Tu n'es donc pas un professionnel de la musique, tu dois travailler à coté ?



Hamé (La Rumeur) : Oui, même si ça commence à aller un peu mieux pour nous.




PHH : Et l' album, il est remboursé, il fallait en vendre combien pour ça ?



Hamé (La Rumeur) : 20000 environ. Notre budget de production a été assez faible, d ' habitude c'est 1 ou 1,5 millions de Francs en major, nous c 'était de l 'ordre de 500000 Francs. C'est le budget d'un clip normalement, on s'est juste permis d'aller faire le mastering à New York, pour donner un son rond et un peu plus chaud. On est pas des capricieux, juste modestes.




PHH : Et en ce qui concerne le succès d'estime et les ventes ?



Hamé (La Rumeur) : En ce qui concerne les ventes, on est en progression régulière et constante ( pour atteindre plus de 40000 copies vendues de l' album ) .Beaucoup de gens nous sollicitent maintenant, on a joué devant 10000 personnes aux transmusicales de Rennes, fait les premières parties de Noir Désir, il y a eu une accélération depuis 2 mois, on a vraiment terminé le cycle de la trilogie et on est passé à autre chose, on en a le sentiment palpable.
Le succès d'estime est également perceptible.





PHH : Faites vous des exercices particuliers pour la diction ou pour le flow ? Et d' où vient cette façon de racler les R ?



Hamé (La Rumeur) : Ca, je ne le fait pas exprès, ça vient de ma voix et du fait que je vienne du sud et que je sois arabe, ou alors une déformation de la glotte...Et pour moi le flow, c'est comme un battement de c½ur, c 'est rapper comme tu parles, c'est très technique, mais ce qui détermine ta technique, c'est ton écriture.
Sur les exercices, je n'en fait pas trop, mais j'aimerais bien prendre des cours de chant, pas forcément pour le réinjecter dans la Rumeur... Savoir jouer d'un instrument, aussi, cela me plairait bien. Y a des trucs des fois que j'aimerais bien comprendre, des notes etc...




PHH : Et pour le texte du pire du 2e volet, dans quel état d'esprit étais tu lorsque tu l' a écrit, construit ? Qu' est ce qui t'as amené à faire ce raisonnement ?



Hamé (La Rumeur) : Ce morceau là, je ne l'ai jamais rappé sur scène, c 'est un thème qui m'est très cher :comment assimiler le mépris de toi même, qu' une éducation ou une société t' enseigne ? C 'est très violent pour moi de croire qu' au plus profond de toi même t 'es une merde, que tes parents sont des merdes ; il n'y a rien de plus violent qu' un môme de quinze ans qui sort du système scolaire en situation d' échec complet et qui ait appris seulement une chose du système scolaire, c 'est de haïr et de se haïr. Il ne reste donc que la violence pour lui, et cela se traduit de façon inconsciente. C'est le gâchis. J' ai écris ce texte rapidement en deux ou trois versions, alors que généralement, il me faut au moins dix versions. Il ne m'a fallu que quinze jours ( ! ), ce qui est assez court pour moi, le temps de l'écrire, de revenir dessus...Le deuxième volet, je l' ai rappé assis en studio, car je voulais un ton introspectif, avec le diaphragme compressé, le dos rond.




PHH : Et sur votre rencontre avec Noir Désir, comment cela s'est il passé ?



Hamé (La Rumeur) : Avant de les connaître, je les avais déjà vu en concert et acheté quelques uns de leurs albums. Ils ont 20 ans d 'existence et un parcours intègre : grand respect à eux. Ils ont lu un article sur nous dans libé , ont acheté le disque et leur guitariste nous a appelé ensuite, disant qu'ils aimaient bien la démarche du groupe. On s 'est rencontrés sur une date commune au festival de Dours en Belgique, on a beaucoup discuté et ils nous ont proposé de faire leurs premières parties ( notamment au zénith de Paris ). Ce sont des gens très ouverts, accueillants et d'une grande simplicité. Jouer face à un public qui n'est pas là pour nous et qui n'est pas forcément ouvert à notre genre musical, c'est aussi un risque et une occasion qu'on ne voulait pas manquer.




PHH : Il y a pas mal de groupes HipHop qui orientent leur musique vers l'électro, et-ce que tu penses que c'est un évolution ou l'on devrait plutôt rester à se concentrer sur un beat et une bonne basse? Est-ce que pour vous c'est une voie à explorer?



Hamé (La Rumeur) : On est des Old schooler, des vieux de la vieille. Nos DJs (qui réalisent les sons ndlr ) sont sur les platines depuis 84-86, ils ont vécu l'arrivée du Hip-Hop, son développement et sa commercialisation. Ce sont des trentenaires, les grands frères du groupe même si ils sont aussi les plus discrets. Leur son est marqué par la fin des années 80, le début des années 90...de Public Enemy jusqu'à Pete Rock. On est pas des formalistes, du genre à bouleverser notre son :on ne va pas intégrer tous les trucs à la mode. Les BPM rapides à la Timbaland, le son bounce ne nous vont pas, mais ça ne veut pas dire que l'on aime pas. Néanmoins, on a un son, un inédit, que l'on a fait aux Transmusicales durant notre concert, où tu as une boucle de synthé un peu "techno", très électronique avec un beat bien binaire. Notre DJ nous l'a pondu parce qu'il aime ça aussi, mais ça reste très hardcore : électro dans la sonorité mais pas dans la cadence. Le coté speed électro, ce n'est pas quelque chose que l'on compte utiliser souvent.
Dans la rumeur, on essaie d' avoir une esthétique de velours, des musiques assez minimalistes, épurées, aériennes aussi. A la fois sombre, avec pas mal de nappes.... Le concept est un peu celui de la main de fer dans un gant de velours : des textes sombres et durs et une musique nappée, un peu jazzy.




PHH : J'aimerais savoir si vous arrivez à écouter du rap français?



Hamé (La Rumeur) : Casey, Sheryo, En Falch (rires)...



PHH : C'est une collaboration...



Hamé (La Rumeur) : Oui mais ce sont les rares en HipHop français que j'arrive à écouter ; il y avait l'album des Lunatic, fut un temps, mais je m'en désintéresse maintenant car cela s'éloigne de ce que c' était, il y a eu quelques concessions.



PHH : Est-ce que tu penses que beaucoup de rappeurs ont trop une vision de court terme, de profit direct...



Hamé (La Rumeur) : Je pense qu'il y a beaucoup de précipitation. Ces dernières années, Skyrock a récupéré le rap et c'est devenu autant le maquereau des majors que des artistes eux-mêmes ; ces gens ont maintenu l'illusion que le succès pouvait arriver très rapidement. Il y a eu la période des disques d'or pendant un an ou deux. N'importe qui bombardé sur Skyrock finissait disque d'or, au point que certains artistes ne sont que des créations de cette radio. Que penser des artistes qui n'ont ni un live ni une scène à leur actif et qui débarquent avec leur seule existence discographique ?
Avant d'avoir sorti notre disque, on a fait 8 ans d'underground, d'activisme sous-terrain et de scènes.
Plus dur sera la chute, ce sont des succès artificiels, sous anabolisants.
Le format boosté par ce genre de radio arrive lamentablement à saturation.Ca ne vend plus et beaucoup se regardent avec des yeux bovins du genre « qu'est-ce qu'il reste de ce qu'on a fait après ces années de culotte baissée ?... »



PHH : Penses-tu que cela va créer une contre-réaction?



Hamé (La Rumeur) : Oui c'est certain. Depuis le début de la trilogie, on a cherché à mettre en garde tous les groupes qui se vautrent aujourd'hui, qui vendent 10 à 15000 albums alors qu'ils en vendaient 400000. Il y a plein de groupes qui se prennent des murs, même ceux qui paraissaient solides. Il y a un phénomène de saturation parce qu'ils proposent toujours la même chose. Le formatage a été tel qu'il en est devenu leur cercueil. Nous n' avons pas bougé de notre position, et si maintenant un groupe peut paraître comme étant la bête noire de cette radio, c'est la Rumeur.
En plus, ils nous ont intenté un procès à cause d'un article paru dans le magazine la Rumeur. Ce magazine gratuit a été retiré au bout de 15 jours des points de distribution. La radio a fait pression sur la maison de disque.




PHH : Que penses-tu du prosélytisme religieux qui peut-être fait par certains rappeurs?



Hamé (La Rumeur) : Je trouve ça choquant. Faire de l'Islam un élément de marketing, je trouve cela puant. Ta foi, tes convictions religieuses ne regardent que toi. Si tu as trouvé ton épanouissement dans une forme d'Islam radical, très bien mais n'en parle pas, on s'en fout, cela ne nous regarde pas. Et je dirais la même chose à un juif ou à un chrétien. La religion ne doit pas servir à vendre des disques, ce n'est pas du marketing, il faut respecter ceux qui ont une vraie démarche religieuse. Cela peut choquer des gens, et notamment ceux qui ont la foi. En tout cas, ce n'est pas cela que j'attends d'un rappeur ; pour moi, c'est un aveu d'immaturité.



PHH : Certains l'intègrent même comme une composante de la culture Hip-Hop...



Hamé (La Rumeur) : Que cela fasse partie intégrante de leurs cultures et qu' à la rigueur ils en parlent de manière nuancé, je veux bien...mais là on sent souvent l'excitation du néophyte, du gars qui vient de rentrer en religion. Il n'y a rien de pire que les nouveaux convertis. Ils veulent automatiquement proposer leurs solutions à tous, et sont souvent les moralisateurs les plus caricaturaux.



PHH : Un dernier mot pour PHH...



Hamé (La Rumeur) : Bonjour et tous mes voeux à ceux qui avancent la tête haute...



Interview réalisée par Emiplegiane avec la participation de Robin Mastaz & Teanyck.
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# Posté le vendredi 01 juin 2007 16:02